21 décembre 2007

L'orthographe

Comme tout le monde, il m'arrive d'avoir des doutes sur l'écriture de tel ou tel mot, sur la conjugaison de tel ou tel verbe ou sur une règle grammaticale mal maîtrisée.

J'ai pour cela des outils imparables: les dictionnaires et manuels de grammaire.

Hélas, comme beaucoup, j'ai aussi une légère tendance à confier la gestion de mes erreurs à mon correcteur d'orthographe...

Depuis quelques temps, celui que j'utilise sous Firefox m'agaçait car il semblait ne pas connaître les mots à accents circonflexes ou à cédilles. Prenant mon google à deux mains, je trouve illico la solution à mon besoin, mais au passage, comme c'est la coutume lors d'une recherche internet, je perds mon temps en tombant sur une information passionnante: l'orthographe de plusieurs mots a changé, ainsi que certaines règles de grammaire, et cela depuis une réforme ayant eu lieu en 1990! On me cache tout, on me dit rien...

Ces modifications de 1990 sont présentées ICI.

Saviez-vous que l'on devrait écrire "cout" et non pas "coût", "weekend" et non pas "week-end"?

Je me suis amusé à faire un test avec google (sur les pages francophones):
"porte-monnaie": 6 340 000 / "portemonnaie": 23 700
"des après-midi ": 47 100 / "des après-midis ": 9 410
"événement": 858 000 / "évènement": 471 000
"aiguë": 1 050 000 / "aigüe": 144 000
"gageure": 232 000 / "gageüre": 719

Usage 5, réforme 0...

Dans un prochain article, les expressions peu utilisées en France, mais qui devraient l'être.
Allez, venez défoncer l'année avec nous!

Le cube et le comédien

Jacques François est mort.
Il est mort le 25 novembre 2003.
Pour ceux qui aurait la mémoire courte, Jacques François était un comédien. Un grand comédien.

Il avait une grande classe, il avait joué dans beaucoup de films et séries, et je garde de lui le souvenir du proviseur de la série TV "Pause Café".
C'était une personne célèbre et respectée dans sa profession.

Nos chemins se sont croisés.
Je crois que je n'ai pas laissé un bon souvenir...
Avant d'expliquer pourquoi, il me faut faire un petit retour en arrière.

Souhaitant travailler dans l'informatique depuis ma tendre adolescence, et sur les "bons" conseils de mes parents, j'ai consumé une partie de ma jeunesse dans l'enfer de ce que l'on appelle les classes préparatoires. Math sup, puis Math spé. Ayant une certaine ambition, mais pas toujours les moyens d'icelle, l'épreuve fut rude.
Pour améliorer mes chances de pouvoir plus tard travailler moins et de gagner plus, j'ai choisi le statut de "cube".

Pour tous ceux n'ayant pas la chance d'avoir des parents communistes instits, voici ce qu'est le statut de "cube": c'est un étudiant redoublant de "Math spé". Il fait trois années de classes préparatoires là où le génie standard méritant ainsi le surnom de "carré" en fait deux, . La justification en général fournit par les "cubes" est qu'ils souhaitaient obtenir de meilleurs résultats aux concours des grandes écoles que lors de leurs premières tentatives. Il y a même des cas de triplements de Math spé que l'on nomme des "bicarrés".

Les "cubes" ont ceci de particulier qu'ils maîtrisent parfaitement tous les indicateurs physiques et mentaux les poussant à fuir à grandes enjambées ce système de sélection abominable et ridicule. Ils connaissent également par cœur toutes les annales du concours de l'école polytechnique (surnommée "X", souvenez-vous en) ET celles des ENS (Ecoles Normales Supérieures: Ulm pour les garçons et Sèvres pour les filles[1]).

A ce stade du récit, je dois préciser à ceux qui restent de mes lecteurs que "cube" est une appellation locale traduite dans les autres régions de France par la fraction "5/2". Cette fraction est le résultat du calcul suivant: les classes préparatoires tirent leurs noms du fait qu'elles préparent le concours d'entrée à l'école polytechnique surnommée "X". D'autre part, "entrer dans une école" se dit "intégrer" en langage "prépa". Enfin, par le plus grand des hasards, il existe une branche des mathématiques qui s'appelle "calcul intégral".
Il y a donc des équivalences logiques entre les concepts suivants:
- "cube"
- "préparer l'entrée à l'école polytechnique en trois ans" et
- "intégrer l'X en troisième année"

Si l'on représente les années par des segments sur une règle graduée, la troisième année se situe entre la graduation 2 et 3. Les plus matheux d'entre vous auront vérifié que l'intégrale de X entre deux et trois est bien égale à 5/2. CQFD.
Que les autres me fassent confiance.

Exercice pour la prochaine fois: démontrer que l'expression "carré" est égale à 3/2.

Certains formulaires du Ministère de l'Education Nationale entérine ces appellations avec des cases à cocher: "Etes-vous 5/2 ou 3/2?"... Même si vous préparez d'autres écoles d'ingénieurs.

Maintenant que vous êtes munis de ces informations parfaitement inutiles, vous êtes à même de mieux comprendre la pression qui pèse sur un jeune de 21 ans qui vient de sacrifier trois de ses plus belles années à ingurgiter ad nauseam une quantité incroyable d'informations parfaitement inutiles à la seule fin de passer des concours.

Ceci me permet de fermer le nombre incroyable de parenthèses ouvertes dans ce billet pour revenir à ma rencontre avec Jacques François.

Vous êtes capable d'imaginer la joie - que dis-je, l'explosion de joie - que j'ai ressentie à la fin de la dernière épreuve du dernier concours de ma troisième année (surtout que j'avais cartonné)!

Je suis sorti dans la rue en courant et en hurlant comme un sauvage ma joie de vivre, dans un état second d'euphorie libératrice.

C'est alors que j'ai percuté Jacques François qui promenait son chien.

C'est la force de la jeunesse, dans ces moments là, que de rester debout, là où l'adulte - bien qu'expérimenté - vole les quatre fers en l'air. Je l'ai donc aidé à se relever tout en me confondant en excuse, entre deux bouffées d'euphorie tant ma joie restait présente. Il n'était pas blessé, juste un peu éberlué.

J'espère qu'il a rapidement oublié notre rencontre.
Moi, malgré les années, je ne l'ai pas oublié.

----------------
[1] En 1985, l'École normale supérieure de la rue d'Ulm (dite Ulm) et l'École normale supérieure de jeunes filles (dite Sèvres) ont fusionné. Dans la langue française, le masculin l'emportant sur le féminin, seul le nom Ulm est resté (bon, en fait, c'est le nom de la rue). Remarquez que l'on ne prononce pas Ulm comme on prononce U.L.M. (private joke).

18 décembre 2007

Rien de ce qui est humain ne nous est étranger

Billet de Maître Eolas, publié avec son autorisation.
C'est en fait un commentaire qu'il a laissé sous mon billet précédent, et qui mérite un peu plus de visibilité.
Je n'aurais pas su mieux écrire.


Je ne puis parler au nom de Zythom, mais je ne pense pas qu'il me démentira quand je dirai que dans l'activité judiciaire, à laquelle il participe comme moi, il n'y a pas de lutte contre un ennemi "à abattre", qu'il faut considérer comme la lie de la société. La haine est absente du processus judiciaire : c'est pourquoi on l'a préféré à la vengeance privée.

Les amateurs de vidéos sordides que démasque Zythom sont des êtres humains. Libres, et donc responsables. Ils ont manifestement une pathologie, une anomalie mentale qui les fait éprouver une fascination morbide pour des actes qui devraient provoquer seulement de la répulsion. Cette pathologie n'est pas suffisante pour abolir leur discernement : ils gardent le choix. le choix de ne pas céder à cette pulsion, ou si elle devient lancinante, d'aller consulter. La société où ils vivent leur proposent des professionnels compétents, tenus au secret professionnel et même la prise en charge de ces soins.

Certains ne font pas ce choix. Ils choisissent de laisser libre cours à leurs pulsions. Pourquoi ? Ho, ils trouvent toujours une justification morale : ce ne sont que des photos, parfois des dessins. Ce ne sont pas eux qui les ont fabriquées, ce n'est pas eux qui ont fait le mal. Ils ne sont que des badauds, en somme, comme ceux qui ralentissent aux abords d'un accident pour regarder.

Beaucoup d'entre eux ont une famille, parfois même des enfants du même âge que les malheureuses victimes. Et il est très rare qu'il y ait un quelconque passage à l'acte sur leur propre enfant. Mystère de la psyché humaine : même un déséquilibré a des inhibitions salutaires. Un peu comme un homme qui regarderait de la pornographie adulte, mais qui ne tromperait pas sa femme.

Ce sont des êtres humains. Entièrement. Autant que vous et moi. Quand ils sont identifiés et que les faits sont établis, ils sont poursuivis. Ils ont un avocat qui les défend, qui est écouté avec intérêt et respect par le tribunal. La peine sera fixée en tenant compte de la gravité des faits, de la situation personnelle du délinquant, et comprendra souvent une obligation de soins. Pour la plupart de ces délinquants, il n'y aura pas de récidive. Je vous dis qu'on a des professionnels compétents pour les soins.

Zythom doit le savoir : ses expertises, longues, coûteuses, difficiles, aboutissent très rarement à de la prison ferme.

Peu importe, car il ne s'agit pas de débusquer la lie de la société pour l'abattre. Il s'agit de voler au secours, tant des enfants exploités par ces réseaux, que des adultes qui sont dans une pente destructrice d'eux même.

On ne veut pas abattre, mais sauver.

Car comme je crois l'avoir lu sur ce blogue : nous sommes humains, et rien de ce qui est humain ne nous est étranger.

17 décembre 2007

Monoblogue éclectique hétéroclite

"Chao" me laisse un commentaire sur le billet précédent qui m'interpelle:
je m'écarterais de l'essence même de ce blog.

Son commentaire m'intéresse en ce qu'il contient une question simple: quelle est l'essence de ce blog?

Lorsque j'ai commencé ce blog, je voulais comprendre pourquoi ma fille aînée souhaitait ouvrir un "skyblog".
J'ai ensuite découvert quelques blogs qui m'ont intéressé.
J'ai écris quelques billets "bidons" sur des sujets simples, j'ai voulu partager les histoires drôles qui me plaisaient, les citations que je trouvais particulièrement justes...
Puis, dans l'idée que je me suis fait d'un blog, je me suis mis à parler de ce que je connaissais le mieux: mes activités personnelles et professionnelles.

J'étais sur de n'avoir aucune audience, car dans mon entourage, lors des réunions de famille, cela n'intéresse personne:
- soit les anecdotes sont archi connues, parce que ça fait dix fois que je les raconte (au moins pour mes proches, car ils sont toujours là quand je les raconte à une nouvelle personne);
- soit les sujets sont tabous (pédophilie, meurtre, décapitations à la machette), pas toujours facile à placer dans la conversation. Au fait, hier soir j'ai vu sur un scellé la vidéo d'un enfant qui se faisait massacrer à coup de machette... Tiens, passe moi le sel.
- soit la matière est un peu trop geek (franchement, personne autour de moi ne trouve vraiment passionnante la découverte d'un mot de passe dans le fichier /var/vm/sleepimage sur un powerbook, alors que tout le reste est crypté, et pourtant...);
- soit le thème gonfle tout le monde, comme la spéléo, parce qu'il faut la pratiquer, pas en parler;
- soit parce que cela ne fait rêver que moi (Espace, frontière de l'infini).

Et là, curieusement, sur ce blog, cela intéresse quelques personnes.
Alors je me suis laissé aller à me raconter. Et j'ai très vite compris ce qui intéressait les visiteurs: les anecdotes d'expertises judiciaires.

Problème: comment raconter ce qui n'est pas racontable, du fait de la discrétion à laquelle est tenue un expert judiciaire?
Et bien, si vous lisez bien ce blog, et que vous aimez particulièrement la rubrique "Anecdotes d'expertises", vous pouvez constater que je ne raconte que des détails, des surprises, des points techniques, en modifiant les dates, les lieux, les sexes... pour rester en phase avec la déontologie des experts judiciaires, et en règle avec la loi. Mais j'ai à peine vingt ans et quelques... et mon stock d'anecdotes présentables s'amenuise. Et je ne vais quand même pas en inventer!

Alors j'alterne entre vie privée, vie professionnelle et activité expertale.

Je me raconte en un long monologue...
Je monoblogue.

Tiens, justement, les commentaires: tous les jours, matin, midi et soir, je me précipite sur mon ordinateur (c'est une expression, car en fait je suis toujours assis devant un ordinateur, sauf en voiture où il est à ma ceinture) pour voir si j'ai des commentaires.

Seulement voilà, je NE VEUX PAS que les commentaires soient libres, avec modération a posteriori. Et ça, j'ai bien conscience que cela empêche la communication, le débat.

Pourquoi un tel souhait?
- J'ai une vraie phobie de la connerie humaine.
Ceux qui travaillent dans un service informatique comprendront...
- Etre expert judiciaire, cela vous range dans une catégorie que beaucoup de Trolls considèrent comme l'ennemi à abattre. Il ne se passe pas une semaine sans que quelqu'un ne m'explique qu'il est un grand malade pédophile mais que je peux toujours lui courir après car son commentaire a transité par 200 serveurs proxy cryptés, même que la clef elle fait 4096 bits...
J'ai horreur des mythos. Le simple fait d'en parler va les attirer encore plus!
Cela fait une tâche sur mon blog. Et je suis une vache sans tâche (ceux qui ont des enfants comprendront).
- Je veux pouvoir contrôler ce qui est publié ici et ce qui ne le sera pas.

Finalement, je me suis même demandé s'il n'aurait pas été moins frustrant pour l'internaute de ne pas pouvoir déposer de commentaires. Mais ce serait se priver d'une partie de ce qui fait le charme des blogs.

Alors je continue de monobloguer sur ce qui me passionne, même hors du domaine des expertises. Ouf diront certains, dommage dira "Chao", mais c'est comme cela.
Si vous voulez seulement lire les billet traitant des anecdotes d'expertises, oui, c'est possible! Le format pour les flux de rubriques est le suivant:
http://zythom.blogspot.com/feeds/posts/default/-/nomdelarubrique
Dans le cas des anecdotes d'expertise, c'est "Anecdotes%20expertises". Et n'oubliez pas le trait d'union ("-") dans l'URL. Ce n'est pas une coquille!

Mais vous n'aurez pas les futurs billets sur la beauté des maths, sur la rétropropagation au sein des réseaux de neurones, ni ceux sur ma prochaine participation aux élections municipales.

Et je vous assure, vous allez rater quelque chose!

16 décembre 2007

Affaire Martin (1766)

Je suis tombé il y a quelques temps sur ce texte de Voltaire que je ne connaissais pas. J'espère ne pas enfoncer de porte ouverte et le faire découvrir à quelques uns.
Je le complète en son milieu par un extrait de la correspondance de Voltaire à D'Alembert sur le même sujet (entre crochets).
Rubrique "Erreurs judiciaires" donc.

Il est nécessaire de justifier la France de ces accusations de parricide qui se renouvellent trop souvent, et d'inviter les juges à consulter mieux les lumières de la raison et la voix de la nature.

Il serait dur de dire à des magistrats: "Vous avez à vous reprocher l'erreur et la barbarie;" mais il est plus dur que des citoyens en soient les victimes.

Sept hommes prévenus peuvent tranquillement livrer un père de famille aux plus affreux supplices. Or, qui est le plus à plaindre ou des familles réduites à la mendicité, dont les pères, les mères, les frères, sont morts injustement dans des supplices épouvantables, ou des juges tranquilles et sûrs de l'impunité, à qui l'on dit qu'ils se sont trompés, qui écoutent à peine ce reproche, et qui vont se tromper encore?

Quand les supérieurs font une injustice évidente et atroce, il faut que cent mille voix leur disent qu'ils sont injustes. Cet arrêt, prononcé par la nation, est leur seul châtiment; c'est un tocsin général qui éveille la justice endormie, qui l'avertit d'être sur ses gardes, qui peut sauver la vie à des multitudes d'innocents.
Dans l'aventure horribles des Calas, la voix publique s'est élevée contre un capitoul fanatique qui poursuivit la mort d'un juste; et contre huit magistrats trompés qui la signèrent. Je n'entends pas ici par voix publique celle de la populace qui est presque toujours absurde; ce n'est point une voix, c'est un cri de brutes: je parle de cette voix de tous les honnêtes gens réunis qui réfléchissent, et qui, avec le temps, portent un jugement infaillible.[...]

Quelquefois, et peut-être trop souvent, au fond d'une province, des juges prodiguaient le sang innocent dans des supplices épouvantables; la sentence et les pièces du procès arrivaient à la Tournelle de Paris avec le condamné. Cette chambre, dont le ressort était immense, n'avait pas le temps de l'examen; la sentence était confirmée. L'accusé, que des archers avaient conduit dans l'espace de quatre cents milles, à très grands frais, était ramené pendant quatre cents milles, à plus grands frais, au lieu de son supplice; et cela nous apprend l'éternelle reconnaissance que nous devons au roi d'avoir diminué ce ressort, d'avoir détruit ce grand abus, d'avoir créé des conseils supérieurs dans les provinces, et surtout d'avoir fait rendre gratuitement la justice.

Nous avons déjà parlé ailleurs du supplice de la roue, dans lequel périt, il y a peu d'années, ce bon cultivateur, ce bon père de famille, nommé Martin, d'un village du Barois ressortissant au parlement de Paris. Le premier juge condamna ce vieillard à la torture qu'on appelle ordinaire et extraordinaire, et à expirer sur la roue; et il le condamna non-seulement sur les indices les plus équivoques, mais sur des présomptions qui devaient établir son innocence.

Il s'agissait d'un meurtre et d'un vol commis auprès de sa maison, tandis qu'il dormait profondément entre sa femme et ses sept enfants.

On confronte l'accusé avec un passant qui avait été témoin de l'assassinat.
"Je ne le reconnais pas, dit le passant; ce n'est pas là le meurtrier que j'ai vu; l'habit est semblable, mais le visage est différent."

"Ah! Dieu soit loué, s'écrit le bon vieillard, ce témoin ne m'a pas reconnu."

Sur ces paroles, le juge s'imagine que le vieillard, plein de l'idée de son crime, a voulu dire: "Je l'ai commis, on ne m'a pas reconnu, me voilà sauvé;" mais il est claire que ce vieillard, plein de son innocence, voulait dire: "Ce témoin a reconnu que je ne suis pas coupable; il a reconnu que mon visage n'est pas celui du meurtrier."

Cette étrange logique d'un bailli, et des présomptions encore plus fausses, déterminent la sentence précipitée de ce juge et de ses assesseurs. Il ne leur tombe pas dans l'esprit d'interroger la femme, les enfants, les voisins, de chercher si l'argent volé se trouve dans la maison, d'examiner la vie de l'accusé, de confronter la pureté de ses mœurs avec ce crime.

[Le juge, assisté de quelques gradués du village, condamne Martin à la roue, sur une amphibologie.]

La sentence est portée; la Tournelle, trop occupée alors signe sans examen: Bien jugé.

[Martin est exécuté dans son village. Quand on l'étendit sur la croix de Saint-André, il demanda permission au bailli et au bourreau de lever les bras au ciel pour l'attester de son innocence, ne pouvant se faire entendre de la multitude. On lui fit cette grâce après quoi on lui brisa les bras, les cuisses et les jambes.]

L'accusé expire sur la roue devant sa porte; son bien est confisqué; sa femme s'enfuit en Autriche avec ses petits enfants.

Huit jours après, le scélérat qui avait commis le meurtre est supplicié pour d'autres crimes: il avoue, à la potence, qu'il est coupable de l'assassinat pour lequel ce bon père de famille est mort.

Une fatalité singulière fait que je suis instruit de cette catastrophe. J'en écris à un de mes neveux, conseiller au parlement de Paris. Ce jeune homme vertueux et sensible trouve, après bien des recherches, la minute de l'arrêt de la Tournelle, égarée dans la poudre d'un greffe.

On promet de réparer ce malheur; les temps ne l'ont pas permis; la famille reste dispersée et mendiante dans le pays étranger, avec d'autres familles que la misère a chassées de leur patrie.

Le double effet Eolas

Après Kisscool, voici le double effet Eolas...

1er effet: Passage de 131 visites/jour le 7 décembre à 260 le 8 décembre, grâce à ce billet...

2e effet: Avec 4596 visites du 15 novembre au 15 décembre, malgré la fermeture annoncée de ce blog et ma piteuse volte face huit jours plus tard, me voici tétanisé par mon mal de dos ce soudain afflux de lecteurs...

Je me vois donc obligé de réaffirmer d'une part ma gratitude à l'avocat le plus bas haut d'inter(net), et d'autre part la ligne éditoriale de ce blog avec son onzième commandement...

A suivre, un classique de Voltaire (et oui).

Le lapin!!! le lapin!!!

14 décembre 2007

Ceci est un journal intime en ligne

Ce blog est un journal intime en ligne.

INTIME (dictionnaire de l'Académie française, 9e édition)
adj. XIVe siècle.
Emprunté du latin intimus, « le plus en dedans, le plus intérieur ».
1. Qui est intérieur à une chose, qui en constitue l'essence. La structure intime de la matière, d'un tissu vivant. Fig. Qui est tout à fait intérieur à l'être, à la conscience. J'en ai l'intime conviction. Une intime persuasion. Un sentiment intime de confiance.
2. Qui est strictement personnel, privé. Révéler ses sentiments intimes. Vie intime. Journal intime, où une personne note, en principe pour elle-même, ses réflexions ainsi que les évènements de son existence. Tenir un journal intime. Publier son journal intime. Par méton. Se dit de ce qui convient à la vie privée, favorise les relations familières, permet l'intimité. Un lieu, une atmosphère intime. Une pièce intime. Cet endroit n'est pas très intime.
3. Qui lie très étroitement. L'alliage intime de deux métaux. Mélange intime. Fig. Une union intime entre deux êtres. Avoir un commerce intime, des rapports intimes, des relations intimes avec une personne, avoir avec elle des relations amoureuses. Se dit d'une personne qui est liée à une autre par une affection très forte, une familiarité étroite. Un ami intime. Ils sont devenus très intimes. Subst. La famille et les intimes. Nous serons entre intimes. Par méton. Un repas, une cérémonie intime, qui réunit un petit nombre de proches, de familiers.
4. Par euphémisme. Qui a rapport aux organes génitaux. Parties intimes. Toilette intime.


L'expression "journal intime en ligne" fait donc pour moi référence à "Publier son journal intime" par opposition à "en principe pour elle-même".

Pourquoi ce rappel à la Bible?
Et bien pour dissiper quelques malentendus...

Je ne suis pas un journaliste, et je ne prétends pas l'être.
Je n'en ai pas la formation, ni l'employeur (pour avoir une carte de presse, le journaliste professionnel est celui qui a pour occupation principale, régulière et rétribuée l’exercice de sa profession dans une ou plusieurs publications quotidiennes ou périodiques ou dans une ou plusieurs agences de presse et qui en tire le principal de ses ressources).

On me contacte parfois pour me demander mon avis sur tel ou tel aspect de la vie politique, sur la menace climatique, sur l'évolution de telle ou telle technologie...

Bon, j'ai bien un avis, mais que vaut-il?
Pas de recoupement, pas de vérification, pas de sources d'information spécifiques. Je n'ai pas de réseau, pas d'entrée particulière.
Bref, en général, et malgré une grande concentration, mon avis ne vaut pas tripette, alors qu'il y a des journalistes spécialisés qui vous répondront bien mieux que moi sur ces sujets.
Bien sur, si un journaliste me pose des questions sur l'activité d'expert judiciaire, sur la gestion d'un service informatique ET technique, sur la spéléologie martienne, bref, s'il me demande de parler de MOI, alors là OUI, j'ai un avis et c'est le meilleur!

Lorsque j'ai été nommé "responsable des systèmes d'information", les étudiants, qui me (re)connaissaient comme "professeur", m'ont titillé en me demandant si c'était une confirmation de l'omniprésence de la surveillance informatique. Je leur réponds toujours que je ne suis pas moustachu... Je crois bien qu'ils confondent avec la notion de ministère de l'information.

Les journalistes, eux, travaillent sur l'information.
Les faits qu'un journaliste rapporte au public sont porteurs de sens, par exemple dans le domaine de la politique, de l'économie ou de la culture. Cela confère un pouvoir aux journalistes (dont la profession est souvent qualifiée de quatrième pouvoir, par allusion aux trois pouvoirs constitutionnels) dans le processus de la formation de l'opinion et dans l'influence que la révélation de ces faits peut avoir dans les prises de décisions de ce public. (extrait de Wikipédia)

Oups, cela m'a encore échappé. J'avais pourtant promis de ne plus utiliser wikipédia...
Donc, JOURNALISTE n. XVIIIe siècle. Dérivé de journal.
Personne qui a pour métier de participer à l'élaboration des journaux et autres moyens d'information.


Suffisamment de personnes sont mortes ou sont en prison pour avoir voulu exercer ce métier.

Je suis un (petit) blogueur.
Je ne suis pas journaliste, je suis journalintimiste.

Bande de voyeurs...

13 décembre 2007

Sortie de DEFT v3

Court billet pour annoncer la sortie de la version 3 de DEFT (Digital Evidence & Forensic Toolkit).

Avis à tout ceux qui veulent tester un excellent liveCD et faire de l'analyse inforensique sur un disque test.

Pour débutants et expérimentés.
A vos graveurs.
Miam miam...

L'alerte qui colle à la peau

Si comme moi, vous êtes obligé d'utiliser le système d'exploitation MS Windows.

Si comme moi, vous rencontrez depuis quelques jours une alerte "windows update" indiquant qu'une mise à jour est disponible.

Si comme moi, vous mettez systématiquement (et assez bêtement je dois dire) à jour votre système Windows.

Si comme moi, vous venez de vous rendre compte que quoique vous fassiez, une nouvelle alerte de mise à jour apparaît, et que celle-ci concerne toujours la même mise à jour de sécurité pour Microsoft XML Core Services 4.0 Service Pack 2.

Si comme moi, vous n'avez aucune idée de ce à quoi peut bien servir ce service et son service pack (et en plus vous vous en fichez royalement), mais bon, on ne sait jamais, peut-être que c'est important, indirectement, cela fait longtemps que je n'ai pas eu un bel écran bleu de la mort, pourvu que ça dure...

Voici une solution qui a fonctionné pour moi:
- téléchargez "à la main" la mise à jour en suivant ce lien (Windows XP) ou celui-ci (Vista, concerne la MAJ KB941833 non testée dans mon cas).
- lancez l'exécutable et choisissez "remove".
- une fois le service désinstallé, réexécutez la MAJ pour cette fois choisir "install"
- redémarrez l'ordinateur pour ne pas devenir fou avec l'apparition toutes les cinq minutes de la fenêtre "Redémarrer maintenant/ultérieurement" (le lancer d'ordinateur par la fenêtre n'est pas recommandé en cas de tour de rein).

La demande de mise à jour a enfin disparu.
Ne me demandez pas ce qui s'est passé, je n'ai pas été missionné pour le découvrir...

HTH, mais SGDZ.

12 décembre 2007

Plein le dos

Rongé par les années qui s'accumulent, plié par les lourdes charges familiales et professionnelles, mon dos s'est rompu.

Non, pas le Disk Operating System cher aux Apple II maniaques de 1978, ni le Denial Of Service propre aux réseaux de robots, ni même le pseudo de Jason Reso... mon vrai dos.

Dos: chez l'Homme, partie postérieure du torse, depuis la base du cou jusqu'à la naissance des reins (Encyclopédie Larousse du XXe siècle, édition 1929, vous avez remarqué le changement de référence encyclopédique depuis que je sais qu'un expert judiciaire ne doit pas faire référence à wikipedia...).

J'ai été terrassé par une douleur foudroyante qui m'a laissé pour mort sur le carreau de ma cuisine ce matin. Depuis, je souffre le martyr et agonise en râlant coincé dans ma ceinture Gibaud...

Bon, entre deux râles, je blogue un peu...

Et soudain, une question existentielle s'est imposée à mon esprit et depuis ne le quitte plus: quel est le plus vieil ordinateur encore en fonctionnement?

Me voici donc parti en chasse, lâchant mes plus fidèles moteurs de recherche sur les bases de données réseaux. Pour l'instant, j'ai trouvé un ordinateur qui fonctionne depuis plus de 30 ans! Et en plus, sans changement de pièce. Qui a dit que l'informatique n'était pas fiable?

Qui dit mieux?

Chercheur

J'ai gouté aux joies de la recherche pendant toutes mes années de doctorat. J'y ai appris la modestie et découvert la passion. La modestie car j'ai du reprendre en profondeur toutes les connaissances que j'avais accumulées lors de mes études. Je savais calculer une série de Fourrier, une transformée de Legendre, mais je n'avais pas compris réellement le fond des choses, l'utilité concrète, les conditions de validité, etc.
La passion car le monde de l'intelligence artificielle est extraordinairement passionnant.

Le temps a passé, le fleuve de la vie m'a emporté sur d'autres rivages. La passion est restée pour les activités que j'exerce. Pourquoi?

Je suis resté au fond de moi-même un chercheur.
Mais vous qui me lisez, savez-vous ce qu'est vraiment un chercheur?
Encore une "Questions à deux euros".

J'ai trouvé dans "Le manuel de Frascati 2002" publié par l'OCDE le texte suivant:

Les chercheurs sont des spécialistes travaillant à la conception
ou à la création de connaissances, de produits, de procédés, de
méthodes et de systèmes nouveaux et à la gestion des projets
concernés.


Je dois vous avouer qu'en lisant ce texte, je me suis rendu compte que je restreignais dans mon esprit beaucoup trop la notion de chercheur. Je reste encore aujourd'hui une personne travaillant à la conception ou à la création de connaissances, de produits, de procédés, de méthodes et de systèmes nouveaux et à la gestion des projets concernés.

Je ne suis pas le seul. Beaucoup parmi les blogueurs que je lis entrent dans cette catégorie.

Einstein était allemand.
Nous sommes tous des chercheurs allemands...
Cela me fait plaisir.

11 décembre 2007

Téléchargement illégal - Aspects techniques

N'attendez pas de moi que je donne mon avis pour ou contre telle ou telle solution politique au problème du téléchargement illégal.
Vous avez de toute façon la réponse dans l'énoncé du problème.
Dura lex sed lex.

Ceci dit, d'autres le font très bien et avec élégance, par exemple avec ce billet d'Hugues Serraf qui a mis en musique mes idées, quand bien même je n'en avais pas. A part, bien sur, que toute peine ne mérite pas salaire, ce que certains musiciens semblent avoir compris...

J'ai bien proposé ma solution... Mais elle ne semble pas être dans l'air du temps. Peut-être aurais-je eu plus de succès (et plus d'énergie pour la défendre) en 1960?

Je m'égare.
Ce qui m'exaspère, c'est l'incurie technique des solutions proposées.

Car enfin, qu'est-ce qui semble se profiler à l'horizon?
La surveillance des réseaux?
Mais il me semble que les opérateurs surveillent déjà (plutôt bien) leur outil de travail. Qui a déjà visité un centre de supervision le sait déjà.
Donc rien de neuf là dedans (quoi que les FAI en disent, et ce n'est pas une publicité).

Des sanctions pour les pirates?
Sans être très au courant du sujet, il me semble qu'il y a déjà pléthore de possibilités de sanctions...

La juste rémunération des auteurs et distributeurs spoliés de leurs droits?
En faisant payer l'ensemble des internautes? Déjà que j'ai du mal à avaler le prix des DVD vierges que j'utilise en quantité pour mes sauvegardes professionnelles... Pourquoi pas un impôt spécifique que tout le monde paierait. Liberté, égalité, fraternité avec les sociétés de production.

Je m'égare encore...
Non, ce qui me chagrine, c'est que tout semble reposer sur le postula suivant:
Le téléchargement illégal est effectué depuis l'adresse IP que votre fournisseur d'accès à internet vous a affectée, donc c'est vous le coupable!

Adresse IP?
Késako? comme disent les occitans.
Direction Wikipédia: une adresse IP (avec IP pour Internet Protocol) est le numéro qui identifie chaque ordinateur connecté à Internet, ou plus généralement et précisément, l'interface avec le réseau de tout matériel informatique (routeur, imprimante) connecté à un réseau informatique utilisant le protocole internet.

A chaque fois que vous allumez votre modem, une adresse IP lui est affecté par votre opérateur (qui vous connait puisqu'il vous facture).
Bientôt il se passera la même chose avec votre réfrigérateur.

Oui, mais moi j'ai une connexion ADSL partagée entre plusieurs ordinateurs à la maison.
Me dit un(e) p(m)ère de famille.
Oui, mais vous êtes responsable de ce qui se passe sous votre toit bla bla bla, ha ha ha. Surveillez donc un peu vos enfants quand ils vont sur internet...

Oui, mais moi j'ai une box ADSL partagée à plusieurs.
me disent mes étudiants habitant une résidence universitaire dont la façade ressemble de plus en plus au dessous d'un circuit wrappé.
Oui, mais c'est celui qui paye qui est responsable (enfin je crois)! En tant que fournisseur d'accès à internet, il se doit de mettre en place un système de traçabilité des usages bla bla bla, ha ha ha.

A moins que?
A moins que quelqu'un ne pirate votre ligne téléphonique...
Que savez-vous de ce qui se passe dans les centraux téléphoniques?
Vous avez un doute? Allez lire cet excellent billet de Nono.

A moins que quelqu'un ne pirate votre borne wifi...
Combien (dont je suis!) utilisent encore des bornes wifi à cryptage WEP, ou même transmettant en clair, faisant les délices du wardriving...

A moins que quelqu'un ne pirate votre boitier ADSL...
Que savez-vous vraiment de ce qui se trame dans ces boitiers? Venez partager quelques unes des inquiétudes de Sylvain Sarmejeanne.

Et pour parfaire vos connaissances, vous pouvez toujours lire la thèse que Sid a jugé, ou au moins lire ses impressions ici.

Et n'oubliez pas que sur ce dossier, on nous fera certainement encore le coup des radars: vous êtes flashés, vous payez, vous pourrez expliquer ensuite que vous êtes innocent.

Bon, à ce stade du billet, je pense que vous aurez compris que les arguments permettant à un avocat de démonter l'accusation de téléchargement illégal ne manquent pas à condition que l'expert judiciaire mandaté ne trouve rien d'illégal sur vos disques durs.

Un bon avocat, un bon expert judiciaire, finalement toutes ces nouvelles lois vont dans le bon sens :)
Il va falloir quand même que j'arrête d'enregistrer la radio.
Maintenant qu'elles sont toutes numériques, comment faire la différence?
Et les cédéroms que l'on m'a volés, vol pour lequel je n'ai pas déposé plainte par manque de temps et aussi parce que j'avais de toute façon fait une copie par sécurité... J'ai l'air fin maintenant avec mes copies privées sans originaux!

Dura lex sed lex.

Enfin, si vous avez un peu d'argent, il y a les paradis pour milliardaires...
Alors là, pas de problème!
Surveillance optimale, pas de grain de sable dans le système, les cartes bancaires sont en sureté.

Homo sum, humani nil a me alienum puto
Je suis un homme, rien de ce qui est humain ne m'est étranger
L'Héautontimorouménos (en voilà un titre à mémoriser!), Térence.

10 décembre 2007

Le Chevalier de Lansonnière (17??)

Internet est relativement avare lorsque l'on cherche de l'information sur le Chevalier de Lansonnière. Peut-être est-ce à cause de l'imprécision de l'orthographe de son nom: l'Ensonnière, L'ansonnière...

Mais en cherchant bien, on trouve quelques informations sur cette affaire judiciaire du 18e siècle. On en trouve des traces dans le répertoire du jurisconsulte Guyot (Répertoire universel et raisonné de jurisprudence, Réparation civile), qui contient également le procès de Bellanger. Voici ce qu'il conte sur le chevalier de Lansonnière:

Le chevalier de Lansonnière, d'une ancienne famille du Poitou alliée à celle des comtes d'Armagnac, avait eu des démêlés très vifs avec le prieur de la Motte-Marcilly: ces démêlés avaient dégénéré en un procès, lorsque le prieur fut trouvé assassiné avec son domestique au milieu des flammes qui consumaient sa maison.
Le cri public accuse le chevalier de Lansonnière qui, craignant les effets trop funestes de cette prévention, quitte ses foyers, vend tous ses biens dont profite un oncle avare, et s'enfuit. Ceux de ses amis qui s'étaient trouvés la nuit de l'assassinat au château de la Motte sont poursuivis comme coupables et comme ses complices.

Après une instruction qui dure quatre ans, on rend un jugement interlocutoire qui ordonne qu'ils seront appliqués à la question ordinaire et extraordinaire[1]. Après avoir subi ces épreuves cruelles qu'ils supportent sans compromettre les droits de la vérité, ils n'obtiennent leur élargissement qu'en restant dans les liens d'un plus ample informé indéfini.

Après avoir trainé une vie errante et malheureuse, le chevalier de Lansonnière s'enferme dans le couvent des cordeliers d'Angoulème où il prononce ses voeux. Ce ne fut que neuf ans après sa profession que le nommé Bareau, qui fut exécuté à Tours, déclara à l'instant où il allait expirer que lui seul avait commis le crime qu'on avait attribué au ressentiment et à la vengeance du chevalier de Lansonnière.

Qu'on l'eût arraché de sa retraite, qu'aux indices qui étaient déjà contre lui, les douleurs de la question lui eussent arraché un faux aveu, il périssait lui et ses malheureux amis.

La fuite n'est donc pas toujours une preuve de culpabilité, mais c'est encore la plus sage mesure que puisse prendre un innocent lorsqu'il voit l'opinion publique déchaînée contre lui.


Toute ressemblance avec une affaire judiciaire actuelle est parfaitement exclue...


[1] Il y a deux sortes de question ordinaire et extraordinaire qui s'exécutent dans l'étendue du parlement de Paris: à l'eau et aux brodequins. Dans d'autres parlements il s'en donne de plusieurs sortes, comme les mèches allumés entre les doigts, ou l'estrapade avec poids aux pieds et bras derrière le dos. La différence entre la question ordinaire et extraordinaire réside dans le degré de souffrances infligées: la quantité d'eau dans un cas, le nombre de coins pour les brodequins. Il faut remarquer que les brodequins se donnent plus rarement que l'eau car ils peuvent estropier le patient en faisant éclater les os...

09 décembre 2007

Un moment figé dans le temps




Certaines images me marquent plus que d'autres, vous l'aurez certainement remarqué à la lecture de ce blog.
Pourtant, cette image découverte en flânant sur Internet me fascine au point de l'avoir élu "fond d'écran du mois" sur mon ordinateur.
Je me permets de déroger au deuxième commandement de ce blog, pour vous poser la question à deux euros suivante: d'où est prise cette photo?

Réponse en commentaire à la fin du mois week-end.
Indice: le titre du billet peut vous aider.

08 décembre 2007

Vista et ses thumbcaches

Je croule sous les expertises pédopornographiques.
J'ai quatre dossiers ouverts en parallèle!
Du jamais vu pour moi...

Pour ceux qui découvrent ce blog, je les invite à lire sur ce thème ce billet, celui-ci et celui-là.

Pour analyser un scellé, j'ai pris l'habitude de procéder d'abord à une prise d'image numérique du disque dur, pour ensuite étudier son contenu (celui de l'image, pas le disque dur original).

Pour étudier le contenu de l'image, je procède toujours à peu près de la même manière: je lâche mes chiens scripts à la recherche d'images sur l'ensemble du disque dur, et pendant que mes fidèles limiers explorent la totalité du disque dur (zone allouée et non-allouée), je flâne moi-même avec un explorateur de fichiers pour m'imprégner de la logique de son propriétaire.

Cette fois-ci ma flânerie me montrait une belle machine neuve sous Vista. Le PC a peu servi, ayant été acheté depuis peu. L'historique internet montre bien quelques sites, mais rien que de très banal: les grandes enseignes habituelles d'internet, et un peu de pornographie. Le tour préliminaire de la propriété me laisse penser que cette fois-ci je ne trouverai rien de criminel.

Je commence l'introduction de mon rapport en attendant les résultats de mes scripts de recherche. Je blogue un peu aussi.

Quelques heures plus tard, une douce voix un bip m'avertit que l'exécution des scripts est terminée.
Et là, surprise: tout un lot d'images pédophiles.

Mais où pouvaient bien se cacher ces images?
En zone allouée?
Des fichiers cachés?
Des fichiers effacés?
En zone non-allouée, pas même référencé dans la table des fichiers?
Dans des fichiers zippés?

Non.

Dans le fichier thumbcache_256.db...

Késako?
Lorsque vous visualisez le contenu d'un répertoire en mode d'affichage "Miniatures", une image réduite (une "miniature") est placée sur la représentation de chaque fichier. Si votre fichier contient des images, vous pouvez ainsi en apercevoir une représentation réduite, ce qui vous permet de trouver rapidement la bonne image.

Sous Windows XP, tous les répertoires images explorés dans ce mode contiennent ensuite un fichier caché Thumbs.db
Ce fichier contient toutes les miniatures des fichiers du répertoire. Un régal pour toutes les analystes forensiques.

Pour Vista, Microsoft a modifié son système de mise en cache des vignettes. Plutôt que de créer un fichier caché Thumbs.db dans chaque répertoire, un groupe de fichiers thumbcache_*.db contient une réduction plus ou moins fine de chaque image stockée.

Dans cette affaire, le propriétaire de l'ordinateur avait particulièrement bien effacé la trace de ces activités criminelles.

Mais il n'avait pas pensé à effacer le fichier thumbcache_256.db de Vista, révélant ainsi sa petite collection de 300 images pédophiles particulièrement atroces.

Je ne suis pas un enquêteur.
Je ne suis pas un juge.
Je suis un simple informaticien au service de la justice.
Mais j'aimerai pourtant un jour y reconnaître l'un de ces visages pour pouvoir mettre la police sur les traces des ravisseurs.
Et parfois, c'est dur.

07 décembre 2007

Confidentialité par emails

MAJ 07/12/2007: ajout partie 5.
Billet initial du 05/12/2007.

Ce mémo est à destination des magistrats, greffiers, avocats et experts envisageant d'utiliser leur adresse email pour échanger des données confidentielles. Il sera développé, modifié et corrigé en fonction des commentaires et du temps que je pourrai y consacrer.

1) Problème
2) Solution retenue
3) Principes de chiffrement
4) Principes de signature
5) Les outils
6) Création de ses clefs
7) Les risques


1) Problème
Zythom, expert judiciaire, souhaite communiquer avec Maître Eolas, avocat, dans le cadre d'une expertise.
Les échanges doivent être confidentiels.
Il est possible que des documents soient annexés aux courriers échangés.
Les deux parties souhaitent avoir la preuve que l'autre a bien reçu et lu la correspondance (non-répudiation[1]).
Il va de soi que chacun souhaite également que la correspondance reçue et lue soit exactement celle qui a été envoyée (aucun tiers n'a réussi à la modifier).

2) Solution retenue
Pour des raisons légales, la solution retenue est basée sur l'utilisation de la messagerie électronique et la connaissance des adresses emails des deux parties. L'envoi d'un email équivalant à s'adresser des cartes postales, le choix est fait d'utiliser un système de chiffrement (parfois appelé à tort cryptage).
J'ai choisi le système GPG pour son universalité, sa gratuité, sa robustesse, sa qualité et sa licence libre.

3) Principes de chiffrement
Chaque partie dispose d'un couple de clefs qui va permettre la sécurisation des échanges: une clef privée (connue seulement de son propriétaire) et une clef publique (accessible à tous).

Ce qui donne:
Clef privée de Zythom et clef publique de Zythom,
Clef privée de Me Eolas et clef publique de Me Eolas.

Lorsque Zythom souhaite chiffrer un message adressé à Me Eolas (et à lui seul), il utilise pour cela la clef publique de Me Eolas pour chiffrer le message avant envoi (puisque la clef est publique, Zythom peut la connaître et l'utiliser).

Seul Me Eolas dispose de la clef permettant le déchiffrage (la clef privée de Me Eolas).
Même Zythom ne pourrait pas déchiffrer le message, puisqu'il ne dispose pas de cette clef privée indispensable (mais où est le problème, puisqu'il dispose du message avant chiffrage).

En résumé, lorsque l'on veut écrire à quelqu'un, il suffit de chiffrer le message avec la clef publique de cette personne.

Comment obtenir la clef publique d'une personne?
Et bien, il suffit de connaître son adresse email et de contacter un serveur de gestion de clefs publiques.

4) Principes de signature
Comment signer un document pour permettre d'identifier son auteur?
Par exemple, comment Zythom va-t-il signer un document de façon à permettre à Me Eolas de s'assurer que Zythom en est bien l'auteur?

Construction de la signature:
Zythom calcule la somme de contrôle[2] du message qu'il adresse à Me Eolas.
Cette somme de contrôle est ensuite chiffrée par Zythom avec sa propre clef privée (qu'il est le seul à détenir) et est jointe au document en tant que signature.

Vérification de la signature:
Me Eolas pourra alors calculer d'un côté la somme de contrôle du document qu'il a reçu, et d'un autre côté déchiffrer à l'aide de la clef publique de Zythom la signature jointe au document. Si les deux sommes de contrôle correspondent, l'auteur du document est identifié.

5) Les outils
Je n'ai pas la prétention de présenter tous les outils existants, ni même ceux couvrant toutes les configurations possibles. Je partage simplement mon expérience personnelle (forcément limitée).

La base:
Sous système d'exploitation Windows 2000/XP/2003/Vista: gpg4win. Choisissez a minima GnuPG et WinPT

Les messageries:
Les utilisateurs de Thunderbird installeront enigmail.
Les utilisateurs de Firefox installeront FireGPG qui fonctionne parfaitement pour Gmail.
Les utilisateurs d'Outlook: Personnellement, j'utilise beaucoup le copier/coller et WinPT avec le bloc notes.

6) Création de ses clefs
A venir...

7) Les risques
A venir...
La lecture des commentaires donnent déjà une bonne idée des risques.


[1] La non-répudiation signifie la possibilité de vérifier que l'envoyeur et le destinataire sont bien les parties qui disent avoir respectivement envoyé ou reçu le message. Autrement dit, la non-répudiation de l'origine prouve que les données ont été envoyées, et la non-répudiation de l'arrivée prouve qu'elles ont été reçues (extrait de wikipedia).

[2] La somme de contrôle, également appelée empreinte, résumé de message, condensé, condensat ou encore empreinte cryptographique, est calculée à l'aide d'une fonction de hachage.

Affaire Bernard (1868)

Avant de me prendre une volée de bois vert, je tiens à préciser que je suis moi-même expert en province et que le texte qui suit est extrait de l'ouvrage "Les erreurs judiciaires et leurs causes" de Maurice Lailler et Henri Vonoven (1897), sur lequel je fonde cette rubrique consacrée aux erreurs judiciaires du passé. Le texte n'est bien évidemment plus d'actualité.

La caravane du Progrès a son arrière-garde et ses traînards: médecins de petite ville, pharmaciens de chef-lieu de canton dont la science médico-légale retarde de dix ou vingt années. Le gros de la troupe n'offre guère plus de garantie. Sans doute, au chef-lieu du département, on reçoit les journaux médicaux, on lit les comptes rendus de l'Académie de médecine, on sait peut-être aussi bien qu'ailleurs soigner et guérir; mais la pratique de l'expertise manque. Un grand crime survient, la foule est déchaînée, le juge de paix ou le juge d'instruction nomme un expert chimiste ou un expert médecin. Voilà le nom de l'élu dans tous les journaux de France! Quelle gloire!... Mais s'il n'allait rien trouver dans les viscères de ce cadavre? Que dirait toute la ville convaincue de l'empoisonnement? S'il concluait à la mort par accident? Que de railleries! Et puis, plus de procès; adieu la déposition sensationnelle à la Cour d'assises, dans le grand silence de la salle bondée, les dames tendant l'oreille, les journalistes prenant des notes, adieu... (peut-être, qui sait?) le ruban rouge dont la demande serait appuyée par ces Messieurs du Tribunal ou de la Cour.
Certes, rien n'empêchera l'expert de conclure suivant sa conscience et sa science; malheureusement c'est dans le vertige de la gloire entrevue qu'il procèdera aux opérations dont on l'aura chargé.

Prévenue de suppression d'enfant, Adèle Bernard fut examinée par un médecin qui constata les traces d'un accouchement récent dont il plaçait la date au 8 octobre.
La jeune femme fut condamnée à six mois de prison le 6 novembre 1868 par le tribunal de Vie (Meurthe).

Le 24 décembre, elle mettait au monde un enfant à terme. Elle était enceinte de six mois au moment où l'expert avait conclu à son récent accouchement.

Appel fut interjeté par le procureur général (la défense n'a que dix jours pour en appeler à d'autres juges; l'accusation a deux mois). La Cour de Nancy, le 10 janvier 1869, acquitta Adèle Bernard.

Si la malheureuse eût été vierge, elle fût à jamais restée convaincue d'avoir supprimé son enfant.

06 décembre 2007

Le plus beau métier du monde

Etre responsable informatique dans une école d'ingénieurs, c'est un peu comme un chemin de croix: à chaque coin sa peine...

L'étudiant: "M'sieur Zythom, pourquoi vous bloquez le réseau pour nous empêcher de faire un jeu en réseau pendant les cours?"
Moi: "Et bien, vous avez assez bien formulé la réponse..."

Le professeur: "Cher Collège (insistez bien sur la majuscule condescendante), les vidéoprojecteurs que vous mettez à notre disposition dans les amphis ne permettent pas l'affichage en 2560x2048 indispensable à la bonne compréhension de mon cours. Quand comptez-vous réparer cette indigence?"
Moi: "Vous voulez sans doute parler du passage au standard QSXGA (voir ici les standards vidéo). Et bien, nous venons juste d'acheter 15 vidéoprojecteurs au standard UXGA. Pour répondre donc précisément à votre question, je pense réparer notre indigence dans environ quatre ans."

Le personnel administratif: "Pourquoi plus rien ne fonctionne depuis que vous avez remplacé mon ordinateur?"
Moi: (après enquête) "Et bien, vous devez recréer tous les raccourcis que vos collègues vous ont créés sur votre bureau. Voulez-vous que je vous montre comment on crée soi-même un raccourci? Vous connaissez l'histoire de celui qui a soif et à qui on refuse de donner à boire pour lui montrer comment creuser un puits?"

Le Gala:
Fin septembre, après le rush de la rentrée estudiantine, l'école procède à la cérémonie annuelle de remise des diplômes d'ingénieurs pour la promotion sortante. C'est l'occasion également du déroulement du gala de l'école.

Le gala est un moment fort de l'année, dans ce qu'il réunit lors d'une grande soirée plusieurs générations d'anciens étudiants, dont certains sont en poste depuis plusieurs dizaines d'années.

C'est l'occasion pour eux de se retrouver et de se raconter leurs souvenirs.
Etudiant X à un autre: "Tu te souviens quand on a dévalé les pistes de ski, sans neige, et sans ski?"

C'est aussi l'occasion pour eux de retrouver leurs professeurs et de leur remémorer quelques bons et mauvais souvenirs.
Etudiant X: "Ah bonjour Monsieur Zythom! Vous vous souvenez comme j'étais nul en algorithmique? Et mes programmes, vous vous souvenez la vitesse à laquelle ils faisaient redémarrer l'ordinateur tout seul?"

C'est enfin l'occasion pour moi de découvrir ce que sont devenus mes anciens étudiants.
Etudiant X (le même que précédemment): "Ce que je fais aujourd'hui? Et bien je suis commercial dans une grande société informatique. Qu'est-ce que j'étais nul en informatique, mais qu'est-ce que j'aimais bien vos cours!"

C'est aussi le moment de rencontres avec des personnes qui dirigent maintenant des usines de 1000 personnes, qui sont "grands patrons" dans des TPE, PME, PMI, TGE ou TGI (Très Grosse Entreprise ou Industrie). Je les vois toujours comme "mes" étudiants, je les bouscule comme s'ils étaient encore post adolescents. Cela leur fait plaisir.

C'est à ces moments que je me rends compte que j'exerce le plus beau métier du monde.

Le reste n'est que poussière qui blanchit mes cheveux.

04 décembre 2007

Le législateur et les nouvelles technologies

J'ai eu la semaine dernière la visite d'un fournisseur ayant pris rendez-vous pour me présenter les matériels dernier cri de sa société. Il s'agit d'un fabricant de machines de mise sous plis. Il se trouve que nous disposons d'une telle machine âgée maintenant de cinq bonnes années et toujours ma foi en bonne santé, bon pied, bon oeil...

L'intrépide commercial sentant mon attention faiblir lors du rendez-vous, me sort l'argument massue pour réveiller mes ardeurs consuméristes:
"Mais savez-vous que nos machines de mise sous plis sont équipées du dernier système de gestion des incidents?! En cas de problème, plus besoin d'appeler un technicien qui viendra - quand il pourra - constater qu'il n'a pas la pièce! Il suffit maintenant d'appuyer sur le bouton rouge et la machine contactera immédiatement grâce à son modem intégré un serveur distant qui saura que vous êtes en panne et qui vous appellera immédiatement."

J'ai donc expliqué au dynamique commercial qu'il me faudra donc mettre en place deux téléphones avec ligne directe (denrée rare dans mon entreprise, tant les numéros SDA sont hors de prix): l'un pour la machine, l'autre pour l'opérateur...
J'ai alors posé la question suivante:
"N'est-il pas possible de passer par internet?"

Devant les yeux arrondis de mon interlocuteur, j'ai senti que j'étais entré dans un autre monde, dans une autre dimension ou dans une autre époque.

"Mais monsieur, ne savez-vous pas qu'internet est empli de dangers pouvant mettre en danger toute votre installation, allant jusqu'à déclencher de fausses alertes!!!"

Me dire cela, en 2007, au XXI siècle, à moi...

Pourquoi commencer ce billet avec cette anecdote liminaire somme toute assez insipide?
Et bien, parce que finalement j'étais heureux de rencontrer encore quelqu'un qui se souvenait qu'une technologie mal utilisée pouvait être dangereuse (je parle d'internet, pas de la machine à mettre sous plis, il faut suivre, vous là-bas au fond!).

Et c'est là que nos législateurs entrent en scène.

Mais avant d'entrer dans le vif du sujet, je voudrais rappeler à mes lecteurs l'une des règles de base concernant Internet (je mets un "I" majuscule quand je veux):
l'échange sur internet de courriers électroniques non cryptés équivaut IRL à l'échange de cartes postales (sans enveloppe): tous les intermédiaires peuvent en lire le contenu. Quels sont ses intermédiaires? Les informaticiens responsables du serveur d'envoi de votre messagerie, toutes les personnes intervenant sur les actifs réseaux que vos emails emprunteront et enfin, tous ceux susceptibles d'accéder à la boite email de réception de votre correspondant. Sans compter que les emails peuvent rebondir vers des boites aux lettres "de sécurité", vers des serveurs de secours, quand ce n'est pas vers une boite aux lettres de votre prestataire informatique (si si j'ai déjà vu cela)...

Il est de plus EXTREMEMENT facile d'envoyer un email en se faisant passer pour quelqu'un d'autre. Vérifier dans votre poubelle à SPAM combien d'emails vos "amis" vous ont adressés pour vous permettre de gagner 20% de plus (devinez ce qui doit pousser de 20%? Ah, vous lisez trop de spam vous aussi...).

C'est l'une des raisons qui me pousse à continuer à adresser mes convocations en recommandé avec avis de réception, et mes pré-rapports par FAX. Je réserve l'utilisation de ma messagerie pour des messages du type "Cher Maître, suite à notre conversation téléphonique du 18 juin 1940, pouvez-vous me confirmer la date du 6 juin 1944 comme date de notre première réunion d'expertise?"
Et si la réponse consiste en une demande de transfert de fond d'une riche veuve nigérienne en total désaccord avec l'article 419, et bien je faxe sans confirmation en priant pour la survie dudit cabinet.

Vous comprenez donc que j'ai toujours caché ma joie en apprenant la mise en place entre experts et avocats de procédures d'échanges de données informatisés sécurisé(e)s
(je ne sais plus si ce sont les procédures, les échanges ou les données qui sont sécurisés...)

Quelle ne fût donc pas ma surprise, lorsque Maître Eolas attira tantôt mon attention sur le "décret n°2007-1620 du 15 novembre 2007 modifiant le code de procédure pénale (troisième partie : Décrets) et relatif à l'utilisation des nouvelles technologies" m'entrainant malgré le poids de mon manque de sommeil dans la rédaction de ce [long] billet nocturne, post Cold Case.

Extrait du décret (je mettrai le lien en fin de billet pour éviter de perdre le peu de lecteurs arrivés à ce stade):
La copie des actes du dossier d'instruction [...] peut être réalisée sous forme numérisée, qui est conservée dans des conditions garantissant qu'elle n'est accessible qu'aux personnes autorisées à la consulter.
A chaque transmission ou remise d'une copie numérisée, le greffier délivre une attestation indiquant qu'elle est conforme à l'original.
Les copies numérisées remises aux avocats [...] peuvent être adressées par un moyen de télécommunication à l'adresse électronique de l'avocat.


Ce qui signifie qu'un document aussi important que le dossier d'instruction, document de procédure plus confidentiel que le code secret de l'arme atomique (tatoué sur une oreille de Baltique?), va pouvoir circuler vers des adresses emails GMAIL, hotmail ou de feu la société "vouloir faire"...

Avez-vous lu quelque part les mots "cryptage", "PKI", "signature électronique"? Moi non.

Je passe sur le fait que l'attestation du greffier sera sans doute une document papier dument tamponné...

Et pourtant, à un moment, j'ai cru que nos législateurs avaient eu un sursaut technologique en lisant:

DE L'UTILISATION DE MOYENS DE TÉLÉCOMMUNICATION AU COURS DE LA PROCÉDURE
Extraits:
Pour l'application par le juge d'instruction ou le juge des libertés et de la détention des dispositions [...] prévoyant la retranscription dans différents procès-verbaux des déclarations des personnes entendues en plusieurs points du territoire, il est procédé selon l'une des deux modalités prévues par le présent article.
Soit deux procès-verbaux sont dressés simultanément, l'un par le magistrat et son greffier dans les locaux de la juridiction, et l'autre par un greffier sur le lieu où se trouve la personne entendue, et ils sont signés sur place par les personnes présentes.
Soit un procès-verbal est dressé dans les locaux de la juridiction par le magistrat et son greffier, et ce document est immédiatement transmis sur le lieu où est présente la personne entendue, pour être signé par cette dernière, selon la procédure des contreseings simultanés [...]


Hélas, pour ceux qui ne sauraient dire en quoi consiste la méthode de sécurité dite des "contreseings simultanés", voici sa définition selon l'article D.47-12-3 du code de procédure pénale:
Lorsqu'il est fait application de la procédure des contreseings simultanés, le procès-verbal est signé par le magistrat et son greffier, puis est transmis par télécopie ou par un moyen de communication électronique sur le lieu où est présente la personne entendue, pour être signé par cette seule personne. Ce document est immédiatement retourné au magistrat selon le même procédé. L'original du document signé par la personne entendue est ensuite transmis par tout moyen pour être joint au dossier de la procédure.

J'ai du relire plusieurs fois, et à cette heure avancée de la nuit faire un petit croquis (si si)...

Enfin, cerise sur le gâteau, le TITRE XII - DISPOSITIONS GÉNÉRALES
Extraits:
Lorsqu'un protocole a été passé à cette fin entre, d'une part, le président et le procureur de la République du tribunal de grande instance et, d'autre part, le barreau de la juridiction représenté par son bâtonnier, les avocats de ce barreau peuvent transmettre à la juridiction par un moyen de télécommunication à l'adresse électronique de la juridiction ou du service de la juridiction compétent, et dont il est conservé une trace écrite, les demandes, déclarations et observations suivantes :
[suit la liste de toutes les demandes possibles]
Ces transmissions sont effectuées, en respectant les modalités prévues par le protocole, à partir de l'adresse électronique professionnelle de l'avocat, préalablement communiquée à la juridiction, et après que les documents joints ont fait l'objet d'une numérisation.

Les messages ainsi adressés font l'objet d'un accusé électronique de lecture par la juridiction.
Ils sont considérés comme reçus par la juridiction à la date d'envoi de cet accusé, et cette date fait, s'il y a lieu, courir les délais prévus par les dispositions du présent code.


Là, je dois dire que j'en suis resté comme deux ronds de flan.

Il est 1h33 du matin, je vais me coucher.
Je relirai demain.
Désolé pour les fôtes.
Je laisse mes collègues informaticiens rompus à la pédagogie expliquer en détails les problèmes de sécurité liés aux emails.

Références bibliographiques:
Décret n°2007-1620 du 15 novembre 2007

02 décembre 2007

L'éternel voyage de la science

Les experts les plus redoutables sont ceux dont la compétence paraît offrir le plus de garantie. En effet, si l'avocat peut toujours combattre, parfois victorieusement, les conclusions d'un expert graphologue, il osera plus difficilement discuter catégoriquement les rapports d'un grand professeur en médecine ou d'un chimiste dont la compétence est universellement reconnue.

Ainsi, le professeur Tardieu, grand médecin légiste du 19eme siècle, fit une carrière exemplaire. Prudent jusqu'à l'extrême scrupule, il ne s'était pourtant jamais prononcé qu'à coup -qu'il croyait- sûr.

Il n'apprit pourtant l'existence des ptomaïnes qu'en 1875, par les travaux des professeurs Selmi de Bologne et Gautier.
Jusqu'à cette époque, toute substance alcaloïde toxique extraite d'un cadavre au cours d'une expertise médicale était réputée avoir été introduite criminellement durant la vie.
En 1875, le grand médecin légiste était alors parvenu au terme de sa carrière.

Quel effroi rétrospectif, quelle tristesse durent le saisir, lorsque la découverte de ces poisons nés de la mort lui révéla combien d'erreurs il avait pu commettre.
Il avait trouvé du poison; il pensait avoir touché du doigt le crime.
Mais l'empoisonneuse n'était que la Nature surprise en son labeur de décomposition.
Tardieu ne s'était jamais trompé. Il avait subi les ignorances de la science.

Il en sera toujours ainsi. Si savant soit-il, un savant ne peut savoir que tout ce qui se sait à son époque. Il s'en rend compte et, devant la justice, il emploie volontiers cette formule de haute modestie: "Dans l'état actuel de la science, je crois pouvoir affirmer telle ou telle chose". Mais de cette réserve philosophique nul ne tient compte.
"Voilà ce qui me paraît être la vérité", dit le savant.
"Voilà la certitude", traduit la foule ignorante, oublieuse de "l'éternel voyage" de la science.

Extrait de l'ouvrage "Les erreurs judiciaires et leurs causes" de Maurice Lailler et Henri Vonoven (1897).



Sur la terre, tantôt sable, tantôt savane,
L'un à l'autre liés en longue caravane,
Echangeant leur pensée en confuses rumeurs,
Emmenant avec eux les lois, les faits, les mœurs,
Les esprits, voyageurs éternels, sont en marche.
L'un porte le drapeau, les autres portent l'arche ;
Ce saint voyage a nom Progrès. De temps en temps,
Ils s'arrêtent, rêveurs, attentifs, haletants,
Puis repartent. En route ! ils s'appellent, ils s'aident,
Ils vont ! Les horizons aux horizons succèdent,
Les plateaux aux plateaux, les sommets aux sommets.
On avance toujours, on n'arrive jamais.

Victor Hugo — Les Châtiments