20 juillet 2009

Suite de ma lettre au Président de la République

Au mois de mars dernier, j'ai écrit une lettre au Président de la République. J'explique pourquoi dans ce billet. Pour ceux qui ont la flemme de cliquer sur le lien, je rappelle ici la teneur de ma lettre:
Monsieur le Président de la République,

J'effectue des missions comme expert judiciaire en informatique dont une grande partie dans des enquêtes sur des pédophiles présumés.

Ces missions consistent à assister les officiers de police judiciaire dans leurs recherches et investigations informatiques. Je suis nommé par un magistrat du Tribunal de [Tandaloor] auquel j'adresse un devis qu'il me retourne signé pour accord. J'effectue avec célérité mes missions pour rendre un rapport complet de mes investigations techniques. Avec ce rapport, je joins un mémoire de frais et honoraires conforme au devis établi.

Malheureusement, aucune de mes expertises n'a été payée par ce tribunal depuis plus de 14 mois, pour un montant cumulatif de 20 000 euros (vingt mille euros), et ce malgré mes différents courriers de relance.

Monsieur le Président, je me permets de citer un extrait du discours que vous avez prononcé le 7 décembre 2007 à Lyon devant l'Assemblée des Entrepreneurs CGPME:
"Les PME de France ont une autre particularité: ce sont les seules à devoir se constituer un fonds de roulement massif, pour faire face à des délais de paiement supérieurs de 10 jours à la moyenne européenne. Je le dis aujourd'hui, ce n'est pas le rôle des PME d'assurer la trésorerie des grands groupes, et de la grande distribution, et même de l'Etat. [...] Et bien, dès l'année prochaine, nous réduirons ce délai à 30 jours pour les administrations d'Etat, et tout jour de retard sera payé d'intérêts moratoires supérieurs au coût de financement des PME. Chaque ministère devra également justifier de ses propres délais de paiement dans un rapport au Parlement, car il existe aujourd'hui des écarts considérables qui ne sont pas acceptables."

Monsieur le Président, est-ce au simple expert judiciaire d'avoir à assumer seul les problèmes liés à des retards de paiement de plus de 400 jours?

Pouvez-vous faire le nécessaire auprès des services concernés afin de permettre au tribunal de [Tandaloor] d'effectuer les paiements des mémoires de frais et honoraires de mes expertises judiciaires?

Je vous remercie de l'attention que vous pourrez porter à ma demande, et vous prie d'agréer, Monsieur le Président de la République, l'expression de mon profond respect.


Dans mon billet du 18 mars, j'indiquais que je tiendrais au courant les lecteurs de ce blog des suites de cette lettre. Et vous allez voir que cela peut intéresser également les autres experts judiciaires.

Dans un courrier daté du 19 mars 2009, soit quelques jours à peine après l'envoi de ma lettre, j'ai reçu cette réponse du Chef de cabinet du Président de la République:
Cher Monsieur,

Le Président de la République m'a confié le soin de répondre au courrier que vous lui avez adressé le 14 mars 2009.

Je puis vous assurer qu'il a été pris attentivement connaissance de votre démarche.

Aussi, ai-je immédiatement signalé vos préoccupations au Garde des Sceaux, Ministre de la Justice.

Je vous prie d'agréer, Cher Monsieur, l'expression de mes sentiments les meilleurs.


Le courrier est clair et synthétique: la machine administrative semble lancée. Et effectivement, sept jours plus tard, le 26 mars 2009, le Chef Adjoint du Cabinet de la Garde des Sceaux, Ministre de la Justice m'adresse le courrier suivant:
Monsieur,

Madame Rachida DATI, Garde des Sceaux, Ministre de la Justice, a bien reçu votre courrier qui lui a été transmis par les services de la Présidence de la République, relatif aux difficultés que vous rencontreriez pour obtenir le règlement de vos honoraires dans le cadre de missions effectuées en tant qu'expert judiciaire en informatique près la Cour d'Appel de [Dosadi].

Consciente du problème que vous évoquez, Madame la Ministre m'a chargé de transmettre votre correspondance à la Direction des Services Judiciaires, à laquelle elle a demandé de procéder à un examen attentif de ce dossier et de veiller à ce qu'une réponse vous soit apportée dans les meilleurs délais.

Je vous prie d'agréer, Monsieur, l'expression de ma considération distinguée.


Presque trois mois plus tard, le 16 juin 2009, je recevais le courrier suivant de la Direction des Services Judiciaires - Service de l'organisation et du fonctionnement des juridictions - Département du budget, de la performance et des moyens (AB3):

Monsieur,

Par courrier adressé à Monsieur le Président de la République et parvenu à mes services, vous m'avez fait part de certaines difficultés liées aux délais de paiement des missions que vous effectuez pour le compte de l'institution judiciaire.

J'ai l'honneur de vous informer que j'ai interrogé les services du tribunal de grande instance de [Tandaloor] pour faire le point des mémoires de frais qui vous concernent.

Il apparaît qu'un mémoire de frais a été mis en paiement le 8 août 2008 [...], deux autres l'ont été le 5 mai 2009 [...].

Un dernier mémoire vous concernant [...] est en cours de règlement dans ces services.

Par ailleurs, afin d'accélérer le règlement des mémoires des frais de justice, la chancellerie travaille actuellement, en liaison avec les services de la direction générale des finances publiques du ministère du budget, des comptes publics et de la fonction publique, à la mise en place d'un nouveau circuit de paiement des mémoires de frais de justice.

Je vous prie de croire, Monsieur, à l'assurance de ma considération distinguée.


A ce stade du récit, je dois reconnaître que l'administration a su répondre à mon attente et à mes questions longtemps restées lettres mortes malgré la surtaxe liée au recommandé.

Je dois malgré tout vous avouer que l'enquête menée par la Direction des Services Judiciaires n'a pas permis de retrouver l'ensemble des honoraires qui me sont dus dans les dossiers que j'ai traité pour la Justice. C'est d'ailleurs assez surprenant, car j'avais adressé au tribunal de [Tandaloor] plusieurs fois un récapitulatif des mémoires de frais en attente.

Ce billet aura donc une suite dont je ne manquerai pas de vous tenir au courant.

Pour l'instant, je me permets cette petite conclusion provisoire:
il faut toujours écouter ses parents (d'une part)
et garder confiance dans l'efficacité de notre administration (d'autre part).

Enfin, je signale au passage pour les confrères qui me lisent, que je sais donc de source autorisée que la chancellerie travaille actuellement, en liaison avec les services de la direction générale des finances publiques du ministère du budget, des comptes publics et de la fonction publique, à la mise en place d'un nouveau circuit de paiement des mémoires de frais de justice.

Et cela, c'est un vrai scoop.

17 juillet 2009

Servir après

J'aime me promener dans les cimetières et lire les inscriptions sur les tombes: dates anciennes, messages d'amour, tombes oubliées, caveaux importants et prétentieux... Les cimetières sont à l'image de nos anciens. Le temps y est arrêté et personne ne s'y bouscule en courant après un stress mérité. Il y a des fleurs, assez peu d'ordinateurs et aucune inscription du type "à ma liaison ADSL défunte", ou "A notre expert chéri, ses clients adorés". Cela permet de relativiser.

Pourtant, je ne veux pas finir dans un cimetière. Je ne veux ni tombe ni d'urne. Je veux que mon corps finisse en servant à quelque chose. Tous les bouts qui peuvent y être prélevés pour une greffe ou pour une étude quelconque.

Ensuite, je veux être incinéré et dispersé (en toute discrétion) dans une forêt domaniale quelconque pour servir d'engrais à quelques arbres et champignons.

Cela évitera d'encombrer les cimetières avec des monuments inutiles et onéreux.

Je préfèrerais que pour chaque mort soit planté un arbre, dans un endroit que l'on appellerait - disons - une forêt commune. Tout le monde s'appliquerait à entretenir les arbres familiaux et respecteraient ceux des autres.

A bien y réfléchir, je ne vois que des avantages à cette solution.

15 juillet 2009

L'inconnue du bus

Après ma formation militaire initiale en Allemagne (j'y reviendrai un jour), j'ai fait mon service militaire à Paris. Scientifique du contingent au Service Technique Electronique et Informatique du Fort d'Issy-les-Moulineaux, j'étais logé en toute logique militaire à la caserne Mortier, située à l'extrémité opposée de Paris. Il me fallait donc prendre les transports en commun et traverser Paris pour rejoindre mon lieu de lecture travail.

J'ai ainsi découvert, à ma grande surprise, les plaisirs du bus lors de ma traversée de Paris matinale: silence ensommeillé des voyageurs habitués, absence des touristes aux exclamations inopportunes, paysages magnifiques du Paris qui s'éveille.

Je regardais par la fenêtre légèrement embuée quand j'aperçus une jeune fille qui venait de descendre de mon bus. Elle était belle, grande et mince, de minijupe vêtue. Seule sur le trottoir, elle ignorait avec superbe les gestes désespérés que je faisais dans ma tête de célibataire.

Le bus repartait, et alors qu'elle nous tournait le dos, elle a eu ce geste très féminin de réajustement de ses DIM Up.

Je garde encore le souvenir futile de cette image fugitive de ce geste sexy et anodin d'une jeune femme à la descente d'un bus. ddddd.
Elle éclaira sans le savoir quelques instants de ma grisaille matinale.

Elle restera éternellement jeune et jolie dans mon esprit.
Elle est pourtant peut-être grand-mère aujourd'hui...

13 juillet 2009

2*2*5*5*5

Ce billet est le 500e publié sur ce blog (et je ne compte pas les nombreux billets en mode brouillon...) depuis sa création en septembre 2006.

Il est donc temps, comme indiqué dans un billet précédent, de commencer à faire le ménage en supprimant certains anciens billets devenus complètement inutiles (comme le présent billet dans quelques temps par exemple).

Je vais également m'amuser à réécrire certaines anecdotes pour voir comment la même histoire peut être racontée avec quelques années de plus dans ma mémoire. Je laisserai les deux exemplaires en ligne pour pouvoir comparer.

Je remercie au passage tous les visiteurs de ce blog qui viennent de plus en plus nombreux, même quand je ne publie pas de billet. Merci également aux visiteurs réguliers.

J'en profite également pour remercie encore Maitre Eolas qui est l'un des premiers à m'avoir fait confiance sur la blogosphère. J'espère ne pas l'avoir déçu, hier, aujourd'hui ou demain.

J'ai de plus en plus de dossiers d'expertises judiciaires ouverts, aussi ai-je de moins en moins de temps à consacrer au blog.
Et les enfants n'attendent pas pour grandir.

Mais il n'y aura pas de vacances sur le blog de Zythom.
Pas cette année.
Cela va être le grand ménage :)
Et tans pis si cela recule d'autant la publication du 512e billet...

08 juillet 2009

Il y a des jours comme ça

Quinze jours auparavant:

Ma grande fifille a cassé son téléphone portable. Elle vient me voir et papillonne des yeux en m'expliquant qu'il a quand même duré deux ans. Je grommelle un peu, lui explique que l'argent ne pousse pas sur les arbres, bref, je joue un peu au vieux con, parce que cela fait parti de l'éducation et qu'elle attend aussi un peu cela de moi.

Pour faire court, je pars en quête d'un nouveau téléphone ou d'un nouveau forfait plus avantageux avec téléphone.

Je vais sur le site Orange.fr et essaye de savoir s'ils proposent de changer son mobile et si oui vers quel modèle et à quel prix. La rubrique "changer son mobile" m'envoie vers la page "Ce service est momentanément indisponible".

Deux jours plus tard:

Je retente l'opération: la rubrique est revenue. Avec les points accumulés, je lui trouve un téléphone que l'on peut obtenir dans le cadre de son forfait pour une somme symbolique.

"Mais Papa, tu n'y penses pas, il est... moche. Toutes mes copines vont se moquer de moi."

Bon, c'est vrai qu'il est un peu vert fluo et qu'il ne casse pas des briques. Je grommelle un peu pour la forme et lui demande de m'aider à chercher un téléphone.

Elle sait ce qu'elle veut: rose, avec clavier escamotable, pas de clapet, non tactile parce que trop fragile, si possible avec SMS illimités. J'ai échappé à l'aïe-phone loin de mon budget de 50 euros.

Nous tombons d'accord sur un nouveau forfait, moyennant quand même une augmentation de 33% par mois (de 15 euros à 19,90) associé à un joli téléphone rose (pour neuf euros). Je suis parfois un papa gâteaux.

Par principe, je la laisse un peu mariner sans téléphone pendant quinze jours (je suis aussi un papa peau de vache).

Hier:

Muni de ma carte bancaire, je retourne sur le site bouyguestelecom.fr et j'obtiens le message suivant dès la page d'accueil:
"Erreur d'encodage de contenu
La page que vous essayez de voir ne peut être affichée car elle utilise un type de compression invalide ou non pris en charge.
* Veuillez contacter le webmestre du site pour l'informer de ce problème."


Tiens, le site n'est pas compatible avec Firefox nouvelle version (fraichement installé sur mon poste). Comme je n'ai pas le temps (ni le courage) d'essayer de contacter le webmestre, je passe par le cache de google pour sauter la page d'accueil du site et atterrir directement sur les pages concernées où j'arrive à retrouver l'offre et le téléphone.

Je commence à remplir le formulaire en ligne:
- Nom, prénom, adresse: OK
- Date de naissance: tiens pourquoi? Bon OK
- coordonnées bancaires: Ah? J'attrape mon vieux chéquier et y dégotte un RIB...
- Souhaitez-vous conserver votre numéro actuel: Oui
- merci d'entrer le code RIO de votre ancien mobile: ???

Le RIO (qui n'a rien à voir avec les Rames Inox Omnibus chères à la SNCF) est le Relevé d'Identité Opérateur, identifiant unique attaché à chaque contrat de téléphonie mobile en France.

Bien. Comment dois-je faire pour obtenir le RIO en question? Une aide bienvenue sur le site m'informe que je dois téléphoner au numéro 527 pour Orange.

Je téléphone aussitôt et j'entends une voix suave qui m'indique la chose suivante: "Ce service est ouvert de 7h à 22h". Je regarde ma montre: il est 22h20...

Aaarrg, tout ça pour rien.

Aujourd'hui:

Depuis mon lieu de travail, à la pause déjeuner, je me connecte sur le site bouyguestelecom.fr et reremplis tout le formulaire (code banque, code guichet, num téléphone, adresse,...) jusqu'au fatidique RIO.

Je décroche mon téléphone et j'appelle le 527.
"Le numéro demandé n'est pas attribué"...
Pourtant, hier, j'avais un disque au téléphone!

J'essaye depuis mon téléphone portable personnel SFR:
"SFR Bonjour, le service demandé n'existe pas"...

Ah. Peut-être qu'il faut utiliser un téléphone Orange. J'utilise alors mon téléphone portable professionnel:
"Désolé. Vous n'êtes pas autorisé à accéder au service"... Mon sourire se crispe.

Une petite recherche sur internet semble me confirmer qu'il faut appeler ce service depuis le téléphone portable concerné par le contrat. Oui, mais moi il est en panne!

Mon moral est au plus bas, ainsi que mon indice de confiance technophile.
Une dernière tentative avant de sombrer: j'appelle le service client Orange au 3670 avec ma ligne fixe.
"Bonjour, je m'appelle Zelda Zorg que puis-je pour votre service".
Je lui explique cordialement.
Elle me donne le RIO du contrat de ma fifille.
Je termine de remplir le formulaire.
Je commande le nouveau contrat.
Je croise les doigts pour qu'il soit livré entier, que la ligne continue de fonctionner, que l'ancien contrat soit résilié, que le nouveau fonctionne, que le numéro soit toujours actif, que le mobile envoyé soit le bon, que la couleur rose plaise encore à ma grande fille...

Le soir même, ma tendre et chère épouse passait mon téléphone professionnel à la machine à laver (programme long avec essorage rapide). Comme je dis souvent, seul celui qui ne fait rien ne commet jamais d'erreur.

Il y a des jours comme ça.

07 juillet 2009

Matheux

En prenant le train ce dimanche, revenant de mon Nord natal, j'étais assis à côté d'un jeune. Nous formions un couple relativement étonnant: lui en sage pantalon chemisette, travaillant sur un carnet, et moi avec mon baladeur sur les oreilles et mes culottes courtes mon pantacourt.

Avec la discrétion qui me caractérise, je jette un coup d'œil en biais sur son carnet, avec l'air perdu de celui qui écoute de la musique les yeux mi-clos.

Et c'est avec stupeur que je constate que ce jeune pourtant bien mis était en train de couvrir son carnet d'équations mathématiques...

Tiens, me dis-je, d'habitude les matheux se font plus discrets. Ce n'est pas vraiment la mode d'afficher ce genre d'occupation plus complexe qu'un Sudoku niveau 9.

J'utilise ma technique du regard en biais avec les yeux dans les coins, qui m'a si bien servi lors de certaines interros dans ma jeunesse, et essaye de voir si je peux capter une démonstration ou deux. Las, aucun théorème n'arrive à remonter du fond de ma mémoire, pourtant parfois capable de faire rougir Donald Hebb.

C'est alors que, et quand j'y repense j'en suis surpris tant est légendaire ma timidité à adresser la parole à un inconnu, je lui dis: "il ne manquerait pas un signe "moins" là?

Il me regarde un peu surpris, regarde son carnet et entreprend une vérification rapide pour me répondre: "heu... Non, je ne crois pas."

Je le regarde alors avec un air malicieux et lui dis: "en fait, c'était une plaisanterie."

"Ah. " me fait-il.

Mais la glace était brisée et je lui demandais ce qu'il faisait comme études.
"Je suis en math spé" me fait-il.

Et alors qu'un siècle nous sépare, un millénaire devrais-je dire, nous avons discuté entre taupins des difficultés des classes préparatoires, de la gestion du temps, et bien entendu de la beauté des mathématiques. Le temps est passé très vite jusqu'à notre destination finale. Nous nous sommes séparés et je lui souhaitais bonne chance pour ses concours.

Le lendemain, il me faisait face pour l'entretien de motivation du concours d'entrée à l'école d'ingénieurs où je travaille.
Cette fois, j'étais en cravate, et lui en costard...
Il est resté un peu surpris à la porte d'entrée de la salle.

Je lui ai demandé si l'oral de mathématiques s'était bien passé.
Il m'a dit que oui.

L'entretien de motivation s'est également bien passé.
Je lui ai quand même demandé pourquoi il ne l'avait pas révisé dans le train.
Il m'a dit qu'en classe prépa, on ne préparait pas ce type d'entretien, alors il s'était dit qu'il essayerait de se comporter le plus naturellement possible.

Exactement ce qu'il fallait faire.

06 juillet 2009

Sécurité au soleil

Une mission professionnelle, c'est comme une mission d'expertise, cela se prépare consciencieusement et malgré tout cela comporte une part d'imprévu.

J'étais en déplacement sur Casablanca pour effectuer des tâches de mise à niveau du serveur de notre école marocaine. Le terrain était préparé par un stagiaire que j'ai pris pour trois mois. Il avait déjà ajouté les barrettes mémoires que je lui avais confiées le jour de son départ, testé le disque dur SAS acheté dans l'urgence et mis en place le petit NAS d'1To sur le réseau.

Ma mission consistait à étendre la capacité de stockage du serveur. La difficulté était de minimiser le temps d'arrêt du serveur.

J'envisageais l'intervention sous trois angles:
- clonage du serveur initial, extension des capacités disques par un RAID0, installation de l'hyperviseur VMware ESXi puis restauration de l'image clonée;
- installation de l'hyperviseur sur le nouveau disque (l'ancien étant mis de côté pour retour arrière), réinstallation du serveur à partir de zéro (Debian, samba, ntp, dns, dhcp et openvpn);
- ou faire l'impasse sur la virtualisation et simplement ajouter le disque dur dans le serveur.

La troisième solution étant la plus simple, mais n'offrant pas la possibilité d'installer d'autres serveurs virtualisés sur la même machine physique, elle fut écartée et gardée pour le dernier jour, au cas où nous n'arrivions à rien avec les deux premières.

Afin de nous donner le plus de chances possibles, je décidais le premier jour de sacrifier provisoirement un PC de la salle informatique pour y installer ESXi afin de faire des essais sur une machine de tests. Non sans avoir au préalable réalisé un clone de cette machine.

Avant mon arrivée, mon stagiaire avait vérifié qu'ESXi s'installait correctement sur le serveur cible en arrêtant celui-ci une demi heure pendant la pause déjeuner.

Toute l'intervention ne devait durer théoriquement qu'une journée, dont deux heures d'arrêt du serveur. L'informatique étant pleine d'imprévue, surtout au Maroc, j'avais prévu cinq jours.

Le premier jour le réseau électrique ne semble pas stable et la salle informatique où nous avons installé notre QG est sans électricité. Les utilisateurs sont content de me revoir (un an s'est passé depuis ma dernière venue). La journée passe en intervention diverses toutes aussi urgentes les unes que les autres.

Le deuxième jour, nous réalisons un clone du serveur en une heure à l'aide du logiciel Clonezilla et une sauvegarde par rsync sur le NAS à travers le switch giga nouvellement installé. Le temps que le rsync se termine, nous testons la restauration de l'image dans une machine virtuelle sur notre PC de tests. Le verdict tombe: il faut 20h pour que l'image s'installe. Trop long.

Le troisième jour, alors que la matinée commence à peine, je suis appelé par le gardien de l'école: un bruit suspect provient du tableau électrique. Une sorte de grésillement. Alors que tout le monde palabre pour savoir ce que c'est, je demande à ce que toutes les machines électriques soient éteintes: clims, PC, imprimantes, etc. Bon gré mal gré, tous s'exécutent. Je coupe le courant de l'école et ouvre le panneau électrique. Un début d'incendie commençait: une partie du plastique est noire et une partie des fils sont en train de fondre... Je demande à ce que l'électricien ayant installé le panneau soit appelé en urgence. Il interviendra dans l'après-midi (ce qui est d'une exceptionnelle rapidité au Maroc). Pendant ce temps, nous travaillons sur papier. Ceux qui disposent d'un ordinateur portable se plaignent de ne pas pouvoir imprimer et de ne pas avoir accès à internet. Le comportement des utilisateurs est universel. Je dors mal le soir, car je n'ai encore rien fait de décisif.

Le quatrième jour sera lui décisif. Nous utilisons le logiciel WMware de conversion P2V pour cloner "à chaud" le serveur et le transférer en tant que VM sur notre hyperviseur de tests. Un rsync est lancé pour sauvegarder les données du serveur sur le NAS réseau "au cas où". Ensuite, le serveur physique est arrêté, le disque dur est ajouté, le RAID0 est constitué, détruisant ainsi toutes les données d'origine. Celles ci ont été sauvegardées sur l'image Clonezilla, sur l'image P2V sur notre hyperviseur de tests et sur le NAS via un rsync. Ceinture et bretelle (et sourire de la crémière:). Nous installons l'hyperviseur ESXi sur le nouveau disque ainsi constitué et décidons de transférer la VM depuis notre hyperviseur de tests. Le transfert démarre et, malheureusement est chronométré pour durer huit heures... J'entends déjà les utilisateurs râler.

A ce moment, je me souviens d'un produit gratuit permettant d'accélerer les transferts en mode fichier entre deux hyperviseurs vmware: Veeam FastSCP. Nous lançons l'installation et l'opération de copie. Celle-ci mettra deux heures, soit le milieu de l'après-midi. En fin d'après-midi, le serveur est prêt, les utilisateurs peuvent fermer leurs sessions sans perdre de données, ce qu'ils font. Ils sont soulagés et nous aussi.

Le vendredi sera consacré à l'installation d'un disque SATA d'1To dans le serveur pour pouvoir configurer un datastore confortable pour les données des différentes VM.

Le samedi pourra finalement être consacré à la visite de la mosquée Hassan II. Superbe.

Et le septième jour, Zythom se reposa rentra chez lui.

La semaine suivante, nous allions pouvoir installer sur ce serveur depuis la France une VM Windows 2003 serveur pour Active Directory, une VM Windows 2003 avec XenApp et l'antivirus centralisé Symantec Enterprise et une VM Windows XP pour pouvoir nous servir d'une console à distance sans monopoliser un PC physique duquel nous nous faisions déconnecter régulièrement par un étudiant pressé.

Mais cela, c'est une autre histoire.