25 juin 2009

Une belle connerie

On m'accuse parfois de n'écrire que des billets à la gloire des experts judiciaires et en particulier à la mienne... J'invite donc ces lecteurs à lire quelques uns des billets de la série "erreurs judiciaires".

Pour ma part, je ne fais jamais d'erreur, encore moins lors d'une expertise judiciaire. Sauf peut-être le week-end dernier.

Je suis actuellement en déplacement professionnel à Casablanca au Maroc. Je dois entre autres choses virtualiser le serveur principal de notre établissement marocain.

Comme d'habitude, la préparation de mes bagages a été faite au dernier moment. J'ai donc attrapé au vol tout ce que je trouvais utile de prendre pour mon séjour:
ordinateur portable, chargeur de téléphone mobile, lunettes de soleil, DVD à graver, casque pour communications Skype, une poignée de clefs USB, etc.

En passant les différents contrôles de l'aéroport de départ et de celui de Casablanca, j'ai du déballer à chaque fois tout mon attirail et passer les portiques en chaussettes sous l'oeil à peine aimable du personnel de sécurité.

J'étais un peu plus stressé par les contrôles douaniers car je tournais dans ma tête les explications que j'allais donner concernant les 30 cadenas à clef unique, le switch giga, le routeur-wifi-ADSL2+, les quatre multiprises, les cinq souris, les dix cables réseaux, les cent DVD à graver qui se trouvaient dans mon sac.

Dans mes poches, j'avais également un appareil photo, une clef USB et un baladeur MP3 pour le voyage. Juste avant de partir, j'ai complété "à l'arrache" les chansons de mon lecteur MP3 avec quelques uns des derniers morceaux que j'ai achetés sur Internet.

Arrivé à l'hôtel, j'ai déballé mon ordinateur pour le recharger et me connecter à Internet (et uploader le billet précédent). En travaillant sur l'ordinateur, j'ai eu besoin d'une donnée stockée sur ma clef USB. Problème: sur quelle clef USB parmi la poignée de clefs rapidement prises sur mon bureau lors de mon départ. Je passe donc en revue toutes les clefs USB de mon sac.

Horreur (et damnation). Sur les quatre clefs, l'une contient une partie des données d'un dossier d'expertise en cours: 2Go d'images et de films pédopornographiques... La clef me sert de transfert entre une machine Windows et une machine GNU/Linux.

J'ai changé de continent et franchi deux douanes avec des images pédopornographiques!

Si cela, ce n'est pas une belle connerie...

22 juin 2009

Trois jours

J'ai conscience que beaucoup de lecteurs de ce blog viennent pour y lire des anecdotes sur le monde de l'expertise judiciaire. C'est mal connaître l'"esprit" de ce blog: j'y confie tout ce qui me passe par la tête ou presque et entre autre chose des anecdotes pour ma famille et mes amis. J'ai décidé d'inaugurer une nouvelle rubrique dans la catégorie "privée": des anecdotes sur mon service militaire. A petite dose.

Je n'ai jamais vraiment aimé l'armée, mais j'ai toujours trouvé qu'elle représentait un mal nécessaire, un passage obligatoire qu'il fallait prendre du meilleur côté possible. Évidemment, maintenant que le service militaire n'est plus obligatoire, cela fait un peu "vieux papy". Mais il fut un temps pas si lointain où pour tous les garçons qui atteignaient 18 ans, la question militaire devenait incontournable.

Les trois jours
Dans mon lycée, les pires légendes couraient sur ces fameux trois jours de casernement: les lits étaient sales, les douches collectives malodorantes, il fallait se lever à cinq heures du matin pour passer son temps à attendre...

Déjà, la plupart du temps, les trois jours n'en duraient qu'un seul. En tout cas, ce fut le cas de tout ceux qui m'accompagnaient. Arrivés le matin, nous avons commencé par des tests de logique: une heure à cocher des cases en courant contre la montre. Mes amis redoublant m'avaient prévenu: tu ne finiras pas le questionnaire. Il faut essayer de répondre juste au maximum de questions.

On nous a fait ensuite patienter une heure le temps pour les appelés de procéder à la correction.

Munis de nos résultats, nous voici en train de poursuivre le parcours fléché vers étape suivante: la visite médicale.

Je ne suis pas quelqu'un qui fait les premiers pas quand je ne connais personne. J'étais donc un peu isolé parmi la dizaine de petits groupes qui s'étaient formés alentour. Un gars plutôt rondouillard s'approche de moi et me demande si je sais où il faut aller pour la suite. Je lui réponds qu'il suffit de suivre les énormes flèches et de lire les indications. Pas rassuré pour autant, il me demande la note que j'ai obtenu aux tests. Je lui réponds discrètement: j'ai eu 20. Il me regarde avec des yeux tous ronds: quoi! A ben ça alors. Moi j'ai eu 7 et j'aurais voulu travailler comme cuisinier. Ils m'ont dit qu'il fallait avoir au moins 10 pour s'engager.

Je compatis avec lui. Il me suivra toute la journée, se méfiant des flèches et des indications, préférant suivre mon 20 plutôt que son bon sens à lui. Je ne sais s'il a eu raison.

La visite médicale est un grand classique. Nous voici dix alignés face à un mur sur lequel sont accrochés dix urinoirs. Au commandement, nous avançons avec notre flacon de verre vide pour le remplir. Quelques minutes ensuite, nous nous reculons avec notre verre de liquide chaud à la main. Sauf mon camarade d'infortune qui, tout rouge, annonce d'une petite voix qu'il n'a plus envie, ayant cédé à un besoin naturel quelques instants avant la visite médicale. L'appelé de service lui explique qu'il doit pouvoir fournir quelques gouttes en se forçant un peu... Ce qu'il fera avec grandes difficultés et moultes soupirs.

Puis vient l'examen de l'acuité visuelle. Nous sommes en file indienne. Je suis juste derrière mon camarade cuisinier. Lorsque le médecin lui demande de se cacher l'œil droit, je le vois mettre sa main sur l'œil droit et appuyer fortement dessus tout en lisant les lignes de caractères. Quand le médecin lui demande de faire la même chose avec l'autre œil, son œil droit était devenu incapable de lire quoi que ce soit... Le médecin haussa les épaules et cria: suivant! Je prie bien garde à placer ma main devant mon œil. On apprend toujours des erreurs d'autrui.

Tous les futurs appelés ayant eu au dessus de 15 aux tests de logique devaient passer un autre test que j'attendais avec impatience: le test de morse. Nous allions passer une heure à nous entrainer à apprendre à reconnaitre trois lettres, I N et T[1]. L'entrainement consistait à suivre les indications fournies dans les hauts parleurs par une bande magnétique. Chaque époque a ses NTICE. Passé l'heure d'entrainement, l'épreuve proprement dite commençait. Mes amis m'avaient prévenu: la grille des réponses comportait des groupes de cinq lettres à remplir. Les hauts parleurs allaient passer les sons morses à un rythme initial très lent, puis accélérer sensiblement jusqu'à soutenir un rythme tellement rapide qu'il était impossible pour un débutant de le soutenir. Le truc consistait alors à sauter les groupes de cinq lettres non reconnues et d'essayer de grappiller des points en saisissant au vol quelques groupes de lettres. Résultat: 20 :)

C'est probablement pour cela que j'ai ensuite effectué mon mois de classes dans les transmissions. Cela ne peut pas être un hasard...

PS: Je n'ai jamais su ce qu'était devenu mon camarade morpion du jour des trois jours. S'il me lit ici, qu'il sache que si j'avais l'air sur de moi, j'étais également un peu perdu. J'espère qu'il a trouvé le bonheur qu'il méritait.

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[1] INT, c'était également le nom d'une grande école d'ingénieurs: l'Institut National des Télécommunications. Un hasard??

16 juin 2009

Google phone me


Et oui, juste pour frimer un peu: je viens de recevoir un coup de téléphone d'un représentant de la société Google avec laquelle je suis en discussion par email pour externaliser toute la messagerie de l'établissement.

Cette personne parlait parfaitement français, connaissait tout le dossier technique me concernant et savait que je me posais des questions contractuelles.

Je savais qu'il existait des êtres humains travaillant chez Google, mais parfois, je me demandais si ce n'était pas un mythe...

Si le projet d'externalisation des 2000 BAL aboutit et/ou si je ne suis pas viré, je vous prépare un petit retour d'expérience sur le sujet.

Quelques éléments d'information: nous sommes trois dans le service informatique (je devrais dire qu'ils sont deux au feu) et il n'est pas possible de garantir le fonctionnement 24h/24 et 7j/7 de notre messagerie. De plus, nous sommes loin d'autoriser 7Go d'emails par étudiant. Nous n'avons pas encore d'agendas partagés. Enfin, nous avons subi une panne de 10 jours en pleines vacances scolaires pendant que l'école était fermée et mon équipe en congé loin de nos téléphones.

Google Apps for Education, c'est 7Go par BAL, un système de suivi de fil de conversation déroutant mais efficace, une garantie de fonctionnement meilleure que la notre (mais pas parfaite;), un nombre de BAL illimité pour les écoles, un partage d'agenda, une synchro avec Outlook, etc. Difficile de faire mieux.

A suivre...

PS: Quand même, j'ai parlé avec quelqu'un qui travaille chez Google!!! Peut-être serai-je un jour invité à le rencontrer IRL...
Il faut que j'en parle sur mon blog:)

15 juin 2009

Images pédophiles

Depuis que j'analyse des quantités incalculables d'images pédopornographiques, au point d'en être devenu un expert capable de reconnaître certaines victimes, de pouvoir classifier par âge en fonction des caractéristiques morphologiques (bien que n'étant pas médecin).

Mais par acquit de conscience, je me contente de faire un tri sommaire:
- image pédopornographique avec certitude (en général moins de dix ans)
- image probablement pédopornographique (âge peut-être inférieur à 18 ans)
- image douteuse (âge voisin de 18 ans)

Bien sur, le critère de l'âge ressenti ne suffit pas. Il y a la mise en situation: présence d'un partenaire actif ou non, etc. Dans le doute, je fournis aux enquêteurs toutes les images douteuses, dès lors qu'elles pourraient correspondre aux missions qui me sont demandées.

J'écarte donc toutes les photos sans rapport avec les missions (vacances, privées, collections diverses) même si elles sont parfois à caractère fortement sexuel (madame ou/et monsieur que je viens de voir sur leurs photos de vacances et que je vois d'un seul coup sous toutes les coutures...)

Mais il m'arrive de tomber sur des représentations que je sais pas trop cataloguer bien que montrant des enfants en situation sexuellement active (ie pornographique), seuls, avec d'autres enfants, ou avec des adultes. Il s'agit de bandes dessinées et/ou de représentations numériques communément appelées avatars.

Là encore, par soucis de remplir correctement mes missions, j'ai créé une catégorie "images dessinées" et "images d'avatars" pour permettre aux enquêteurs (et aux avocats) de faire leur travail le mieux possible. J'aurais aussi bien pu créer une seule catégorie: les images non photographiques, mais il est parfois très difficile de différencier les images de synthèses des photographies...

Maitre Iteanu indique sur son blog:
"Ainsi, dans les dispositions relatives à la pédophilie, le dernier alinéa de l’article 227-23 du code pénal prévoit que «Les dispositions du présent article sont également applicables aux images pornographiques d'une personne dont l'aspect physique est celui d'un mineur, sauf s'il est établi que cette personne était âgée de dix-huit ans au jour de la fixation ou de l'enregistrement de son image». La jurisprudence a également considéré que la loi du 17 juin 1998, «a étendu l’objet du délit à toutes représentation d’un mineur, les images non réelles représentant un mineur imaginaire, telles que des dessins ou des images résultant de la transformation d’une image réelle, entrent dans les prévisions de ce texte»".

L'article 227-23 du code pénal a été complété par la loi n° 2002-305 du 4 mars 2002 relative à l'autorité parentale (article 14) afin de réprimer de façon spécifique, et par là même plus dissuasive, le fait de détenir l'image ou la représentation d'un mineur présentant un caractère pornographique (source bulletin officiel du ministère de la justice n° 86, 1er avril - 30 juin 2002).

Pour les lecteurs inquiets d'avoir sur leur ordinateur des images de leurs enfants tout nus dans leur bain, je rappelle que les images pour être pédopornographique doivent être pornographiques, c'est-à-dire représenter un acte sexuel ayant pour objectif d’exciter sexuellement le spectateur.

Je tombe malheureusement parfois sur de grandes quantité d'images non pornographiques, mais mettant en scène des enfants très jeunes, nus dans des poses plus ou moins lascives.

Je crée alors un dossier "représentations d'enfants nus" et laisse la justice trancher.

Mais je vous assure que tous ces tris me minent.

12 juin 2009

Gratuité sur Internet

Avec l'accord de son auteur(que je remercie), je publie ici un commentaire de tschok sur le billet du blog "La Plume d'Aliocha" intitulé "Vraiment morte l'Hapodi?". Je ne suis pas sur que se faisant, je respecte les us et coutumes des blogs, mais je trouve l'idée exposée intéressante et je n'aurais pas mieux dit.

Si vous avez des commentaires à faire à son auteur, le mieux est de les publier chez Aliocha.

Vous voyez, mon blog me sert également de bloc-notes...

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Vous confondez gratuité dans le cadre d’un rapport marchand et gratuité dans le cadre d’un rapport non marchand.

Quand je suis invité à diner chez des amis, le repas est gratuit dans le cadre d’un rapport non marchand. Si je consomme le même repas dans un restaurant qui offre ce soir là à ses clients l’apéritif, l’apéritif est gratuit dans le cadre d’un rapport marchand.

Dans le premier cas, il ne s’agit pas d’un modèle économique. Dans le second il s’agit d’un modèle économique qui ne fait pas payer à celui qui le consomme le produit offert, ce qui ne signifie pas que ce produit ne coûte rien, ni qu’il ne rapporte rien. Simplement, il n’est pas payé par son consommateur. En l’espèce, il est payé par l’ensemble des clients.

Sur internet, de nombreuses prestations ne sont pas payées directement par ceux qui les utilisent, ce qui n’empêche nullement certains acteurs du système de gagner énormément d’argent.

La gratuité en tant que telle n’est pas ce qui empêche de gagner de l’argent. Au contraire même, puisqu’un produit gratuit peut être un produit d’appel qui amènera à la consommation de produits payants.

Toute la difficulté du problème consiste à faire en sorte que les titulaires de droits d’auteurs de fichiers piratés fassent partie des acteurs qui gagnent de l’argent sur internet, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui, tout en faisant en sorte que le téléchargement de ce type de fichiers reste gratuit pour le consommateur et qu’il devienne licite.

C’est ça l’idéal à atteindre.

Il n’existe cependant aucun consensus social sur cet idéal, qui n’est pas du tout perçu comme tel même par ceux qui y ont un intérêt.

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Bio, nature et pollution


Conversation lors du conseil municipal:

Le Maire: "La société Truc dépose une demande d'implantation d'un stock de produits bio. Notre commune étant située dans le rayon de proximité prévu par la loi, le conseil municipal doit donner son avis sur cette implantation."

Elu A: "Je ne comprends pas pourquoi une autorisation est nécessaire dès lors que ce sont des produits bio?"

Elu B: "Tu sais, si une grande quantité de produits bio se déverse dans une rivière, c'est quand même une pollution."

Elu A: "Comment cela peut-il être une pollution, puisque ce sont des produits naturels?"

Zythom: "Et bien, jusqu'à preuve du contraire, le pétrole brut, c'est un produit naturel, non?"

11 juin 2009

Pourquoi je ne parlerai pas d'Hadopi

En créant ce blog, je me suis mis à dos un certain nombre de confrères et consœurs experts judiciaires. Le Procureur de la République Général de ma Cour d'Appel, sensible aux arguments d'un confrère mécontent, m'a poursuivi devant la commission de discipline de la compagnie d'expert à laquelle je suis adhérent. J'ai traité, avec mesure et retenu, dans ce groupe de billets pompeusement nommés "Affaire Zythom" ce complet dossier.

Les experts judiciaires semblent ne pas aimer exposer publiquement sur Internet leur expérience, leurs hésitations, leurs idées ou simplement leurs anecdotes.

C'est la raison pour laquelle, et je le déplore profondément, ce blog reste pour l'instant le seul blog de ce type.

C'est dommage, car j'aspire à pouvoir m'exprimer librement sans passer pour le porte parole, ou le mouton noir d'une communauté.

Mais la vie est ainsi faite, et je ne pourrai m'exprimer librement que lorsque ma Cour d'Appel décidera de ne pas me réinscrire, ou lorsque le nombre d'experts s'exprimant par ce biais sera suffisant.

C'est pourquoi je ne souhaite pas m'exprimer sur la décision du conseil constitutionnel concernant la loi HAPODI.

A part peut-être sur l'aspect technique. Je peux? [faites attention, il faut garder réserve et dignité]

Mais quel est le con qui a eu l'idée débile de proposer l'installation d'un mouchard sur tous les ordinateurs de la famille? "Les cons ça ose tout, c'est même à ça qu'on les reconnait" disait Michel Audiard dans Les Tontons flingueurs. [restez calme, restez calme, reprenez vous]

Alors même que de plus en plus d'appareils pas-IBM-PC-compatibles se connectent sur le réseau familial: faudra-t-il installer le mouchard sur les téléphones portables, sur les PDA et jusque sur les NAS? Moi qui vient d'acheter un NAS qui offre en plus la possibilité de télécharger sans PC non stop sur les réseaux BitTorrent, FTP, HTTP, eMule, et NZB (dixit la notice).

Et je fais quoi de ma borne Wifi qui fonctionne encore parfaitement, mais qui ne sait pas faire autre chose que du WEP dont on sait que le premier wardriver venu saura faire sauter la clef dès la première minute? Je dois la changer? Ah bon, pourquoi? Parce que je suis expert judiciaire en informatique et que je suis bien placé pour savoir que ce n'est pas assez sécurisé? [calmez vous]

Et puis c'est quoi cette idée d'envoyer des avertissements par email? Alors que j'avais enfin suffisamment confiance en mon filtre antispam pour éviter de me taper la lecture des 50 emails non sollicités quotidiens juste pour voir si un faux positif n'était pas un email important. C'est trop cher d'envoyer un recommandé par la poste? Est-ce que j'envoie mes rapports d'expertise par email, moi?

Et la surveillance du Réseau? Avant, l'utilisation intensive des technologies de cryptage chiffrement concernait uniquement les entreprises, les services d'espionnage, les militaires, les ambassades, les terroristes, les réseaux pédophiles (enfin je suppose) et les dissidents dans les pays pas-comme-nous. Maintenant que tout le monde va se mettre à utiliser des VPN à tout va à la peer2me, comment séparer le pédophile du citoyen qui défend sa vie privée?

Vous avez quelques choses à cacher, donc vous êtes coupables. Ah bon, mais moi, j'ai des photos où je suis déguisé de façon très drôle pour mes amis, mais ridicule pour mes collègues.

Non, non, je ne dirai rien sur Hadopi, ni sur le gouvernement, ni sur les députés qui ont voté cette loi [et c'est bien]. Sauf peut-être pour les amateurs de contrepèteries: "Hadopi, c'était pourtant une belle thèse avec des bons côtés".

09 juin 2009

SI qui RI

L'un des avantages des présentations fournisseurs est de pouvoir rencontrer des personnes ayant des préoccupations similaires aux miennes, et qui plus est autour d'une bonne table (en général).

J'assistais à une présentation VMware consacrée à la virtualisation des postes de travail sachant que je pourrais également y rencontrer plusieurs fournisseurs de serveurs et matériels SAN.

La journée s'écoule donc entre exposés, pauses et discussions techniques. Arrive l'heure du repas et me voici autour d'une table à discuter avec mes voisins des caractéristiques techniques des matériels présentés.

Au bout de quelques instants, je demande à mes voisins directs de m'indiquer le nom de leur entreprise ou établissement. Deux de mes voisins m'indiquent travailler comme ingénieurs dans un laboratoire du CNRS, me précisent leurs préoccupations actuelles et me racontent quelques anecdotes.

Un autre voisin m'indique travailler pour le ministère de l'intérieur. Intrigué par cette façon de se présenter, je lui demande de préciser:
Moi: "Vous travaillez dans le service informatique de la Préfecture?"
Lui: "Non, je suis un ancien des RG... Depuis la fusion décidée par notre Président, la DST et les RG forment maintenant les RI, c'est-à-dire les Renseignements Intérieurs."

Cela a jeté comme un froid autour de la table autour de laquelle se trouvaient essentiellement des universitaires.

Et pourtant la suite de la conversation a été passionnante avec pour moi la découverte du monde du renseignement intérieur, notre FBI à la française comme indiqué dans le communiqué du ministère de l'intérieur.

Cela a été aussi l'occasion de découvrir les problèmes liés à la fusion de deux mondes à la culture opposée: les RG où la circulation de l'information (en interne) était encouragée et la DST où la règle d'or était le silence. Par exemple dans le premier cas les services informatiques pouvaient installer des bornes wifi sécurisées, alors que dans le deuxième cas l'usage du wifi était strictement interdit.

Cela m'a rappelé mon service militaire dans les transmissions où la devise de ma compagnie était "rien ne vaut que le silence". Pour des transmetteurs, c'était surprenant.

Intermède musical sans rapport avec le sujet: ma chanson de régiment. [Sur l'air des «trompettes d'Aïda» de G. Verdi]
C'est nouuuus, les descendants des régiments d'Afri-ique,
Les chasseurs, les spahis, les gourmiers
Gardiens zzz-et défenseurs d'empires magnifi-iques
Sous l'ardent soleil chevauchant sans répit nos fiers coursiers
Toujours prêts z-à servir
A vaincre ou à mourir
Nos cœurs se sont t-unis
Pour la Patriiiie.

Pour les RI qui me lisent, aucun secret défense n'a été abordé, aucune information particulière, à part peut-être qu'il semble y avoir une imprimante par ordinateur, ce qui pourrait s'expliquer par la dispersion géographique des effectifs.

Mais je ne dirai rien.

08 juin 2009

Journal d'un bureau de vote

J'ai participé, en tant que conseiller municipal de ma commune, à la tenue d'un bureau de vote pour les élections européennes de dimanche dernier. J'ai même été assesseur! Voici le déroulement de ma journée, sous la forme de quelques notes.

7h45: Arrivée devant le bureau de vote. Je suis le premier. Le président du bureau est sans doute allé cherché l'urne qui a été mise en sureté à la Mairie la veille. Je suis un peu vaseux car je n'ai pas l'habitude de me lever aussi tôt (ni le dimanche, ni dans la semaine)...

7h48: L'adjoint au Maire me rejoint avec l'urne, les documents et les bulletins. Il ouvre notre bureau de vote.

7h55: Je place le drapeau français sur la façade. Je ressens une certaine émotion à faire ce geste car je n'en ai pas l'habitude. Ma génération n'a pas connu de guerre (je suis né après la guerre d'Algérie). Mon éducation personnelle ne m'a pas amené à être très sensible à ce symbole. Pourtant, seul dans le petit matin froid, j'ai une certaine fierté à placer le drapeau français sur la façade. Je ne m'attendais pas à cette sensation. Un regret néanmoins: au lieu de placer deux drapeaux français identiques côte à côte sur un support en "V", j'aurais bien aimé mettre un drapeau français ET un drapeau européen. Une proposition à faire lors du prochain conseil municipal.

8h00: Le bureau, préparé la veille par les services techniques, est maintenant ouvert et prêt à recevoir le public. Nous sommes quatre: un à l'entrée pour accueillir les personnes afin de vérifier qu'ils sont dans le bon bureau, et trois derrière la table.

Le premier à voter est un jeune qui ne s'est pas encore couché de sa soirée de samedi. Il est encore en forme et nous annonce qu'après avoir accompli son devoir civique, il ira dormir 48h...

Le suivant est un ancien qui se prépare à aller au marché.

Toute la journée, jusqu'à 18h, se succèderont des personnes de tous âges et de toutes conditions:

Un couple de personnes âgées. Lui, calme et goguenard. Elle, énergique et tranchante. Elle nous sort plusieurs cartes d'électeurs sans savoir laquelle elle doit utiliser. Nous lui indiquons la plus récente et lui prenons les cartes périmées pour les détruire, en lui expliquant qu'elle doit passer obligatoirement par les isoloirs pour voter. Elle demande à son mari d'entrer avec elle dans l'isoloir "parce que tu ne sauras pas choisir comme il faut". Le mari sort de sa poche un bulletin de vote qu'il glisse aussitôt dans une enveloppe sous son nez (avec un pied dans l'isoloir). Madame porte la culotte, mais monsieur fait de la résistance. Nous restons sérieux tant qu'ils sont là. Eclats de rire ensuite.

Un jeune passe la porte. Il se trouve brutalement face à nous. Timide, il rougit jusqu'à la racine et regarde autour de lui. Il voit la table où se trouvent les bulletins de vote, en prend un et nous regarde. Il se retourne et prend deux ou trois autres bulletins au hasard, et entre dans l'isoloir des personnes handicapés à tablette basse. Il ressort, regarde le rideau avec le logo "handicapé", rougit encore et entre dans un autre isoloir. Le silence règne dans le bureau. Un ange passe. Nous reprenons notre conversation. Il sort de l'isoloir, rougit encore plus si c'était possible, et va chercher l'enveloppe de vote qu'il avait oublié. Il rentre dans l'isoloir. Il sort enfin et se dirige vers moi. C'est la première fois qu'il vote. Il présente sa carte d'électeur neuve et vierge, sa pièce d'identité et me donne son bulletin de vote. Je lui précise le plus gentiment possible que c'est à lui de le glisser dans l'urne. Il le reprend et le pose dans la fente. "A voté". Il souffle un coup et sort. Je le vois sourire fièrement.

Une dame avec un chien. Elle entre avec son jeune labrador tout fougueux. En entrant dans l'isoloir, son chien tire sur la laisse et visite les autres isoloirs. Bien entendu, la laisse s'enroule autour des pieds métalliques des isoloirs. Nous voyons toute la structure des quatre isoloirs se déplacer à droite et à gauche au grès de l'humeur du chien. Sa maîtresse est ballotée (à l'intérieur) et se retrouve finalement à quatre pattes pour libérer le chien (et les isoloirs). Je lui donne un coup de main pour dénouer les nœuds (je suis le plus jeune du bureau). Je donne au chien un bout de la brioche qu'il a senti dès son entrée dans le bureau de vote. Nous avons aménagé un coin restauration discret pour notre usage. La journée est longue quand on attend. Je tiens le chien pendant qu'elle vote et lui offre un café quand elle sort. Nous sommes en province.

La femme radiée. Une femme entre dans le bureau et montre sa carte dès l'entrée: c'est le bon bureau. Elle prend les bulletins et l'enveloppe de vote et entre dans un isoloir. Elle vient jusqu'à moi, me donne sa carte d'électeur et sa pièce d'identité. Je vérifie que la carte est bien celle qui est valide, que le bureau de vote indiqué est le bon, que la carte est signée et annonce à voix haute le numéro d'inscription sur les listes électorales. Je prépare mon tampon pour mettre la date au dos de la carte. J'attends que mon collègue annonce à voix haute le nom de la femme inscrit sur la pièce d'identité. Rien. Sur la liste dont nous disposons, on passe directement du numéro 432 au numéro 434. Et madame a le numéro 433. Coup de fil au Directeur Général des Services de la Mairie. Il est sur place une minute après et emmène madame à la Mairie. Madame a déménagé et la préfecture a rayé son nom des listes. Elle ne votera pas. Quelle aberration administrative peut amener à ce résultat? Est-ce la faute de l'électeur qui ne se préoccupe de son inscription sur les listes que le jour du vote, est-ce la faute de la préfecture qui radie? Tout le bureau est un peu secoué.

A 18h00 nous fermons le bureau de vote. Les opérations suivantes sont identiques à celles déjà racontées dans ce billet. A 18h15 une famille est venue voter. Nous leur expliquons que le bureau fermait à 18h. Ils repartent mécontents.

A 18h45 nous amenons notre comptage à la Mairie où nous retrouvons les autres conseillers des autres bureaux de vote, ainsi qu'une partie de la population venue entendre les résultats.

A 20h, j'écoute les projections à la télévision. Avec 45% de participation, nous avons fait mieux que la moyenne française. Mais ce n'est pas brillant.

La journée a été rude pour l'Europe.

05 juin 2009

Un simple citoyen

Reprise du billet que j'ai écris chez Maitre Eolas qui m'a fait l'honneur de l'accepter. J'ai conscience qu'il s'agit du moins bon billet de la série écrite hier par les magistrats dans la catégorie Magistrats en colère du "Journal d'un Avocat" devenu pour un jour le "Journal des magistrats administratifs", mais je vous promets que je l'ai écrit d'une traite en essayant de contenir ma colère.

Avec en cadeau bonus une image de circonstance provenant du site despair.com

Je suis un simple citoyen qui a mis ses compétences au service de la justice. Celle-ci les a acceptées et m'a fait l'honneur de m'inscrire sur une liste mentionnant les personnes pouvant lui prêter main forte.

Je suis un expert judiciaire.

Sans formation initiale juridique particulière, je suis un témoin privilégié de ce qui se passe dans les tribunaux. A la fois extérieur à ce monde particulier, et participant actif à la recherche de la vérité.

Et comme citoyen spectateur, je vois beaucoup de choses:
- je vois des fonctionnaires formidables qui ne comptent pas leurs heures;
- je vois des magistrats compétents, élites des formations juridiques;
- je vois des moyens financiers toujours plus limités au détriment du justiciable;
- je vois des lois qui sont publiées chaque jour plus nombreuses, rendant obsolètes les codes à peine édités;
- je vois une rapidité d'évolution à faire frémir l'informaticien que je suis pourtant blasé par les changements continus;
- je vois les délais qui s'allongent;

Le citoyen que je suis a peur de sa justice.
J'ai peur de poursuivre l'Etat pour non paiement des factures qu'il me doit, parce que je connais la lenteur de la justice, lenteur due à l'aveuglement de l'Etat face aux besoins immenses d'une justice digne du XXIe siècle.

Mais l'Etat, c'est un peu moi, nous, me direz-vous.

Dans ce cas, j'ai honte que mon Etat soit montré du doigt par des organismes internationaux pour le manque de moyens mis à la disposition de sa justice.

Alors, quand j'ai la chance de pouvoir soutenir les personnes qui font la justice, les greffiers, les magistrats, et tout particulièrement les Tribunaux Administratifs, je n'hésite pas une seconde.

Et tant pis si cela choque les frileux, les bien pensants, ceux qui ont tout à gagner à rester silencieux pour défendre leur petit près carré. La justice, qui est parfois cruelle et aveugle, saura bien me faire rentrer dans le rang en me radiant de ses listes.

Mais j'aurai vu, et je pourrai témoigner.
Et je pourrai m'engager plus avant pour que cela change.

04 juin 2009

Stockage maison

J'utilise depuis longtemps comme solution de stockage familiale un vieux portable reconverti en serveur samba sous Debian. Nous avons chacun nos répertoires privés et des répertoires partagés, en particulier pour les photos numériques.

Avec le temps, la place commençant à manquer, j'avais augmenté la capacité du serveur de stockage avec un disque dur externe USB.

Le problème de la sauvegarde de ce serveur était résolu avec mon PC d'expertise qui est doté d'une grosse capacité de stockage (plusieurs téraoctets).

Mais le temps passe, et d'autres besoins émergent: le partage de musiques, la sauvegarde de tous les PC familiaux, l'accès aux photos depuis le poste de télévision, etc.

Après analyse de tous les paramètres, et profitant d'une réflexion similaire d'un étudiant que j'encadre lors de son stage ingénieur dans un cabinet de consultants, j'ai décidé de casser ma tirelire pour m'offrir un NAS familial. Pour les mékéskidis[1] ayant la flemme de cliquer sur le lien wikipedia, un NAS est un disque dur que l'on branche directement sur un réseau, sans avoir besoin de passer par un ordinateur.

Mes critères de sélection étaient:
- le prix
- la consommation électrique
- le bruit
- la sécurisation des données
- la facilité de partage des photos et de la musique dans le cercle familial

Mon choix s'est porté sur le DS209j de Synology (acheté sans disque dur) dans lequel j'ai installé deux disques durs d'1,5To configurés en raid 1 (pour sécuriser les données). Il est assez silencieux, sa faible consommation est remarquable, surtout lorsqu'il se met en veille, et peut être éteint et redémarré de façon programmée.

Il fait serveur iTunes (bibliothèque partagée) pour l'ensemble de la maison (attention, un seul sous-réseau).

Il permet de partager des fichiers comme un serveur de fichier sécurisé (utilisateurs/groupes), et dispose d'un service spécial pour le partage de photos (diaporama, indexation, etc).

Il dispose de la fonctionnalité UPnP bien pratique pour les Freenautes pour pouvoir accéder aux photos sur la télévision.

Je n'ai pas testé le branchement possible d'une imprimante USB puisque la FreeBox offre déjà cette fonctionnalité bien pratique pour partager une imprimante.

Tous les ordinateurs de la maison sauvegardent leurs données dessus (avec un rsync programmé). Mais comme je suis parano, je consacre un disque dur de mon PC d'expertise pour faire une sauvegarde de temps en temps de la totalité du NAS. Ce disque dur est ensuite débranché du PC et rangé sur une étagère.

Et bien entendu, je conserve une copie de toutes mes photos et films numériques sur des DVD rangés sur mon lieu de travail...

Ceinture et bretelle, avec le sourire de la crémière...

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[1] Trademark Journal d'un Avocat

02 juin 2009

Le coeur à pleurer



Un professeur de l'école s'est présenté au travail aujourd'hui, après ce long week-end. Il n'était pas tellement dans son assiette.





Il revient du Brésil où il assistait à un séminaire pédagogique important.
Il a pris le vol Air France qui suit celui qui s'est écrasé en mer.
Il a appris la nouvelle du crash en arrivant à Paris.

Deux participants à ce séminaire sont arrivés en avance à l'aéroport et ont pu échanger leurs billets d'avion pour prendre le vol précédent, c'est-à-dire celui qui s'est écrasé.

Je n'ai pas osé vérifier ces informations. Mais si elles sont vraies, je comprends qu'il ne soit pas très bien dans son assiette.

Pour ma part, cela m'a rapproché des familles de cet accident.
Comme quoi, plus c'est prêt, plus cela nous touche.

L'épitaphe du mémorial du vol Swissair 111 qui s'est abimé en mer le 2 septembre 1998 contient ces mots terribles: "Ils appartiennent maintenant au ciel et à la mer".

J'ai ce soir une pensée émue pour l'atrocité que vivent les familles qui attendaient leurs proches à l'aéroport.

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Photo "Mémorial pour le vol SR111" sur securiteaerienne.com