Dans une affaire de pédophilie (encore une!), j'avais parmi les missions à "fournir [au magistrat instructeur] la liste de toutes les adresses emails présentes sur le disque dur objet du scellé n°N."
"La mission, rien que la mission, toute la mission." Me répétait mon vieux professeur d'expertise...
Muni de mes outils opensource d'investigations, j'obtiens au bout de quelques heures de recherches, un ensemble d'emails que je commence à analyser: untel écrit à truc, truc répond avec copie à trucmuche, etc. Sur ma feuille de papier se dessine un réseau de correspondances... Euh, en fait, DEUX réseaux apparaissent! D'un côté, un ensemble de personnes qui s'écrivent, avec certains courriers à thème pédophile, de l'autre un ensemble d'emails qui relatent plutôt des faits médicaux.
Des médecins impliqués dans un réseau pédophile !!!
Oui, mais alors pourquoi DEUX ensembles disjoints de correspondances ?
J'ai donc poussée un peu plus loin en regardant les dates des fichiers présents et effacés du disque dur. Après analyse (aidé par la gendarmerie), il s'est avéré que l'ordinateur avait commencé sa carrière au sein d'un hôpital, avant d'être vendu d'occasion pour finir dans les mains d'un pédophile. Les données effacées AVANT la vente étaient bien entendu toujours présentes sur le disque dur.
J'avais failli inscrire dans mon rapport des personnes complètement étrangères à cette affaire !
Oui mais: "La mission, rien que la mission, toute la mission."
Or, celle-ci indiquait clairement qu'il fallait que je fournisse la liste de TOUTES les adresses emails apparaissant sur le disque dur!
J'ai alors contacté le magistrat instructeur pour avis.
Celui-ci m'a laissé le choix entre "La mission, rien que la mission, toute la mission" ou "mouillez vous un peu et faites un pré-tri".
J'ai donc un peu mouillé ma chemise et n'ai fait mention que des emails du premier ensemble. Outreau n'est jamais très loin...
Mais quand j'y repense, j'ai toujours un peu froid dans le dos. Des restes de transpiration sans doute.