28 janvier 2009

La nécessaire hauteur

Le jour de la réunion d'expertise est arrivée. Cela fait trois mois que j'ai été nommé pour cette expertise. Il m'a fallu deux jours pour réussir à trouver une date qui permet de satisfaire aux contraintes de tout le monde. J'ai bien adressé les convocations en recommandé avec avis de réception au moins quinze jours avant la réunion (un mois et demi avant en fait). J'ai bien précisé dans la convocation la phrase magique "Cette réunion, régulièrement convoquée, se tiendra même en l'absence d'une des parties". J'ai résisté aux tentatives de déplacements ou d'annulation de dernière minutes.

Me voici devant les parties à la cause.

Quel est mon état d'esprit?
Je suis impressionné, je suis stressé, j'ai le cœur qui bat à 180.

Étonnant, non?
Car extérieurement, j'arrive à afficher une attitude sereine et posée.

Et pourtant, je suis face à deux (parfois trois) parties suffisamment en conflit pour être allées jusqu'au procès. Le magistrat souhaite un avis d'expert, et il m'a désigné.

Les parties sont tendues. Parfois des noms d'oiseaux sont échangés, et j'essaye de ramener le calme, avec l'aide des avocats. Je dois rester neutre, à tout prix.

Et ce n'est pas facile. Pourquoi? Je vais vous le dire...

J'ai reçu la lettre de désignation trois mois auparavant. Elle contient les questions que le magistrat me pose et auxquelles je dois me limiter strictement, à défaut de nullité. Depuis trois mois, je constitue un "dossier" avec les pièces que les avocats m'adressent. Ce dossier, je l'ai lu et relu pour mémoriser le maximum d'éléments. Certains points m'échappent, mais je sais que chaque pièce sera étudiée en réunion et me sera expliquée de façon contradictoire.

J'arrive donc en réunion d'expertise avec déjà ma petite idée, mais prêt à écouter tous les arguments.

La réunion commence. Je fais un tour de table pour que chacun se présente. Je note les noms et fonctions de chacun. Je refais un tour de table pour que chacun présente succinctement le problème. Peine perdue, impossible aux parties d'être succinctes. Les débats s'enflamment.

Sauf à avoir une mission de conciliation, le rôle d'un expert judiciaire n'est pas de résoudre un conflit. Je ne suis pas non plus casque bleu d'interposition. Je regarde les parties et je les écoute. J'apprends de nouveaux noms d'oiseaux...

Telle personne m'est antipathique.
Untel semble désespéré.
Maître Dumonde a le regard rusé.
Mme Leeloo, comptable, a du mal à se faire comprendre.

En tant qu'être humain normalement constitué, je ressens des émotions et je suis sujet à des a priori ou des idées reçues.

En tant qu'expert judiciaire, je dois me forcer à rester neutre. Je dois écouter tous les avis, et par dessus tout, je dois être capable de changer d'avis. Pour rester impartial.

Il y aura partialité chaque fois qu'il sera démontré que quelle que soit la nature des faits et des arguments avancés par l'une des parties, l'expert restera sourd à cette argumentation car son avis sera déjà formé avant tout débat contradictoire.

Ce que l'impartialité interdit, ce n'est pas que l'expert ait un avis, tout être humain normalement constitué et doué de pensée est susceptible d'en avoir un, c'est de refuser d'en changer après que soit intervenu le débat contradictoire.
[1]

Mais il est difficile de rester de marbre. Surtout lorsque je décide de faire le point à mi-réunion, d'expliquer ce que j'ai compris du problème. Une sorte d'avis provisoire. Et souvent les deux parties en font les frais.

La tension monte d'un cran.

C'est alors qu'une partie sort une nouvelle pièce, aborde un nouveau problème, soulève une question de droit et se tourne vers moi en me demandant de trancher, et manifestement en sa faveur.

L'ennui, c'est que le nouveau problème abordé sort complètement de ma compétence: il s'agit d'une problème de mécanique sur une machine liée au système informatique. Je réponds que ce problème n'est pas lié à mes missions.

Mais ce défaut est le cœur du problème! me lance l'avocat de cette partie.

Me voici au centre de la tourmente. Si cela est vrai, il va falloir que je me dessaisisse de ce dossier pour lequel je ne suis pas qualifié, ou que je trouve un autre avis auprès d'un expert en mécanique. Qui va payer? Qui va me payer si je suis dessaisi? Ai-je le droit d'introduire un autre expert?

Je clos la réunion et contacte le juge qui m'a désigné. Je lui explique le problème, il me demande de sursoir à mes opérations. Nous n'abordons pas l'aspect financier.

Et pourtant, lorsque je relis mes actes de colloque, "il existe dans le nouveau code de procédure civile un mécanisme peu utilisé, celui de l'article 266 du nouveau code de procédure civile, qui prévoit que le juge peut fixer une date à laquelle l'expert et les parties se présenteront devant lui pour que soient précisés la mission et, s'il y a lieu, le calendrier des opérations. Les documents utiles à l'expertise sont remis à l'expert lors de cette conférence.

Cette disposition permet au juge de procéder à une désignation provisoire d'un technicien dont la compétence apparaît, prima facie, correspondre à la mesure d'instruction sollicitée, puis de le charger de réunir les parties et de les entendre. Quelques jours après, voire quelques semaines, le juge confère avec eux de l'étendue de la mission, quitte à choisir un autre expert si la spécialité du premier nommé n'est pas en adéquation avec la mission conférée, et cette mission est définie, après débat contradictoire, en étroite collaboration entre le juge, l'expert et les parties. Cela évite de désigner un expert trop généraliste ou de donner une mission très large destinée à balayer tout le champ du litige. Il conviendrait de généraliser, hormis contractualisation de l’expertise, l'exercice de la conférence.

Comme personne n'ignore que les difficultés de communication de pièces constituent la pierre d'achoppement de l'expertise, que souvent l'une des parties a intérêt à ce qu'un rapport éclairé soit déposé et l’autre non, et que l'expert ne dispose pas de moyen de contrainte sur les parties en cause, le juge pourra constater, dès la conférence, la carence d'une des parties dans la production de pièces et immédiatement la sanctionner. En pratique l'implication de tous les acteurs de l'expertise lors de la conférence doit permettre de mettre en œuvre utilement l'expertise et d'empêcher qu'elle soit entravée par l'attitude dilatoire de l'une des parties."

Deux mois plus tard, le magistrat m'informe qu'il a nommé un expert ad hoc pour la partie mécanique du dossier et que je peux poursuivre mes diligences sur les questions précises qui m'ont été posées sur la partie spécifiquement informatique, sans prendre attache avec l'autre expert, qui travaillera ensuite à partir de mon rapport.

Ce qui ne m'a pas empêché d'effectuer ma mission conformément au nouveau code de procédure civile:
- d’une part, le technicien commis doit accomplir sa mission avec conscience, objectivité et impartialité (article 237 du NCPC);
- d’autre part, le technicien doit donner son avis sur les points pour l’examen desquels il a été commis. Il ne peut répondre à d’autres questions, sauf accord des parties. Il ne doit jamais porter d’appréciations d’ordre juridique (article 238 du NCPC);
- enfin, le technicien doit respecter les délais qui lui sont impartis (article 239 du NCPC).

L'ambiance de la deuxième réunion a été exécrable.

Sutor, ne supra crepidam.

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[1] Maître André Jacquin - L'impartialité objective de l'expert judiciaire et sa récusation.

27 janvier 2009

2009 wish list




Voici la liste de mes engagements bonnes résolutions pour l'année 2009...

Si je suis toujours vivant en 2010, je ferai alors le bilan de cette liste de souhaits:





- être toujours vivant, si possible en bon état
- arriver enfin à mettre en place le tri sélectif au boulot
- stopper l'inflation du nombre de PC à la maison (10 aujourd'hui)
- arriver à obtenir le paiement des expertises judiciaires effectuées (un an de retard)
- ranger mon bureau professionnel
- ranger mon bureau personnel
- faire une sortie "accrobranche" avec les enfants
- acquérir une paire de lunette vidéo 3D
- diminuer le nombre de billets en mode brouillon sur ce blog (55 aujourd'hui)
- migrer l'ensemble des serveurs du boulot (>6ans) vers de nouveaux serveurs virtualisés
- arriver à faire fonctionner cette $#%µ& régulation de chauffage au boulot
- remplacer les chaudières gaz du boulot (2x800kW quand même) par des / panneaux solaires / éoliennes / chaudières bois / forages géothermiques (rayer les mentions inutiles)
- externaliser la messagerie du boulot vers une solution du type Gmail
- travailler moins et gagner plus
- faire évoluer le serveur web de la commune
- faire évoluer les serveurs web du boulot
- faire évoluer le serveur web personnel
- faire plus de formations pour préparer le renouvèlement quinquennal sur la liste des experts judiciaires (si les magistrats veulent encore de moi)
- faire un peu plus de sport et plus régulièrement
- m'intéresser de plus près aux outils des Pentesters
- m'intéresser de plus près aux travaux scolaires de mes enfants
- m'intéresser de plus près aux travaux extra scolaires de mes enfants
- assister au moins une fois à une Berryer
- rencontrer IRL Me Eolas, Me Tarquine, Mme Aliocha, Mr Boulet ou Mr Sid, et être capable d'aligner une ou deux phrases sans balbutier.
- et bien sur, continuer de rêver...

25 janvier 2009

Décision du Procureur Général

Ce billet est le 8e (et a priori dernier) d'une histoire qui commence avec ce billet.










République française

Ministère de la Justice

Cour d'Appel de [Ville]
Le Procureur Général


[Ville], le 16 janvier 2009

OBJET: procédure disciplinaire contre M. [Zythom], expert

[...]
Je vous informe que la recommandation décidée par la chambre de discipline de la Compagnie des Experts de justice près la Cour d'Appel de [Ville] me paraît opportune afin de rappeler à M. [Zythom] le nécessaire respect des qualités, notamment de conscience, d'impartialité et de réserve, nécessaires au plein accomplissement de sa mission d'expert.

Je note à cet effet la modification intervenue sur la page d'accueil du blog tenu par M. [Zythom].

Je considère cette procédure comme close en l'état.
[...]







Merci à tous pour vos encouragements, à mon avocat pour sa compétence et à mes proches pour leurs soutiens.

Cette page est tournée.


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Sources images:
Feu d'artifice: fr.bestgraph.com
Robe Procureur: Cour d'Appel de Paris

23 janvier 2009

Ma première enquête

Dans une autre vie, j'ai travaillé comme modeleur dans une entreprise spécialisée dans la création d'images de synthèse. J'étais jeune, étudiant, et je faisais mon stage ingénieur. Le travail était passionnant et j'étais souvent le premier arrivé le matin et le dernier parti le soir.

Mon travail consistait a introduire la notion de liens entre les différentes parties constituant un objet articulé. A cette époque, lorsqu'un personnage 3D devait se déplacer, il fallait se préoccuper de la trajectoire de chacun de ses constituants (ce qui donnait parfois de jolies surprises, avec un bras qui se détachait du corps pendant la marche).

L'entreprise était une jeune pousse créée par des anciens chercheurs en image de synthèse qui avaient inventés de nombreux algorithmes de calculs et surtout, qui avaient conçu un (gros) calculateur spécialisé dans ce type de calculs.

Chaque image pouvait donc être calculée très rapidement sur ce matériel spécialisé.

Enfin, quand je dis rapidement, il fallait quand même 15 mn par image (mais à cette époque, c'était un exploit).

Chaque semaine s'écoulait à peu près de la même façon: tout le monde travaillait sur le scénario, les décors, les objets et leur modélisation. Chaque nuit étaient lancés des calculs préparatoires (sur des structures simplifiées sous forme de fils de fer). Chaque matin, nous découvrions les résultats, effectuions les corrections et améliorations. Puis arrivait le vendredi soir et le moment de lancement de tous les calculs pour le week-end: 60 heures de calculs non-stop pour calculer une séquence de 240 images, soit 10 secondes d'animation.

Une semaine de travail pour 10 secondes d'animation...

Autant dire que lorsque nous avons découvert, un lundi matin, que les calculs n'avaient pas eu lieu durant le week-end, nous n'étions pas fiers.

Surtout lorsque le même phénomène s'est reproduit la semaine suivante!

Réunion de crise dans l'entreprise, discussion autour des causes de pannes possibles. Tout y passe: bug logiciel, problème matériel (le calculateur était un prototype unique), défaut d'alimentation électrique, etc. Nous avions même envisagé le débranchement brutal du calculateur par la femme de ménage pour le branchement de son aspirateur...

Nous étions trois ingénieurs dans la salle, en me comptant, moi le jeune stagiaire, au milieu de créatifs, d'artistes et de chercheurs. Mais dix personnes, dix avis, dix solutions...

Les fichiers logs du calculateur indiquaient un arrêt brutal d'activité le vendredi soir, la première fois à 22h13, et la seconde à 21h36. Et personne n'arrivait à raccorder ces deux dates à un évènement particulier qui aurait pu nous mettre sur la piste. J'émets timidement une remarque: "heu, c'est curieux, c'est à peu près l'heure à laquelle je suis parti..."

Nous décidons donc tous à l'unanimité que je serais accompagné le vendredi suivant pour surveiller le bon lancement des calculs.

La semaine se passe comme d'habitude. L'activité dense de l'entreprise et le côté artistique de son activité faisait qu'il y avait toujours quelqu'un, 24h sur 24. Chacun vivait l'aventure de la jeune pousse intensément et avec passion.

Vendredi soir arrive, et me voilà, avec plusieurs personnes sur le dos, toutes aussi curieuses que moi, à surveiller la stabilité du calculateur et le bon lancement des calculs en batch. A 19h, démarrage OK. A 20h tout se déroulait correctement. A 21h aussi. A 22h, nous sommes trois à rester dans la ruche, d'habitude si active. Mais bon, c'est l'été, et le début d'un week-end qui s'annonce particulièrement ensoleillé.

Je relis sur mon cahier tous les évènements qui se sont déroulés depuis 18h. L'arrivée ou le départ d'untel, l'arrêt de tel ordinateur, la coupure des lumières de tel bureau. C'est ma première enquête et j'ai pris soin de noter tous les détails qui pourraient se révéler cruciaux.

Tout se passe correctement et la machine ronronne de façon normale. J'essaye d'imaginer tous les électrons passant par les transistors et par les fils wrappés sur les plaques de cuivre. Je me sens un peu comme Dave Bowman en train de surveiller une création technologique potentiellement malfaisante.

Surtout qu'à l'époque, mon magnifique MacPlus fourni par l'entreprise et surgonflé à 4Mo me susurrait à chaque erreur de clic: "I'm sorry Dave, I'm afraid I can't do that..."

Bon, si tout va bien, il n'y a plus de raison de rester. Je note sur le cahier: départ 23h15. Nous sortons tous ensemble, puis je rentre dans ma cité U écouter la radio de mon voisin et les râles de sa copine...

Lundi matin, stupeur, le calculateur a arrêté ses calculs... à 23h16! Une minute après notre départ! La première personne arrivée lundi a été obligée de relancer tous les calculs qui auraient du être fait le week-end.

Re-réunion de crise, et tout le monde me demande de refaire les gestes effectués lors de mon départ. Je suis un peu vexé.

- j'écris l'heure de mon départ sur le cahier;
- je me lève pour prendre mon pull (un vieux pull tout pourri, symbole du scientifique à mes yeux à l'époque;)
- je me dirige vers l'entrée (tout le monde me suit);
- je regarde si tout va bien, j'ouvre la porte et je sors.

C'est tout?


Et moi, espiègle, j'éteins toutes les lumières de l'entreprise avec l'interrupteur principal situé près de l'entrée, et les plonge tous dans le noir.

A ce moment-là, le calculateur s'arrête et redémarre.

L'interrupteur qui permettait d'éteindre toutes les lumières d'un seul coup, générait une surtension sur le réseau électrique, surtension qui rebootait le calculateur. Cet interrupteur n'était jamais utilisé en période normale, soit parce qu'il y avait quelqu'un en permanence, soit parce que les lumières étaient déjà toutes éteintes.

Personne n'utilisait jamais cet interrupteur le vendredi soir.
Sauf moi, depuis trois semaines.

21 janvier 2009

Les corsaires de l'informatique





J'entends beaucoup parler de pirates informatiques. Je lis aussi beaucoup sur la question car le sujet m'intéresse à plusieurs titres:

- comme responsable informatique dans une école d'ingénieurs, les tentations d'indélicatesses in situ par les étudiants sont nombreuses,

- comme correspondant sécurité du Réseau National de télécommunications pour la Technologie l'Enseignement et la Recherche dans mon établissement, la surveillance de nos serveurs internet et de nos accès au réseau des réseaux est indispensable,

- comme informaticien inscrit sur la liste des experts judiciaires, je dois m'assurer qu'un litige qui m'est soumis ne trouve pas sa source dans les opérations frauduleuse d'un tiers,

- comme enseignant-chercheur en informatique, j'ai à cœur l'enseignement de l'utilisation pratique des technologies de l'information et de leurs sécurités,

- comme particulier à la tête d'un réseau informatique personnel, je dois m'assurer de l'utilisation normale des différents ordinateurs familiaux (par les miens et par les aliens),

- enfin, comme informaticien passionné et curieux, j'ai toujours eu à cœur de comprendre le fonctionnement des techniques utilisées dans les appareils de traitement automatique de l'information. Et étudier leur fonctionnement, c'est s'intéresser également à leur dysfonctionnement. Et étudier leur dysfonctionnement, c'est s'intéresser à leur sécurité.

Je ne vais pas vous faire ici un cours sur la sécurité informatique. Je dis simplement que ce point particulier m'intéresse.

Attention: je ne dis pas que je suis compétent. Je dis simplement que je suis personnellement attiré par ce qui relève de la sécurité informatique. Et depuis longtemps. Enfin, je veux dire depuis tout petit. La raison? Simple curiosité scientifique... et certainement une attirance non nulle par le côté obscur de la force (attirance toute scientifique bien sur;).

Le côté obscur de la force.
Les élites informatiques.
Vous savez, celles qui parlent un langage particulier, l'elite speak, c'est-à-dire le leet speak, euh, je veux dire le L33T 5P3AK.
Enfin quoi, celles qui utilisent cette version de Google...

4m1$, 1£ ƒ4µ7 ƒ41r3 µn3 p4µ$3
J'4p3rç01$ £'0mbr3 Ð'µn b0µ(h0n
Bµv0n$ à £'41m4b£3 ƒ4n(h0n
(h4n70n$ p0µr 3££3 qµ3£qµ3 (h0$3

Mais revenons à nos m0µt0n5. Je ne peux pas nier qu'à l'âge de mes premières amours, mon attirance anormale vers l'informatique était en partie liée à cette attirance des réseaux undergrounds dont on m'avait parlé. C'était l'époque où notre ancien ministre de l'économie des finances et de l'industrie donnait vie à mon héros d'alors, j'ai nommé Brendan... Je sortais de mes lectures la tête pleine de rêves de hacking, cracking et autres carrières de professeur au MIT. Avec cette odeur de souffre qui plaisait tant alors aux filles. CQFD.

J'étais un bad boy parce que je rêvais d'exploits.
Ceux-ci, pas ceux-là...

Seulement, voilà, je suis un gentil.
Celui-ci... pas celui-là!

Et donc, il m'a fallu patienter jusqu'à devenir responsable informatique pour m'attaquer réellement à mon premier piratage: celui de mon propre système. Pourquoi? Et bien pour voir si mon système était suffisamment sécurisé. Je suis donc devenu corsaire de l'informatique.

Un corsaire de l'informatique est un membre de l'équipage d'une SSII, autorisé par une lettre de marque (ou lettre de course) à attaquer en temps de cyberguerre, tout site battant pavillon d'États ennemis, et particulièrement son trafic marchand, laissant à la flotte de guerre le soin de s'attaquer aux objectifs militaires. Les corsaires, ne doivent donc pas être confondus avec les pirates puisqu'ils exercent leur activité selon les lois de la guerre, uniquement en temps de guerre et avec l'autorisation de leur gouvernement. Capturés, ils ont droit au statut de prisonniers de guerre[1].

Me voici donc en train de cracker les mots de passe pour vérifier que mes utilisateurs sont bien (in)conscients. En train de lancer une attaque DOS, ou de jouer à l'homme du milieu...

Et comme beaucoup d'administrateurs réseaux, j'ai joué avec le feu: matériel en production, tentative de pénétration frauduleuse de système informatique (depuis chez moi avec mon modem)... En fait de corsaire informatique, j'étais plutôt un flibustier, c'est-à-dire un corsaire auto proclamé.

J'ai donc fini par me rendre compte que la sécurité informatique... et bien, c'est un métier. Et que moi, finalement, je ne suis qu'un script kiddie, un gamin utilisateur de scripts. Et un script kiddie, cela peut être extrêmement dangereux, par son incompétence même.

Le problème, c'est que depuis ma lecture de Softwar, des professeurs Brendan, je n'en ai pas rencontré beaucoup. Ni de vrais corsaires de l'informatique. Ni de pirates. Et pourtant, depuis l'arrivée d'Internet (je mets une majuscule quand je veux), la cyberguerre est partout. C'est pourquoi je dois me protéger. Je dois protéger mon système informatique. Je dois protéger mon système d'information. Je dois protéger mon entreprise.

Et comme je suis un bisounours dans un monde de brute. Je dois faire appel à un spécialiste. Un anti-pirate. Un héros des temps informatiques.

Un mercenaire informatique.

D'après Zythompédia, le terme «mercenaire informatique» s'entend de toute personne qui est spécialement recrutée dans l'entreprise ou en SSII pour combattre dans un cyberconflit, et qui prend part aux hostilités essentiellement en vue d'obtenir un avantage personnel et à laquelle est effectivement promise, par une entreprise au conflit ou en son nom, une rémunération nettement supérieure à celle qui est promise ou payée à des combattants ayant un rang et une fonction analogues dans les services informatiques de cette entreprise.[2]

J'ai nommé le PENTESTER.
Mais cela, c'est une autre histoire (à suivre).

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[1] et [2] Ami lecteur du premier degré, cette définition est inventée, voire romancée.

19 janvier 2009

Cache cache

Il m'arrive de temps en temps de recevoir une enquête par email. En général, elle passe directement à la corbeille, mais cette fois-ci, j'ai eu envie d'y répondre. Toutefois, avant de cliquer sur le lien, par réflexe paranoïaque (non pathologique quand même), j'aime à vérifier qu'icelui renvoie vers le site dont l'email provient.

Or, dans mon cas, le lien envoie vers un site différent, prétendument français (point fr oblige parait-il). Un petit coup de Google sur le nom de domaine du suspect m'informe de la réalité de l'existence IRL de ce site, prestataire annoncé de mon enquêteur.

Au risque d'évoluer vers une psychose paranoïaque constituée, je m'enquiers de la qualité de ce site via un autre navigateur démuni de tous ses attributs javascriptesques, en entrant, non pas le lien envoyant vers l'enquête toujours en attente, mais l'adresse de la racine du site.

Et là, ô rage! ô désespoir! ô vieillesse ennemie!, que vois-je sur la page d'accueil de ce bon site d'une entreprise informatique bien française de chez nous: l'image d'un fier guerrier en rouge sur fond noir, accompagnée d'inscriptions vengeresses et d'une musique guillerette.

Le site avait été piraté!

Une petite analyse du code source me montre quelques traces d'expressions anglaises laissant penser que certains turcs souhaitaient avoir des rapports sexuels avec des grecs.

N'ai-je donc tant vécu que pour cette infamie?

Mon sang ne fait qu'un tour, allais-je laisser ainsi ce site sans figure? En tant qu'internaute premier, n'ai-je pas une obligation d'assistance à site en danger?

Et ne suis-je blanchi dans les travaux guerriers
Que pour voir en un jour flétrir tant de lauriers?


Je décide donc de contacter le responsable du site. Problème: comment?
J'envoie un email à webmaster@truc.fr et postmaster@truc.fr

24h passent sans réponse et sans effet.
Les adresses emails obligatoires ne sont plus lues par personne...
Ô cruel souvenir de ma gloire passée!

Mais Zythom ne lâche pas prise aussi simplement!
Une recherche auprès des bureaux d'enregistrement: rien.
Les pages blanches et jaunes sur internet: rien.
Ma collection de vieux bottins papiers... Rien.
Le cache de Google pour retrouver le site avant son piratage: OUI. Sur la page contact se trouve un numéro de téléphone surtaxé.

J'appelle (à mes frais).

Je tombe sur un quidam décentralisé auquel j'explique mon souhait urgent de contacter le responsable informatique de l'entreprise. Miracles, je suis persuasif et il me fournit un numéro de téléphone direct (cela fait deux miracles).

J'ai le responsable informatique en ligne.

Moi: "Bonjour, votre site web a été piraté et sa page d'accueil va vous surprendre. Cela fait déjà 24h que j'ai envoyé un message à votre postmaster, mais cela n'a pas changé grand chose."

Lui: "Bonjour, attendez, je vais vérifier."
Lui (en voix lointaine, mais j'ai l'oreille fine): "Hé, Yoda, je crois que quelqu'un essaye de me faire une blague par téléphone..."
Lui (quelques bruits de touches sur un clavier plus tard): "Euh, Monsieur, non, j'ai la page d'accueil du site de l'entreprise sous les yeux, et tout à l'air normal..."

Moi: "Bon, ça doit être un problème de cache ou de site dupliqué. Avez-vous la possibilité de vider votre cache et/ou d'aller sur le site réellement vu par le public?"

Lui: "Attendez, je vide le cache".
Lui (d'une voix chevrotante): "Œuvre de tant de jours en un jour effacée!"
Lui (reprenant ses esprits): "Merci d'avoir appelé. Nous allons faire le nécessaire".

Ce haut rang n'admet point un homme sans honneur

Finalement, le site est revenu à sa configuration d'origine quelques minutes plus tard. Une excellente occasion de redécouvrir les différents algorithmes de remplacement des lignes de cache...

15 janvier 2009

Conclusions provisoires

Ce billet est le 7e d'une histoire qui commence avec ce billet.


Comme je l'indiquais en commençant cette série de billet, c'est l'esprit même d'un blog de raconter ce qui nous arrive de marquant en relation avec le thème du blog, a fortiori quand c'est du blog même dont il s'agit.

C'est pourquoi j'ai entrepris de vous raconter à travers ces quelques billets ce qui peut se passer dans les coulisses d'un blogueur.

Cette (petite) affaire est-elle terminée?
Non. Je citerai ici un passage d'un billet de Paxatagore publié sur le site de Maître Eolas, et qui (bien qu'utilisé en dehors de son contexte) décrit bien mieux que moi la situation dans laquelle je me trouve:
"Il n'y a pas eu de phase contradictoire : pendant la garde à vue, on a demandé au suspect s'il avouait, on a éventuellement vérifié ses déclarations, ses alibis. Mais on ne lui a pas donné accès au dossier. Et s'il a vu un avocat, c'est d'avantage pour se rassurer que pour se défendre, l'avocat non plus n'ayant pas accès au dossier. Du reste, ce dossier n'est matériellement pas réellement constitué et ordonné de façon à être consultable par un avocat ou un magistrat. Souvent, il n'est pas encore ordonné, les pièces pas encore numérotées, les copies, les originaux, les doubles pour les archives n'ont pas été séparés... Le procureur prend la décision de poursuivre, on se retrouve au tribunal et là, et seulement là, les avocats ont accès au dossier."

Vous l'aurez compris, le Procureur de la République peut parfaitement prendre la décision de me poursuivre devant la Cour d'Appel pour entamer la procédure infamante de radiation de la liste des experts judiciaires.

Il peut aussi classer sans suite.
Il peut également ne rien décider et/ou ne rien dire.

Un magistrat est libre de décider ce qu'il lui semble le mieux à faire pour la société, et sa décision doit être respectée. Je peux simplement vous assurer que je me prépare déjà à l'idée de comparaître devant la Cour d'Appel.

Le confrère à l'origine de la saisine devait-il agir ainsi?
Oui. Aussi curieux que cela m'est apparu au début, la question devait être posée clairement: un expert judiciaire peut-il parler sur un blog de ses activités? La réponse (évidente pour moi) ne coule pas de source pour tout le monde. Comme l'indiquait justement Thomas en commentaire ici, "je m'imaginais face à un blog tenu par exemple par un expert médical, ou psychologue, ou balistique... quel aurait été mon sentiment?"
Au moins aujourd'hui ai-je la réponse sur ce point de ma compagnie d'expert de justice.

Devais-je écrire cette série de billets avant que cette affaire ne soit complètement close?
Oui, et pour plusieurs raisons:
- Vous n'avez pas idée du bien que font les commentaires que vous déposez sur ce blog.
- La mise en ligne des informations que je donne n'influera en rien les décisions des magistrats qui ont/auront à gérer ce dossier.
- Je ne compte pas sur un quelconque effet de buzz puisque les faits sont derrière moi.
- Enfin, il est bon de partager, sous forme de retour d'expérience, des évènements qui peuvent concerner tout blogueur (y compris celui qui sommeille en vous). Ce partage n'aurait pas eu la même saveur, pour vous comme pour moi, si j'avais publié ces billets après une (éventuelle) radiation. Je pense d'ailleurs que je n'aurais pas eu le recul nécessaire pour le faire sans acidité ni amertume. En ce sens là, Sid avait raison dès son premier commentaire sur le premier billet...

Pensez-vous que d'autres experts judiciaires devraient ouvrir un blog et raconter leurs activités d'expertise?
Oui, bien sur. J'aimerais même que les différentes compagnies d'experts de justice, ou les regroupements de compagnie, poussent leurs membres à le faire, comme le fait aujourd'hui l'ordre des avocats. Dans le respect, bien entendu, des règles de déontologie.

Enfin je terminerai ce billet en citant (hors contexte je dois l'admettre) cette phrase que l'on trouve sur le site du Conseil National des Compagnies d'Experts de Justice:
«L'expert doit observer une indépendance absolue, ne cédant à aucune pression ou influence de quelque nature qu'elle soit».

Billet suivant: Décision du Procureur Général.

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Crédit images darkroastedblend.com

14 janvier 2009

Décision de la Compagnie

Ce billet est le 6e d'une histoire qui commence avec ce billet.


Deux semaines après mon audition, je recevais le document suivant:




COMPAGNIE des EXPERTS de JUSTICE

près la Cour d'Appel de [Ville]
(association régie par la loi du 1er juillet 1901)



CHAMBRE DE DISCIPLINE
Session du 5 décembre 2008





FAITS ET PROCEDURE

- Par lettre du 5 septembre 2008, le Procureur Général de la Cour d'Appel de [Ville] a saisi la chambre de discipline de notre compagnie concernant un de nos membres Monsieur [Zythom].

Il est reproché à cet Expert informatique dans la tenue d'un blog de poser difficultés quant au respect, de la réserve, de l'impartialité et de la conscience professionnelle que sa fonction d'Expert Judiciaire lui impose.
En annexe de cet envoi figure des extraits du blog de Monsieur [Zythom].

- Le Conseil d'Administration de la Compagnie réunie le 19 septembre 2008 a pris connaissance de cette saisine.

Il a constaté que le grief était de nature générale, sur l'attitude et l'image que doit donner l'Expert Judiciaire de sa fonction.

- Dans cette séance, le Conseil d'Administration s'est étonné que le Président de la Compagnie des Experts de [Biiiiiip]1, lui-même Expert informaticien et à l'origine de la saisine, n'ait pas pris contact avec son homologue de [Ville] pour obtenir des renseignements sur le confrère en question, ou pour agir sur son comportement.

Le Conseil a souhaité être pleinement informé dans le cadre d'une procédure permettant à la personne mise en cause de s'exprimer.

Il a donc été décidé de convoquer Monsieur [Zythom] à une réunion de la Chambre de discipline le 5 décembre 2008 afin qu'il puisse être entendu.

- Le 9 octobre, Monsieur [Zythom] a été convoqué à cette réunion.

- Le 30 octobre, il interrogeait la Compagnie sur les griefs exacts qui lui sont faits.

- Par retour le Président de la Compagnie lui indiquait qu'il s'agissait de son obligation de réserve par rapport à la rédaction de son blog.

- Le 5 décembre 2008, le Conseil d'Administration transformé en Chambre de discipline à 14 heures a entendu Monsieur [Zythom], assisté de son Avocat, Maître [TheBest], Avocat au barreau de [ville].

A la demande du Président, Monsieur [Zythom] et son Avocat expliquent à la Chambre de discipline les motivations concernant la tenue du blog.
Ils demandent à la Chambre de discipline la teneur exacte de ce qui est reproché.


MOTIF DE LA DECISION

- Les membres de la Chambre de discipline ont tout d'abord constaté que le blog en question se présentait comme un roman et qu'à ce titre, il ne présentait pas de valeur technique. Il s'agit d'un divertissement littéraire.

- Dès avant l'audition, les membres de la Chambre de discipline, et notamment un expert informaticien, ont cheminé sur les différents blogs qui peuvent se rapprocher du monde de l'expertise judiciaire.

Ils ont constaté que le blog en question est accessible par un mot d'entrée générique tapé sur le clavier: «EXPERT JUDICIAIRE» et que pour obtenir cette accessibilité, il n'est pas anodin que ce blog comporte sur chaque page en haut «blog d'un expert judiciaire».

Au niveau du mode d'emploi du blog, la 1ère rubrique s'intitule «expertises judiciaires informatiques (Expert)», il n'y a aucune indication pour informer qu'il s'agit d'un roman. La personne qui recherche peut penser trouver des éléments purement techniques.

La Chambre de discipline en tire deux observations:
1) La majorité des personnes qui frappent sur leur clavier «Expert Judiciaire» n'ont pas pour objectif d'aboutir à un blog constituant un roman. Ils recherchent le plus souvent des éléments techniques attachés à l'exercice de l'expertise judiciaire.
2) La cadence de visite du blog est attachée, pour la plus grosse partie, à cette technique informatique qui fait que le moteur de recherche va faire ressortir le blog dans les premiers sites affichés à l'écran dans une recherche sur le générique «Expert Judiciaire».

- Les membres de la Chambre de discipline constatent qu'il existe de multiples blogs et sites qui constituent de véritables publicités non dissimulées pour leurs auteurs Experts judiciaires.
Il en existe notamment sur [Biiiiiip].
Il en existe notamment sur des spécialités informatiques.

- Les membres de la Chambre de discipline constatent:
  • Que le blog est un moyen d'expression aujourd'hui très répandu et très libre au niveau de la rédaction.
  • Que de nombreux professionnels en exercice, dont quelques Experts, Magistrats et Avocats en rédigent.
  • Que dans la plupart des cas, les auteurs des blogs comme certains romanciers écrivent sous un nom d'emprunt, ce qui préserve, dans la majorité des cas et toujours dans un premier temps, l'anonymat.
  • Que l'auteur du blog n'en tire pas avantage financier.
  • Que les écrits consultés n'ont rien de différent de ce que l'on peut lire dans un roman.
  • Que l'on ne peut pas rapprocher précisément des paragraphes du blog avec ce que serait la non observation de l'attitude de:
    # Réserve,
    # Impartialité,
    # Conscience professionnelle.


DECISION DE LA COMMISSION DE DISCIPLINE

Après avoir délibéré, la Chambre de discipline décide d'émettre une RECOMMANDATION à Monsieur [Zythom].

Le caractère générique «Expert Judiciaire» donnant l'accessibilité à son blog, lui impose de donner une image de l'Expert conforme aux qualités premières qui doivent être celles des auxiliaires de Justice.

Cette image doit conduire au respect de la fonction et à la mise en valeur des qualités nécessaires à son exercice:
- conscience,
- compétence,
- impartialité,
- réserve,
- autorité.

Ces valeurs ne sont pas toujours celles que l'on développe dans l'écriture d'un roman qui recherche l'anecdote pour le divertissement.

La mention «roman» ou «anecdotes» pourrait utilement compléter le titre «expertises judiciaires informatiques (expert)» apparaissant au début du blog, afin d'éviter la confusion pour la personne qui effectue une recherche technique.

Le Président de la Chambre de discipline.




Le jour même de la réception de ce courrier, je me suis conformé à la décision du conseil d'administration de la compagnie des experts de justice réuni en chambre disciplinaire, en remplaçant dans le mode d'emploi situé en haut de ce blog la phrase:
- expertises judiciaires informatiques (Expert)

par la phrase:
- anecdotes d'expertises judiciaires informatiques (Expert)

Le premier qui dit "tout cela pour ça?"...

Billet suivant: Conclusions provisoires.

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[1] Ce sera mon seul indice quant à l'origine de la plainte contre moi. Cet expert est également président d'une compagnie nationale d'experts que je tiens en très haute estime, à laquelle j'ai appartenu et pour laquelle je continue de faire de la publicité.

13 janvier 2009

Commission de discipline

Ce billet est le 5e d'une histoire qui commence avec ce billet.
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Quelques explications liminaires s'imposent.

Un expert judiciaire est un citoyen comme les autres. Il a proposé son savoir faire à la Justice qui a accepté de s'en servir en cas de besoin et l'a inscrit pour cela sur une liste auprès de la cour d'appel la plus proche. Le détail des procédures peut être retrouvé sur le marronnier de ce blog.

La fonction d'expert judiciaire n'est pas une profession, et il n'y a pas d'ordre professionnel, comme il peut exister un ordre des avocats, un ordre des médecins, etc. Pour rappel, un ordre est un groupement professionnel chargé de surveiller l'éthique et la déontologie d'une profession.

Cela signifie-t-il que la fonction d'expert judiciaire n'a pas d'éthique ni de déontologie? Bien sur que non.

Tout d'abord, il y a La Loi. En effet, plusieurs textes précisent le rôle de l'expert judiciaire et encadrent son action dans des procédures.

Ensuite, il y a les groupements d'experts judiciaires sous forme d'associations loi 1901. Ces associations, souvent intitulées "Compagnies", regroupent les experts judiciaires autour de leur intérêt commun (l'Expertise), soit pluridisciplinairement (en général une association par Cour d'Appel), soit par thème (par exemple l'Art).

Puis il y a des associations qui regroupent des associations d'experts judiciaires, comme par exemple le Conseil National des Compagnies d'Experts de Justice (anciennement Fédération Nationale des Compagnies d’Experts Judiciaires, attention, site web 1.0).

Toutes ces associations ont des statuts, font des AG, des réunions, rédigent des documentations, des guides, des annuaires, organisent des formations, mettent au point des règles de déontologie.

J'ai toujours encouragé sur ce blog les nouveaux experts à se rapprocher de "leur" compagnie pluridisciplinaire, ainsi que les citoyens qui recherchent des experts judiciaires. J'ai même fait plusieurs fois de la publicité pour les formations ou les colloques organisés par ces différentes associations d'experts.

Toutefois, l'inscription à l'une de ces associations n'est pas obligatoire. Dans mon cas, j'ai fait le choix de restreindre mes cotisations à une seule association, la compagnie pluridisciplinaire de ma Cour d'Appel, pour bénéficier d'une assurance en responsabilité à cout très compétitif.

Je ne suis malheureusement pas un homme de réseaux (sociaux), aussi je ne goute guère les réunions de ma compagnie, me contentant de lui envoyer, outre ma cotisation et mes salutations distinguées, mes statistiques d'expertises.

Autant dire que personne ne me connait dans cette association, car j'y fais peu de bruit.

Me voici donc convié par Mr le Procureur devant le conseil d'administration de ma compagnie d'expert judiciaire, réuni en sa forme de chambre de discipline.

Fin des explications liminaires.

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J'arrive avec deux heures d'avance pour visiter les lieux et repérer le chemin d'accès. Je retourne à la gare où mon avocat doit arriver et en l'attendant, je relis quelques uns des 200 billets que j'ai publié sur ce blog dans la rubrique Expert. Je relis également quelques uns des courriers de lecteurs et mes réponses. Bref, je vérifie que je maîtrise le volumineux dossier papier que j'ai préparé. Moi qui ai toujours paniqué rien qu'à l'idée de devoir un jour venir présenter oralement mon rapport devant une Cour d'Assises... me voici en train de potasser mon dossier pour passer devant une commission de discipline.

Nous voici, mon avocat et moi, devant la porte de la salle de réunion. Le président nous accueille fort civilement et nous introduit dans les lieux. Imaginez une grande salle réunissant 20 personnes autour de tables formant un grand U, avec une table pour les accusés invités au milieu du U. C'est impressionnant.

Nous nous présentons[1], et les questions commencent. Toute l'audition se passera sur un ton courtois, sans parti pris, avec une vraie envie de comprendre.

Certaines questions seront très classiques:
"Pourquoi écrivez-vous de manière anonyme?"
"Vous semblez être pourvu d'un très gros égo. Qu'en pensez-vous?"
"Quel intérêt trouvez-vous à tenir un carnet intime public?"

D'autres questions sont plus subtiles:
"Vous nous expliquez que les anecdotes que vous citez sont véridiques mais transformées. Où est la vérité?"
"Finalement, vos histoires relèvent plus de la romance, de l'anecdotique. Pourquoi ne pas le dire, au lieu de vous présenter comme expert judiciaire à chaque entête de page de votre blog?"
"Les personnes qui tapent "Expert judiciaire" dans un moteur de recherche ont-ils comme souhait d'atterrir sur un blog constituant un roman?"

Je m'attache à répondre du mieux possible à chaque question, pendant l'heure et demie que durera l'audition. Je leur rappelle également que je ne sais toujours pas qui m'accuse et de quoi précisément. Personne ne me répondra sur ce point. Apparemment, tout le monde a lu le dossier, sauf mon avocat et moi.

Je ressors de l'essoreuse plutôt satisfait: quelle que soit la décision que prendra la compagnie, j'ai le sentiment d'avoir été écouté. Personne dans la salle n'était content d'être là, mais tout le monde a cherché à comprendre et à analyser les raisons qui nous y ont amené.

Le surlendemain j'écrivais le billet intitulé "Au bas de l'escalier" dont j'espère que vous percevez maintenant pleinement la saveur.

Quinze jours plus tard, le président de la compagnie m'adressait la décision. Celle-ci m'a fort étonné.

Billet suivant: Décision de la Compagnie.

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[1] Nous nous sommes présentés, mon avocat et moi, mais à mon grand regret, aucun des experts présents autour de la table ne s'est présenté (nom et domaine d'expertise), ce qui fait que je me suis adressé à une assemblé anonyme, ce qui est finalement assez cocasse.


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Crédit images darkroastedblend.com

12 janvier 2009

La lettre du Procureur

Ce billet est le 4e d'une histoire qui commence avec ce billet.

Quatre mois s'écoulent.

Pendant ces quatre mois, j'ai ouvert avec fébrilité tous les courriers en provenance de la justice. A chaque fois, il s'agissait de désignations pour des missions d'expertise. A chaque fois j'ai eu à cœur de tenir le serment que j'ai prêté, et qui orne le fronton de ce blog: "Je jure, d'apporter mon concours à la Justice, d'accomplir ma mission, de faire mon rapport, et de donner mon avis en mon honneur et en ma conscience."

Pendant ce temps, je continuais malgré tout de tenir ce blog, et de rédiger quelques billets plus ou moins en rapport avec ma probable "radiation pour cause de blog":
- Mon nom est l'Eternel
- La tenue d'un blog nuit-elle à la santé?
- Ecrire sous pseudonyme

En même temps se jouait un autre drame de ma vie, en trois temps: candidature, puis espoir et finalement la fin d'un rêve...

Puis les vacances sont enfin arrivées... Et avec la reprise du travail, cette lettre:

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Monsieur,

Vous avez été entendu par M. le Conseiller chargé des relations avec les experts judiciaires le [date] dernier.

Au terme de cette audience, et au regard des éléments portés à ma connaissance, je vous informe que je saisis ce jour la chambre de discipline de la compagnie des experts judiciaires du ressort de la Cour d'Appel de [Ville] car j'estime que la tenue de votre blog contrevient au respect des principes, notamment de moralité et de conscience professionnelle, définis par ladite compagnie.

Je souhaite vous rappeler que votre fonction d'expert judiciaire vous impose le strict respect d'une obligation de réserve que la tenue de votre blog ne permet pas.

Je vous prie de croire, Monsieur, de croire à l'assurance de mes salutations distinguées.

P. le procureur général, [nom et signature], Substitut Général.
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Bon, je m'y attendais un peu, mais j'espérais quand même le classement sans suite après l'audition.

Ma curiosité l'emporte sur la consternation. Je discute avec mon avocat qui me remonte le moral. Je suis pris entre de nombreux désirs contradictoires. Ma crainte la plus forte est d'être pré-jugé, de ne pas être réellement entendu, de ne pas être écouté par mes pairs. J'ai l'impression d'être coupable, par la tenu de ce blog, d'avoir utilisé une liberté de parole qui s'apparente à l'utilisation de poil à gratter.

Bref, d'être considéré comme un emmerdeur.

Quelques mois plus tard, je suis tombé sur ce billet de Maître Mô, (sur des dossiers bien plus graves que ma petite affaire) qui résume parfaitement mon état d'esprit.

Extrait:
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[...] un type arrive devant ses juges avec une histoire et une vie, qui obéissaient jusqu’à cet instant à des milliers de règles différentes, logiques et illogiques, sensées et moins sensées, cohérentes entre elles ou pas, construites de réflexions et de coups de folie, bref, ma vie, la vôtre, le destin, le chemin parcouru, vos excès, vos humeurs, vos ressentis, vos passions, vos logiques, vos raisonnements…

Strictement rien d’analysable, juste tout ce qui vous fabrique, bonnes ou mauvaises raisons.

Et tout à coup c’est fini : vous êtes soupçonné.

Et à compter de ce moment, ces milliers d’éclats et de rondeurs qui vous composent ne sont plus étiquetables, strictement, que de façon absolument, totalement, désespérément et connement binaire.

Que ce soit devant un policier, devant un procureur, devant un juge d’instruction, et a fortiori devant vos juges finaux, ceux qui vont dire si vous avez commis les faits et qui vont voter votre condamnation, vous n’avez soudainement plus droit qu’à avoir eu, toute votre vie, et particulièrement autour de la commission des faits concernés, que deux attitudes.

Deux.

Sans aucune autre alternative. La bonne ou la mauvaise.

Et toute votre vérité, toute la réalité de votre vie, toute celle du moment où le drame dont on vous reproche à présent d’avoir été l’acteur, tout ne s’explique soudain plus qu’à la seule lumière de la bonne attitude, ou à la noirceur de la mauvaise attitude.

La Justice, qui connaît si bien le noir et le blanc, ne connaît pas le gris.
[...]
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Billet suivant: Commission de discipline.


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Crédit images darkroastedblend.com

11 janvier 2009

Billet d'actualité du dimanche 2

Je suis en train de tester Windows Seven (ce billet est publié sous cet OS avec IE8béta). Je dois dire que pour l'instant je suis agréablement surpris: légèreté et facilité de prise en main.

Jusqu'ici tout va bien.

Même l'antivirus Avast semble fonctionner correctement (alors que rien sur le site d'Avast ne précise encore "Windows 7 Ready").

Bon, bien sur, je n'ai pas encore testé mes vieilles webcams "sans pilote Vista".

Bref un billet complètement inutile, juste pour dire que je suis dans le vent (ou plutôt sous la mer avec Bubulle, le fond d'écran par défaut...)

Et puis, cela fait du bien de faire une pause.

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Source image: www.rap-francais.com

Billet d'actualité du dimanche

Suppression des réclames à la télévision française publique, mais pas dans les agendas électroniques (américains bien entendu, perso je quitte à 19h:):



Ok, je sors...

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Crédit images darkroastedblend.com

09 janvier 2009

L'interrogatoire

Ce billet est le 3e d'une histoire qui commence avec ce billet.

Le jour J arrive. Stressé et angoissé, j'arrive 4 heures avant le rendez-vous. Je trouve mon chemin, je repère les lieux, je tourne en rond dans la ville.
Je discute avec mon avocat qui essaye de me détendre.

L'heure H arrive enfin. Je frappe à la porte du bureau du magistrat. A la Cour d'Appel, on l'appelle un conseiller. Mon avocat m'accompagne. Dès la porte du bureau ouverte, il demande au conseiller l'autorisation d'assister à mon audition. Le conseiller refuse poliment, expliquant que les textes ne prévoient pas la présence d'un avocat. Mon avocat m'avait prévenu. Me voici seul.

Le bureau est une jolie pièce avec plafond en voute. Deux personnes m'attendent: le conseiller et son greffier. Je m'assoie sur une chaise et me sens coupable. Mais je ne sais pas pourquoi.

Bonjour Monsieur, J'ai été saisi par le chef de Cour dans la mesure où vous tenez un blog et que l'on s'interroge pour savoir si vous considérez que ce blog est compatible avec l'obligation de réserve à laquelle vous avez prêtée serment.

Patatras.

Le ton est froid, professionnel. Sur ma chaise, je maîtrise avec peine mon stress.
Pendant une demi heure, sur un ton très courtois mais ferme, je suis interrogé sur mon blog, principalement sur ce billet. J'essaye d'expliquer mes motivations. Mon cerveau fonctionne à plein régime, mais ma voix trahit mon stress. C'est le premier interrogatoire auquel j'assiste, et c'est moi l'accusé.

Curieusement, ma voix légèrement chevrotante me fait penser à cette voix de vieillard dont j'ai déjà parlé dans cette anecdote. Seulement cette fois, le stress est resté jusqu'au bout tellement j'étais impressionné.

Le magistrat est parfaitement correct dans son rôle de neutralité absolue: froid sans être glacial, sans sourire mais sans sècheresse. Des questions courtes, factuelles. Je réponds (enfin j'essaye de construire une réponse intelligente). Le greffier prend des notes avec rapidité. Le magistrat prend le temps de répéter ses questions, et de reformuler mes réponses, sans en trahir le sens, pendant que j'écoute en silence.

Ce qui m'a surpris le plus, malgré mon stress, c'est que le greffier n'utilisait pas d'ordinateur, mais une simple feuille et un stylo. Lorsque je lui ferai remarquer, il m'expliquera qu'il est plus à l'aise comme cela, avec le sourire désabusé que je connais pour le voir souvent sur les personnes plutôt réfractaires à l'informatique. Je ne lui donne pas tort, d'autant que son écriture est fine et plutôt lisible. Les phrases sont complètes, les mots aussi. Il n'y a pas d'abréviation, ni de faute d'orthographe.

Dernière question du conseiller: "Avez-vous quelque chose à ajouter?"
Réponse instantanée: "Oui... mais... j'ai mille choses à ajouter!"
Puis je réfléchis en silence.

Le conseiller laisse ce silence s'installer.
Je regarde ce professionnel et comprend qu'il ne laissera transpirer aucun sentiment, aguerri qu'il est à ce type de situation.
Mais je lui sais gré de me laisser le temps de la réflexion, de ne pas me brusquer.

Je présente en quelques phrases le fait que je mets mes compétences au service de la Justice et que ce blog me permet de faire un retour d'expérience, avec des affaires transposées, déformées et méconnaissables, sous le couvert d'un pseudonyme, afin de partager ces expériences avec d'autres, professionnels du droit, experts confirmés, experts en devenir ou simples citoyens. Ce n'est pas incompatible à mon sens avec une obligation de réserve.

Mon anonymat n'est pas celui du dénonciateur anonyme.

Je sens que la messe est dite. Inutile de me ridiculiser. Je me sens déjà assez humilié.

Le conseiller me demande de relire le procès verbal du greffier. Je déchiffre son écriture étroite en me demandant pourquoi il n'a pas utilisé l'ordinateur. Le compte rendu est fidèle à l'esprit de mes propos. Je signe malgré l'absence de mon avocat.

Pourquoi avoir refusé la présence de mon avocat? Certes, sa présence n'était pas obligatoire, mais le magistrat aurait pu accepter sa présence. Car si son travail m'a semblé remarquable, je suis sur que l'avocat aurait du en être le témoin, en complément du greffier.

Je demande s'il m'est possible d'avoir accès au dossier, pour savoir qui a entamé cette procédure contre moi. Le conseiller m'indique qu'à ce stade de la procédure, ce n'est pas possible.

Le silence s'installe.

Le conseiller m'informe que l'audition est terminée.
Il ne me dit pas si je serais informé des suites, ni quand.
Je dois reconnaître que j'ai oublié de poser la question.

Mon avocat me ramasse à la sortie à la petite cuillère.

L'attente cruelle commence.

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Remarques:
- J'ai écris ce billet le lendemain de l'audition. Le soir même, j'étais trop fatigué. Et l'expérience m'a appris qu'il n'était jamais bon de réagir à chaud: un peu de recul ne nuit jamais à la réflexion. Je publie aujourd'hui ce billet sans retouche particulière. Sauf les présentes remarques.

- J'ai un rapport à l'autorité très respectueux. Les magistrats, la police, les gendarmes, les militaires et les politiques m'impressionnent beaucoup. Ils portent beaucoup de responsabilités et de pouvoirs sur les épaules, sans attirer la sympathie et la reconnaissance qui leur sont dues. Les voir travailler de près reste pour moi une source permanente d'étonnement, même quand je suis moi-même au cœur de leurs préoccupations.

- En venant avec mon avocat, malgré les avertissements de celui-ci, je pensais réellement que le magistrat accepterait sa présence, puisqu'il avait le choix. J'en veux beaucoup aux lois françaises (votées par les députés) de ne pas imposer la présence d'un avocat dès qu'un citoyen le souhaite. J'ai sans doute abusé un peu des séries américaines, mais les Etats-Unis ne peuvent pas se tromper sur tout...

- Il faut beaucoup, beaucoup de détachements pour relativiser sa propre affaire, se dire qu'il y a des cas beaucoup plus graves, des affaires où des vies sont en jeu, etc. Je me suis rendu compte que je n'en suis pas capable: cette affaire m'a rongé et m'a inquiété pendant des mois. J'y reviendrai.

Billet suivant: La lettre du procureur.

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Photo: détail du fronton du palais de Justice de Boulogne sur Mer (rien à voir avec moi... ou pas:).

08 janvier 2009

La convocation de la Cour d'Appel

Ce billet est le 2e d'une histoire qui commence avec ce billet.

Mettre ses compétences au service de la Justice, c'est une fierté, mais c'est aussi une source de stress et d'angoisse. Vous n'êtes pas à l'abri d'une erreur ou d'une faute. Je pense n'avoir jamais commis de telles choses.

Et pourtant, voici le courrier que j'ai reçu à mon domicile il y a quelques semaines, en recommandé avec avis de réception:

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Objet: Audition préalable à d'éventuelles poursuites disciplinaires

Monsieur,
Le Premier Président de la Cour d'Appel m'a saisi de faits pouvant justifier contre vous des poursuites disciplinaires.
Afin de recueillir vos explications, je vous remercie de vous présenter le [date] à [heure] à mon bureau, au Palais de Justice [adresse].
Vous trouverez ci-joint copie des articles 24 à 32 du Décret du 23 décembre 2004 relatif à la discipline des experts.
Cette convocation n'est qu'un entretien préalable à l'engagement éventuel de poursuites. En cas de poursuites seulement, les articles 26 et suivants reçoivent application.
Je vous prie d'agréer, Monsieur, l'expression de mes meilleures salutations.
Le magistrat chargé des relations avec les experts.
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Consternation à la maison. Je suis resté stupéfait et comme assommé. Qu'est-ce qui pouvait être à l'origine d'une telle convocation?

Première idée: cela doit avoir un rapport avec ce blog.
Deuxième idée: pas de deuxième idée.

Je relis le courrier à la recherche d'indices: rien.
Nous somme samedi, la Cour d'Appel est fermée, et demain c'est dimanche.
J'ai passé un des plus mauvais week-end depuis longtemps.

Lundi je contacte le greffe de la Cour d'Appel pour aller à la pêche aux informations: rien.

Je ronge donc mon frein en attendant la date de l'audition: dans 10 jours.

10 jours d'attente à me demander ce qui a bien pu justifier une telle convocation. Alors, je rédige un billet qui laisse transpirer mon humeur sombre...
Comment positiver quand on est dans le noir.

Je prends un avocat. Le meilleur.

Billet suivant: L'interrogatoire.

06 janvier 2009

L'affaire Zythom - Introduction

Pourquoi n'y a-t-il pas beaucoup de blogs d'experts judiciaires?
Tenir un blog sur lequel un expert raconte des anecdotes sur ses expertises judiciaires est-il contraire à la déontologie?

Depuis la création de ce blog, je me pose ce genre de questions et fais en sorte que mes billets restent dans une limite que je trouve conforme à ce que doit faire un expert judiciaire.

Mais certains experts ne sont pas de cet avis et ont décidé d'attaquer ce blog en justice. L'attaque fut soudaine, brutale et imprécise comme une convocation judiciaire.

Ce fut alors le début d'une longue série de mois d'angoisses, de doutes et de nuits sans sommeil. Avais-je pris la bonne décision en ouvrant ce blog? Un expert judiciaire peut-il tenir un blog? Cela valait-il la peine de risquer d'être radié de la liste des experts judiciaires? Quel impact cela aura-t-il sur ma famille, sur mon travail?

Cette procédure judiciaire à mon encontre m'a tellement angoissé que maintenant qu'elle est terminée, je ressens le besoin de la raconter, d'autant plus que je me suis astreint au silence pendant les moments les plus durs.

Et puisque c'est l'esprit même d'un blog de raconter ce qui nous arrive de marquant en relation avec le thème du blog, a fortiori quand c'est du blog même dont il s'agit, je vais vous raconter cette histoire sous forme de billets, dans une rubrique que j'ai simplement appelée "Affaire Zythom".

Ce qui me semble également intéressant de partager, c'est que cette affaire m'a, à mon corps défendant, donné une vision différente du monde judiciaire: je suis cette fois à la place de celui qui est jugé, et non plus à celle de celui qui aide à juger.

Les différents magistrats et experts judiciaires qui ont eu à se pencher sur mon cas ont toujours travaillé en parfaits professionnels et, même s'ils n'étaient pas d'accord avec moi, m'ont laissé développer mes arguments pour répondre à la question qui était au cœur des débats "un expert judiciaire peut-il tenir un blog et pour autant respecter la réserve, l'impartialité et la conscience professionnelle imposées par sa fonction d'expert judiciaire?".

Je vais essayer de tenir le rythme d'un billet tous les deux jours, mais je ne promets rien, tant le stress de ce dossier est encore présent en moi.

Voici le plan que je me propose de suivre:
1) L'affaire Zythom - Introduction (présent billet)
2) La convocation de la Cour d'Appel
3) L'interrogatoire
4) La lettre du Procureur
5) Commission de discipline
6) Décisions de la Compagnie
7) Conclusions provisoires
8) Décision du Procureur [AJOUT du 25/01/2009]

En attendant, je vous propose de relire ce billet que je recycle ici, tant il est l'âme de ce blog:
C'est ici un blog de bonne foi, lecteur. Il t'avertit dés l'entrée, que je ne m'y suis proposé nulle fin que domestique et privée: je n'y ai eu nulle considération de ton service, ni de ma gloire: mes forces ne sont pas capables d'un tel dessein.

Je l'ai voué à la commodité particulière de mes parents et amis: à ce que m'ayant perdu (ce qu'ils ont à faire bientôt) ils y puissent retrouver tous les traits de mes conditions et humeurs, et que par ce moyen ils nourrissent plus entière et plus vive, la connaissance qu'ils ont eue de moi.

Si c'eût été pour rechercher la faveur du monde, je me fusse paré de beautés empruntées, ou me fusse tendu et bandé en ma meilleure démarche. Je veux qu'on m'y voit en ma façon simple, naturelle et ordinaire, sans étude et artifice: car c'est moi que je peins.

Mes défauts s'y liront au vif, mes imperfections et ma forme naïve autant que la révérence publique me l'a permis. Que si j'eusse été parmi ces nations qu'on dit vivre encore sous la douce liberté des premières lois de nature, je t'assure que je m'y fusse très volontiers peint tout entier et tout nu.

Ainsi, cher Internaute, je suis moi-même la matière de mon blog: ce n'est pas raison que tu emploies ton loisir en un sujet si frivole et si vain.

Adieu donc.
Un dernier conseil:
Pour vivre heureux, vivez cachés: n'ouvrez pas de blog.

Billet suivant: La convocation de la Cour d'Appel

05 janvier 2009

Blogroll update

Je profite de ce billet de meilleurs vœux pour l'année 2009, pour mettre à jour la liste de liens vers d'autres blogs que je dévore dès qu'un billet y est publié (est-ce la liste que je dévore, les liens, les blogs ou les billets???).

Ma blogroll est située sur le côté droit de ce blog, sous la zone de recherche. Les liens sont en général à jour, et regroupent les meilleurs blogs de mon point de vue. Parmi ces blogs, vous retrouverez ICI les billets que j'ai particulièrement appréciés.

Viennent donc s'ajouter à cette blogroll, après examen de passage et félicitations du jury:
- La plume d'Aliocha
- Action Critique Média
- Affaires étrangères
- Aïe! tech et
- Boules de Fourrure.
C'est à cause d'eux, et des autres déjà présents, que je dors de moins en moins.
Mais tous en valent le coup!

Ah oui, et meilleurs vœux pour l'année 2009, à vous qui vous êtes égarés sur ce blog...

01 janvier 2009

Devenir expert judiciaire

Sur la tombe des Gardes Suisses tués par les émeutiers le 20 juin 1792, au Cours-la-reine à Paris, fleurissait un marronnier tous les ans au premier jour du printemps. De la même façon, tous les ans, un article paraissait dans la presse pour relater l'évènement, de faible importance il est vrai, mais attendu par les lecteurs.

L'encyclopédie en ligne Wikipedia nous donne ainsi l'origine du sens du mot "marronnier" en matière de journalisme, ainsi que sa définition: un article d'information de faible importance meublant une période creuse, consacré à un évènement récurrent et prévisible.

Sans être journaliste, j'ai néanmoins sur ce blog un "marronnier", qui nécessite chaque année un billet de ma part: le 1er janvier ouvre en effet la période de dépôt des dossiers de candidature pour devenir expert judiciaire, période qui prendra fin le 1er mars de la même année.

Et comme l'un des objectifs de ce blog est de permettre aux meilleurs d'entre vous de se dire "pourquoi pas moi", voici un billet qui démontre avec brio ma maîtrise consommée de l'art du copier/collé. Les références bibliographiques des pillages effectués sont en bas de billet...

Vous avez toujours rêvé de mettre vos talents au service de la Justice?
Vous vous sentez capable de procéder à l'analyse d'un disque dur, d'une clef USB ou d'un cédérom tout abimé?
Vous n'avez pas peur d'organiser une réunion et de l'animer avec sérénité?
Vous n'avez pas été l’auteur de faits contraires à l’honneur, à la probité et aux bonnes mœurs?
Les mots Warrant, Verus dominus, Usucapion, Urssaf, Quérable, Léonin, Forclusion, Exécution provisoire, Contradictoire ne vous font pas peur et vous vous sentez capable d'apprendre leur définition par coeur?
Vous êtes prêt à accepter un refus poli de votre dossier malgré sa grande qualité?
Vous savez chiffrer les dommages financiers causés par une informatisation partiellement ratée à cause d'un bug non reproductible?
Vous savez trouver un texte du Journal Officiel sans connaître sa date de parution?

Si vous avez répondu "Oui" à toutes ces questions, vous pouvez postuler pour devenir expert judiciaire (mais cela ne suffira pas!).

Commencer par lire attentivement le bon Journal Officiel (celui du 30 décembre 2004) en allant directement au texte 63 intitulé "Décret n°2004-1463 du 23 décembre 2004 relatif aux experts judiciaires".[Réf_1]

Mais savez-vous ce qu'est un expert judiciaire?
Les experts judiciaires sont des professionnels habilités chargés de donner aux juges un avis technique sur des faits afin d’apporter des éclaircissements sur une affaire. Ce sont des spécialistes de disciplines très variées (médecine, architecture, gemmologie, économie etfinance, etc.).
Leurs avis ne s'imposent pas aux juges qui restent libres.[Réf_2]

Comment devenir expert judiciaire?
Un technicien qui voudrait s'inscrire sur une liste d'experts judiciaires dressée par la cour d'appel doit envoyer une demande sous forme de lettre sur papier libre, précisant les domaines et/ou les spécialités pour lesquels la demande est introduite, ainsi que les rubriques de la liste pour lesquelles il souhaite son inscription.
En annexe à cette lettre doit figurer un curriculum vitae, un extrait du casier judiciaire et une copie certifiée conforme des diplômes présentés à l'appui de la demande, ainsi que les travaux déjà effectués dans les spécialités concernées et toute pièce permettant d’apprécier ses compétences.
Cette demande doit parvenir au procureur de la République près le tribunal de grande instance dans le ressort duquel le candidat exerce son activité professionnelle ou possède sa résidence, avant le 1er mars de chaque année pour les inscriptions à valoir l’année suivante.[Réf_3]

Quelles sont les conditions nécessaires?
Une personne physique ne peut être inscrite ou réinscrite sur une liste d'experts que si elle réunit les conditions suivantes :
1° N'avoir pas été l'auteur de faits contraires à l'honneur, à la probité et aux bonnes mœurs;
2° N'avoir pas été l'auteur de faits ayant donné lieu à une sanction disciplinaire ou administrative de destitution, radiation, révocation, de retrait d'agrément ou d'autorisation;
3° N'avoir pas été frappé de faillite personnelle ou d'une autre sanction en application du titre II du livre VI du code de commerce;
4° Exercer ou avoir exercé pendant un temps suffisant une profession ou une activité en rapport avec sa spécialité;
5° Exercer ou avoir exercé cette profession ou cette activité dans des conditions conférant une qualification suffisante;
6° N'exercer aucune activité incompatible avec l'indépendance nécessaire à l'exercice de missions judiciaires d'expertise;
7° Sous réserve des dispositions de l'article 18, être âgé de moins de soixante-dix ans;
8° Pour les candidats à l'inscription sur une liste dressée par une cour d'appel, dans une rubrique autre que la traduction, exercer son activité professionnelle principale dans le ressort de cette cour ou, pour ceux qui n'exercent plus d'activité professionnelle, y avoir sa résidence.[Réf_4]

Y a-t-il des petits trucs à savoir?
«L'expertise judiciaire n'est pas une profession, c'est une fonction» qu'exercent de façon périodique des professionnels de la matière concernée (médecins, architectes...). «L'expert est un auxiliaire du juge, ce n'est pas un auxiliaire de justice comme l'avocat, qui exerce une profession vraiment judiciaire.»[Réf_5]

L'inscription n'est pas un un diplôme supplémentaire, mais une charge, parfois lourde, voire dangereuse dans certaines expertises en matière criminelle. Les candidats ne doivent pas être déçus ne pas être inscrits dès leur première demande.
Le nombre d'expert retenu tient à des facteurs indépendant des candidats, comme l'évolution du nombre d'expertises, le nombre d'experts dans une discipline, les orientations générales de la Chancellerie ou encore à d'autres facteurs relatifs à l'institution judiciaire. Seuls les magistrats pourraient indiquer quels sont les critères qui tiennent aux candidats eux-mêmes. Au vu des pièces demandées, on peut toutefois estimer que les magistrats examinent la compétence, l'expérience, la notoriété, la disponibilité, l'indépendance et les moyens de remplir les missions que présentent les candidats.
Un conseil : après un refus, ne pas hésiter à représenter sa candidature l'année suivante, surtout si l'on peut faire valoir des éléments nouveaux.[Réf_6]

Un coup de téléphone à sa cour d'appel peut être utile pour savoir s'il faut des documents complémentaires (photos, etc.)
Si votre demande est acceptée, vous serez convoqué pour prêter serment. C'est aussi le bon moment pour contacter une compagnie d'experts pour parler formations, procédures, assurance...
Plus d'informations en cliquant ici (mais il faudra réfléchir).[Réf_7]

Et quand vous aurez enfin votre nom inscrit sur l'une de ces listes, alors le travail ne fera que commencer...

Vous avez deux mois.

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[1] Réf: Zythom.
[2] Réf: Ministère de la Justice.
[3] Réf: Ministère de la Justice
[4] Réf: Décret n°2004-1463 du 23 décembre 2004 relatif aux experts judiciaires, version consolidée au 21 juillet 2007.
[5] Réf: Sénat.
[6] Réf: Paul Vidonne
[7] Réf: Zythom. Je vous l'avais dit: un marronnier!

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Crédit image Aviso.