24 mai 2010

Intimité


Fouiller le contenu d'un ordinateur, c'est se plonger dans l'intimité d'une personne. Je suppose que chaque expert judiciaire vit cela d'une manière différente qu'on imagine toujours très professionnelle, avec juste la distance qu'il faut, en quelque sorte une analyse froidement médicale.

Seulement voilà, la réalité est toute autre. La réalité, c'est la lecture de lettres intimes à son conjoint, ce sont des photos d'anniversaires où toute la famille et les amis sont réunis. La réalité, ce sont des vieilles factures, des courriers d'explications à la banque, des réponses à des emails de copains rigolos qui font suivre des powerpoints humoristiques.

Puis à partir d'une certaine date, le lien avec internet s'arrête. L'ordinateur n'est plus utilisé pendant plusieurs mois, pendant quelques années. Lorsqu'il reprend du service, l'utilisation n'est plus la même. Les données proviennent d'une clef USB, plutôt que de la carte réseau.

Des dessins scannés. Des fichiers txt avec des mots d'encouragement maladroits. Des mots d'enfants. Des mots d'adultes.

Et bien sur, il y a des photos. Beaucoup de photos de la famille. Des films aussi. Les visages sont plus tristes, les paroles plus sérieuses. Ils ont vieillis.

Et puis, il y a des photos pornographiques. Des films aussi. Et la dedans, quelques photos de jeunes filles. Trop jeunes. Beaucoup trop jeunes. C'est pour ça qu'il a été dénoncé par un codétenu.

C'est cela l'analyse inforensique du disque dur d'un ordinateur saisi en prison.

19 mai 2010

La fosse

Le premier mois de mon service militaire s'est effectué en Allemagne où j'ai effectué ma période de "classes". J'ai raconté dans ce billet comment j'avais décidé d'obéir.

Pendant cette période d'instruction, nous avons eu à faire un parcours du combattant. Il s'agit d'un moment mythique, en théorie, mais en pratique c'est une autre histoire.

Notre encadrement avait divisé notre section de 140 hommes en quatre groupes pour que l'on évite de se marcher dessus. Chaque groupe se frottait à un morceau de parcours, sans (in)formation préalable.

Et dans ce parcours, se trouvait une fosse. Voici notre découverte du problème.

La fosse fait environ 2 mètres de profondeur, et forme un rectangle d'environ 8m sur 3. Nous sommes 35 jeunes appelés en tenue de camouflage avec nos grosses chaussures militaires. L'encadrement nous a gentiment demandé de nous entasser dans la fosse et nous donne la consigne suivante: "VOUS ALLEZ ME SORTIR DE CETTE FOSSE LE PLUS VITE POSSIBLE EN VOUS MAGNANT LE CUL".

Le sergent donne le signal de départ et déclenche un chronomètre. C'est la ruée... Trente cinq bonshommes se poussent pour monter les murs de la fosse, passer les bras sur le bord et se hisser dehors. Les plus forts écrasent les plus faibles. Les plus lourds marchent sur les mains des plus délicats. Mais au bout de dix minutes, tout le monde est sorti et attend les ordres.

Le sergent nous explique gentiment: "BORDEL MAIS VOUS ETES NULS! VOUS DEVEZ METTRE MOINS DE TROIS MINUTES! RECOMMENCEZ!"

Nous redescendons tous dans le fosse. Je me dis qu'il plaisante et qu'au bout de plusieurs essais, lassé de nous voir nous marcher dessus, il nous traitera de grosses larves et nous pourrons passer à l'obstacle suivant.

Las, après quatre essais, et malgré nos six minutes et nos mains endolories, le sergent persiste à vouloir nous faire descendre sous les trois minutes. Comment cela va-t-il finir?

Au cinquième essai, tout le monde est KO et nous obtenons la permission de souffler un peu avant de recommencer.

Il est temps pour moi de trouver une solution, car mes mains commencent à saigner à force de prendre des coups. Je me place au centre du groupe et demande l'attention de mes camarades d'infortune. Je leur explique qu'il me semble possible d'arriver à se sortir de ce mauvais pas en adoptant une stratégie commune. Plutôt que de se pousser les uns les autres pour sortir de la fosse, il faudrait s'entraider. Tout le monde semble d'accord. Nous discutons de plusieurs idées et arrivons à nous mettre d'accord sur la stratégie suivante: les six plus costauds vont sortir en premier, en prenant appui sur les autres qui leur feront la courte échelle. Une fois dehors, ils se mettront par deux pour attraper un soldat encore dans la fosse et le sortir en tirant le plus fort possible.

Le sergent nous fait redescendre dans la fosse et donne le signal du départ. Nos six gros costauds se font quasiment éjecter de la fosse par tout le monde. Une fois en haut, ils nous attrapent à tour de rôle et nous soulèvent littéralement pour nous jeter hors de la fosse.

Je revois encore aujourd'hui le vol plané des plus légers qui sont venus s'écraser en tas à deux mètres du bord de la fosse. Nous avons mis deux minutes et trente secondes pour vider la fosse. Le sergent avait la larme à l'œil. Nous aussi.

Cela m'a valu l'estime de mes camarades et le droit de passer la serpillère dans le bureau des gradés pour avoir parlé pendant un temps de repos. La devise de mon régiment (de transmission): "Rien ne vaut que le silence".

15 mai 2010

Expert freelance

J'ai bien réfléchi à quoi je pourrais occuper tout le temps libre qui serait dégagé si mon dossier de réinscription sur la liste des experts judiciaires était refusé.

Je me suis dit qu'il se pourrait que je me lance dans une activité d'expert freelance... Seulement voilà, je n'ai pas vraiment le profil: je ne sais pas me vendre, j'ai tendance à sous estimer le coût des prestations et je suis prêt à travailler gratuitement si on me le demande gentiment...

Et nous les informaticiens, nous avons tous une petite anecdote d'un "copain" qui nous a apporté son PC à réparer, "parce tu t'y connais", et qui nous a reproché ensuite tous les problèmes qu'il a pu rencontrer: "Mais tu ne m'as pas réinstallé internet! C'est quoi mes codes wanadoo? Pourquoi tu m'as mis un antivirus, maintenant mon Pc rame!" Etc.

Mais après 11 années passées dans le circuit judiciaire, je me rends compte qu'il y a un grand nombre de personnes qui auraient bien besoin d'un expert en informatique pour les aider dans leur dossier en Justice, soit parce que le magistrat a refusé de désigner un expert judiciaire, soit parce que l'expert judiciaire désigné a rendu un rapport défavorable.

Cas de l'absence de désignation d'un expert judiciaire:
Il ne m'appartient pas de critiquer les raisons qui peuvent amener un magistrat à refuser de désigner un expert judiciaire pour l'éclairer dans un dossier. Il me suffit de penser que le magistrat a compris le problème et qu'il n'a pas besoin de l'avis d'un technicien. Mais les rares fois où j'ai accepté une mission confiée par un avocat (ce que l'on appelle "expertise privée"), je me suis vraiment rendu compte que l'association "expert juridique" (l'avocat) et "expert informatique" pouvait décortiquer un problème de A à Z pour monter un dossier qui tienne la route. Guidé par l'avocat qui connait la procédure, je peux mettre en avant tous les détails techniques qui posent problèmes et les expliquer clairement pour que l'avocat les mettent "en musique". A nous deux, en quelques séances de travail (parfois une seule), nous rédigeons des conclusions qui, à mon avis, peuvent éclairer le magistrat.

Cas de l'expert judiciaire désigné qui a rendu un rapport défavorable:
Avant de lire le rapport déposé par mon confrère, je tiens à préciser qu'il me paraît judicieux de se faire accompagner tout au long de la procédure par un expert (privé) qui saura veiller à ce que tous les éléments techniques soient correctement présentés et analysés lors de l'expertise judiciaire. Attention, il ne s'agit pas de maquiller la vérité, mais de faire en sorte qu'elle apparaisse clairement pour tout le monde, y compris pour l'expert judiciaire désigné par le juge. Il m'est arrivé d'être désigné comme expert judiciaire dans une affaire, et de voir arriver en réunion les parties accompagnées chacune par un confrère mandaté comme expert privé. La règle déontologique (la politesse?) est le respect mutuel, ce qui n'empêche pas de se sentir surveillé tout au long des différentes réunions. Cela maintient une certaine pression salutaire qui oblige au meilleur de soi-même. Évidemment, l'enjeu n'est pas d'essayer de torpiller les réunions par des critiques systématiques, mais d'accompagner "sa" partie pour lui expliquer les détails en direct et l'assister dans les moments très techniques.

Une fois le rapport déposé par l'expert judiciaire, rien n'interdit la critique, dès lors qu'elle reste fondée sur des éléments objectifs. Extrait des règles de déontologie du CNCEJ: "Si l’expert judiciairement commis a déjà déposé son rapport, le consultant privé qui remet à la partie qui l’a consulté une note ou des observations écrites sur les travaux de son confrère, doit le faire dans une forme courtoise, à l’exclusion de toute critique blessante et inutile.[...] En cas d’erreurs matérielles relevées dans le rapport de l’expert de justice, ou de divergence d’appréciation, il se limitera à les exposer et à expliciter les conséquences en résultant. L’avis de l’expert consultant ne peut comporter que des appréciations techniques et scientifiques."

Mais cette expertise freelance a un coût loin d'être négligeable pour le justiciable. Et qui vient s'ajouter aux frais d'avocat. Car si en France la Justice est gratuite, cela signifie simplement que vous ne payez pas (directement) le salaire du magistrat qui va vous juger. Il vous faut par contre rémunérer le travail de votre avocat, et celui de votre expert privé.

Par contre, j'ai un avantage: je suis salarié d'une entreprise, ce qui me permet de considérer cette activité d'expertise de manière annexe et de pratiquer des tarifs très bas. C'est aussi un inconvénient car je n'exerce mon activité d'expert que sur mon temps libre (soir, week-end et congés payés). C'est d'ailleurs ce qui m'a amené à ne traiter quasiment que des dossiers d'expertise privée par voie numérique: des analyses de rapports en vue de rédaction de dires. Les échanges se faisant par emails, les frais divers sont minimes et ma réactivité peut être très forte (quelques jours). Par contre, j'ai toujours demandé un chiffrage des échanges (ce qui rebute quelques avocats peu à l'aise avec GPG) et j'ai toujours refusé les demandes faites par l'intermédiaire de ce blog (au moins tant que je suis inscrit sur la liste des experts judiciaires).

Mon pseudo anonymat ici me permet de vous dire sans fausse pudeur que je ne suis pas mauvais dans cet exercice, ayant eu à analyser quelques rapports de confrères avec lesquels je n'étais pas particulièrement d'accord, soit sur la méthode, soit sur les outils, soit sur les calculs... J'ai ainsi pu rédiger des remarques et des questions sur plusieurs points cruciaux, ce qui a permis à l'avocat de soumettre des dires pertinents à l'expert judiciaire.

Chers confrères qui me lisez ici, peut-être en avez vous fait les frais ;)

Chers lecteurs profanes, je me dois de reconnaître que je reçois également des dires pertinents après avoir remis mon pré-rapport aux parties. Et que ces dires me font parfois complètement modifier mon rapport final. Peut-être ont-ils été écrits avec l'aide d'experts freelances?

En tout cas, j'ai lu avec amusement ce billet sur le top 10 des bobards racontés aux infographistes naïfs... Et dans quelques mois, je vous raconterai peut-être le top 10 des bobards racontés aux experts freelances.

Mais pour l'instant, je travaille surtout pour l'Etat.
Et j'attends toujours deux ans le paiement de mes factures...

10 mai 2010

Chef de centre

Ce week-end, je me suis retrouvé chef d'un centre d'organisation du concours de sélection des candidats souhaitant devenir élèves-ingénieurs.

Comment suis-je arrivé à ce poste?

L'informatique est au cœur du traitement de l'information, et le processus de recrutement dans une école d'ingénieurs est quasiment complètement informatisé, ce qui fait de moi l'une des personnes les plus au fait de la compréhension de ce processus. En tout cas, l'un des plus à même à répondre aux différentes questions du genre: "J'ai fais deux 1ère années de médecine, mais je souhaite me réorienter vers des études d'ingénieurs, en quelle année me prendriez-vous?"[1].

L'école où je travaille était ce week-end l'un des centres d'examen du concours de sélection, et il se trouve que j'y travaille également comme directeur informatique ET technique, ce qui me rend particulièrement intéressant pour répondre aux (autres) questions du genre: "Si l'alarme incendie se met en route, que doit-on faire?"[2], ou "Si un candidat est malade, que faut-il faire?"[3].

Bref, j'étais "volontaire" tout désigné pour assumer le rôle de chef de centre.

Hypothèses de travail:
Mon centre doit accueillir 200 candidats.
J'ai 10 personnes pour m'assister.
Je dispose d'un règlement de 20 pages couvrant tous les problèmes imaginés.
Les rails sont posés, il s'agit de ne pas s'en écarter.

Préparation:
La veille des épreuves, je configure la salle d'examen en ordre de bataille: étiquettes avec les noms des candidats, plan de placement avec liste alphabétique, rideaux baissés côté soleil, rideaux levés de l'autre côté, la rangée près des fenêtres neutralisé, issues de secours (toujours) dégagées, salle fermée à clef.

Il y a presque 30 ans, je m'apprêtais à passer le bac dans une salle d'examen lugubre avec un accueil pénitentiaire. J'ai donc pris l'initiative de faire acheter 50 bouteilles de boissons sucrées, 50 quatre-quarts et 20 kg de bonbons que j'ai fais disposer sur des tables dans le hall d'accueil.

Le jour J:
Le règlement mentionne que le centre d'examen n'est pas accessible aux accompagnateurs des candidats (les parents ou les grands parents en général). Le jour J, il pleut comme à Gravelotte, et comme tout bon soldat, il faut savoir transgresser un ordre manifestement inadapté. L'ensemble des accompagnateurs, candidats et organisateurs se réchauffent donc dans le hall avec un bon café/thé préparé pour l'occasion. J'avais en outre demandé à quelques étudiants d'être présents pour discuter avec les candidats et faire en sorte de les déstresser.

Néanmoins, à l'heure H, la minute M et la seconde S prévues par le règlement, je fais entrer les candidats dans la salle et les accompagnateurs dans leurs voitures.

Une fois tout le monde à sa place, il me reste cinq minutes pendant lesquelles je demande aux surveillants de faire signer la feuille d'émargement tout en contrôlant les identités. Et moi, je monte chercher les sujets dans le coffre fort. Pendant ces quelques minutes, je me suis souvenu de toutes les épreuves que j'ai pu passer dans ma (longue) carrière d'étudiant et surtout de ce que j'aurais donné pour avoir accès à ce fameux coffre fort...

Une fois de retour dans la salle d'examen, je décachète l'enveloppe en présence de l'appariteur du concours. Je profite de l'attention soutenue pour rappeler qu'aucun appareil électronique n'est autorisé: pas de calculatrice, pas d'ordinateur, pas de PDA, pas de téléphone mobile. Pas de papier brouillon, pas de trousse sur la table... Les candidats sont en slip[4].

Les sujets sont distribués, l'épreuve commence. Au bout de quelques minutes, je sens la tension retomber.

Au bout d'une heure, une candidate demande à sortir pour aller aux toilettes. Le règlement est précis sur ce point: aucune sortie de la salle pendant l'épreuve. J'ai de plus rappelé ce fait aux candidats avant le début de l'épreuve, entrainant ainsi la sortie préventive de quelques candidats avant la distribution des sujets. Un surveillant vient m'avertir du problème. Je ne vais quand même pas laisser une personne dans cette situation: au diable le règlement, j'interpelle une surveillante pour qu'elle accompagne la jeune fille au backhouse. Si elle arrive à y trouver une réponse en moins de 3 minutes sans se faire soupçonner, elle mérite d'être ingénieuse.

La journée s'écoule lentement. Certainement plus lentement que pour les candidats. De mon côté, je me souviens des concours que j'ai passés: les épreuves de 4h, l'angoisse des révisions, les psychostimulants (mon médecin m'avait prescrit un médicament qui luttait contre les asthénies psychiques et intellectuelles: je n'invente pas son nom, Ordinator[5]!).

Les épreuves s'enchainent sans incident.
Les copies sont numérisées après ramassage et photocopiées (ceinture et bretelles). Les originaux sont acheminés aux correcteurs dès la fin de chaque épreuve.

Je passe mon temps à compter et recompter les copies, les originaux, les signatures sur les feuilles d'émargement. Cela me rappelle un peu le bureau de vote.

Les candidats sont concentrés, silencieux, sérieux.
J'aimerais qu'ils réussissent tous leurs examens.


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[1] Réponse: en 1ère année. Et oui, les études d'ingénieurs sont parfois aussi longues que celles de médecine...
[2] Réponse: sortir. Mon rôle est néanmoins de faire en sorte qu'une fausse alerte ne se déclenche pas.
[3] Réponse: appeler les secours. Il se trouve que je suis SST (et donc parfaitement formé pour faire le 15 :).
[4] Il s'agit bien entendu d'une image, tant ce sous-vêtement semble avoir été remplacé par le caleçon ou le string. Bien entendu, c'est ce que l'on m'a dis, je ne suis pas allé voir. En tout cas, sans téléphone portable, les jeunes d'aujourd'hui sont quasiment en état de manque.
[5] Ce médicament a depuis été retiré de la commercialisation. Je déconseille fortement l'utilisation de médicament pendant les révisions et les épreuves. Je me demande encore aujourd'hui si je n'ai pas quelques séquelles...

Crédit images darkroastedblend.com

04 mai 2010

Avenir

Comme vous, je regarde les blogs à travers la fenêtre de mon navigateur. J'utilise un aggrégateur de flux pour être averti de la publication des nouveaux billets, mais aussi, tel un Tarzan numérique, je rebondis de liens en liens et j'explore une petite partie de l'univers Internet.

Et parfois je m'interroge.
Pourquoi est ce que je blogue? Pourquoi lui blogue-t-il? Pourquoi tel site a-t-il fermé? Quelle sera l'évolution d'internet? Quel est le devenir de cette identité numérique "Zythom"?

Je publie sur ce blog des textes sur moi-même. C'est un blog narcissique, même si nulle nymphe Echo ne s'est éprise de moi. Ce blog est de type "journal intime en ligne" où je m'épands sur tous les sujets qui m'intéressent, et où vous me faites l'honneur de venir me lire.

Je n'y ai aucune stratégie marketing, et si beaucoup parmi vous semblent s'intéresser aux billets consacrés à l'expertise judiciaire informatique, j'aime assez bien m'embarquer dans l'écriture d'un billet sur mes souvenirs du service militaire ou sur des questions à deux euros.

Depuis quelques mois je gazouille sur mon compte Twitter où je partage avec qui veut bien les informations que je trouve intéressantes, sans m'être pour autant spécialisé dans un domaine particulier, ce qui doit être horripilant, je le reconnais, pour mes followers.

Ce compte Twitter est un peu redondant avec ma liste de partage Google où je place tous les billets que je trouve intéressants, liste à laquelle sont abonnées 11 personnes aujourd'hui (que je félicite tant il est curieux de s'abonner à une liste de lecture par définition relativement personnelle).

Je constate par moment des arrivées en grand nombre d'internautes envoyés ici par un blogueur influent (merci à Maitre Eolas dont le seul fait d'être présent dans sa blogroll amène 14% du trafic du blog ou qui d'un simple tweet amène ici 1500 personnes).

Je ne sais pas si je mérite votre temps de lecture.

Je me sens comme un simplet parlant debout sur une échelle au milieu d'une place où parfois il y a foule. Je reconnais quelques passants qui reviennent me faire un petit commentaire. De temps en temps, un membre de ma famille ou un étudiant m'interpelle IRL pour discuter d'un billet, pour rire, pour se moquer, pour vivre un petit moment côte à côte. C'est gênant, cela brise un peu la distance du pseudonyme.

Je me demande parfois ce que je dois faire de ce "Zythom" qui a envahi mon temps de cerveau disponible, de cette identité numérique qui me trouble. Faut-il suicider ce pseudo (avec panache) pour éviter de tourner en rond? Que nenni m'ont conseillé mes amis numériques: écrit moins souvent si tu veux, mais écrit de temps en temps quand même. Un blogueur qui s'écarte trop longtemps de ses billets-brouillons finit par ne plus y revenir. J'ai donc réduit mes apparitions à un billet par semaine (à peu près).

J'ai beaucoup de défaut, et l'un des pires, je m'en rends compte petit à petit, est de ne pas être un homme de réseaux. "De toute façon, tu es un ours solitaire", m'a dis ma fille aînée. Elle n'a pas complètement tord. J'ai été élevé dans l'idée que le mérite s'obtient grâce à l'intelligence et au travail. Je n'aime pas le copinage, l'avancement par grenouillage ni la petite tape sur l'épaule. J'ai un sale caractère qui m'a longtemps interdit le travail d'équipe.

J'aime être seul sans ressentir les conséquences de la solitude. Je ne manifeste aucun intérêt pour les relations sociales. Mes loisirs sont solitaires et mon activité professionnelle est très indépendante. C'est presque la définition d'une personne schizoïde...

Alors je me soigne.
Je suis entouré de personnes qui m'aiment tel que je suis, mais je dois sans cesse m'améliorer, voir plus loin que le plaisir présent pour construire un avenir plus intéressant.

Je vais m'intéresser aux relations humaines. Je vais aller serrer des mains que je ne connais pas. Je vais assister aux réunions de ma compagnie d'experts judiciaires, poser des questions aux anciens, rencontrer des avocats, des magistrats, leur fournir ma carte de visite, leur montrer de moi ce qui peut leur servir.

Il faut que j'arrête d'attendre que l'on vienne vers moi.
Il faut que je me remue.

Demain c'est promis.
Aujourd'hui j'ai piscine blog.