28 novembre 2010

Merci

Ce samedi je me trouvais debout à l'entrée d'un petit supermarché en train de distribuer des sacs plastiques. Pour comprendre ce qui m'a arraché à ma grasse matinée sacrée du samedi matin, il faut remonter quelques semaines en arrière. Plus précisément, lors du dernier conseil municipal.

Lors du compte rendu de l'adjoint en charge de la commission sociale, appel est fait aux conseillers municipaux de participer à la collecte de la banque alimentaire, la bien nommée BA. L'adjoint nous rappelle l'importance de cette collecte et que si tout le monde participe, chacun n'aura à consacrer qu'une petite partie de son week-end. Me voici donc inscrit sur le registre pour le créneau du samedi 10h30-12h.

Poli comme un miroir astronomique, j'arrive sur place à 10h25. J'y retrouve l'équipe précédente que je dois relever. Ils me passent les consignes, j'enfile un superbe gilet de signalisation couleur rouge fluo marqué en grosse lettre (dans le dos) "Banque alimentaire", je serre la main de mon acolyte qui vient juste d'arriver, et nous voilà tous les deux à accueillir les clients de ce petit supermarché discount.

Il paraît que ce supermarché discount est fréquenté par les personnes les plus modestes. En fait, pendant une heure et demi, je vais voir défiler toutes les catégories de personnes de la société française:

Il y a les souriantes: les personnes qui vous renvoient votre sourire franchement. Elles s'arrêtent pour prendre le sac plastique que vous leur tendez et vous écoutent dire "c'est pour la banque alimentaire". Elles hochent la tête et vous glissent un petit mot gentil: "je n'ai pas beaucoup d'argent, mais je donne toujours", "je vais donner du chocolat et des bonbons, parce que vous savez, les plus démunis ont besoin aussi de friandises", "Je suis au RSA, mais je vais donner quand même". Merci. Merci. Merci.

Il y a les stressées: elles nous ont repéré de loin (grâce à nos gilets rouges fluos) et ne s'arrêtent pas à notre hauteur, sauf après nous avoir entendu dire "c'est pour la banque alimentaire". Là, elles marquent un temps d'arrêt, se tournent vers nous et grommèlent quelque chose comme "ah oui, c'est bien". Merci . Merci. Merci.

Il y a les jeunes: ils/elles nous regardent avec une interrogation dans les yeux "keskecé?". Nous leur expliquons rapidement que nous collectons des aliments non périssables pour les plus démunis et que s'ils souhaitent donner quelque chose, ils peuvent nous le remettre après la caisse dans ce sac plastique. Je ne suis pas sur qu'ils comprennent toujours car j'ai eu droit à un "mais qui c'est qui paye alors?"... Merci. Merci. Merci.

Il y a les vieux: ceux qui viennent faire leurs courses le samedi avec la foule parce qu'ils sont seuls le reste de la semaine. En général, ils s'arrêtent et discutent avec nous. Ils nous racontent une tranche de vie que l'on écoute en silence. Merci. Merci. Merci.

Il y a les fatigués de la vie, les blessés de l'âme, les corps malades: Ils avancent doucement avec leurs sacs à la main car ils n'ont pas de pièce pour le caddy. Ils prennent toujours un sac en plastique qu'ils rendront toujours avec quelques choses dedans. Même si parfois on voudrait qu'il le garde pour eux. Merci. Merci. Merci.

Il y a cette personne qui m'a dit avoir dormi dans la rue pendant plusieurs années et qui m'a demandé plusieurs sacs plastiques. Elle nous a donné plus que ce qu'elle a emporté. Merci. Merci. Merci.

Il y a tout ceux qui se sont excusés car ils avaient déjà donné la veille, dans le magasin concurrent, à l'école. Merci. Merci. Merci.

Et il y a ceux qui ne nous voient pas: leur regard glisse sur nous et ils n'entendent pas notre "c'est pour la banque alimentaire". Ils n'écoutent plus le reste du monde. Ils ont le regard absent des parisiens devant le mendiant qui tend la main. Indifférents.

Il y a eu une seule personne aigrie ce matin là: elle s'est arrêté devant moi et m'a regardé droit dans les yeux. "J'ai une mère paralysée. Personne ne m'a aidé, alors je ne donne rien". Je n'ai rien su répondre, mais j'ai immédiatement pensé à Carmen Cru.

Pendant une heure et demi, j'ai vu défiler beaucoup de monde: des chômeurs, des avocats, des ouvriers, des noirs, des blancs, des jeunes, des vieux, des couples, des familles nombreuses... Beaucoup de parents nous envoyaient leur enfant avec le sac plastique contenant leurs dons. A leur regard timide, nous avons offert nos plus beaux sourires.

Merci. Merci. Merci.

24 novembre 2010

Informatique embarquée

Il est 9h ce samedi là, je suis au commissariat de Police à la demande d'un magistrat. Je ne sais rien de l'affaire qui me concerne à part qu'il y aura des ordinateurs à inspecter chez un particulier, j'ai donc rempli le coffre de ma voiture avec l'indispensable.

J'appréhende toujours ce type de mission. Débarquer chez les gens avec la police ou la gendarmerie n'est pas quelque chose d'agréable. Pourtant, quand j'y réfléchis, j'ai prêté serment d'apporter mon concours à la Justice, et cela quelles que soient les circonstances.

L'opération a lieu un samedi à cause de moi car j'ai des difficultés à me libérer les jours de la semaine. Le dossier est assez simple en apparence: il s'agit d'un travailleur indépendant qui aurait fait des malversations informatiques. Le policier gradé m'explique le dossier en détail et je l'écoute attentivement. Une fois ses explications effectuées, je lui pose quelques question sans illusions: quel type d'ordinateurs allons nous inspecter, quel volume de données, quel est le niveau technique du propriétaire... Aucune de ces question n'a de réponse. Je lui explique l'importance de ce type d'informations, il comprend et compatit. Nous partons pour la perquisition.

Je suis la voiture de police banalisée. Le policier a souri à la vue de ma vieille Peugeot 205 en disant "c'est solide ces voitures là" d'un air entendu. Il semble s'y connaître en automobile, aussi je coupe court à la conversation d'un "oh vous savez, moi, du moment qu'elle démarre et qu'elle m'amène là où je veux aller..."

Nous sortons de la ville. La circulation est dense et j'ai perdu de vue la voiture de police. Le policier qui est monté avec moi m'indique le chemin jusqu'au bord d'une rivière où je découvre que la perquisition va avoir lieu sur un bateau!

Le ponton est désert, et parmi les quatre bateaux arrimés, un seul semble habité. A défaut d'huis, les policiers frappent sur un panneau du ponton près du bateau. Le propriétaire sort de la cabine et nous regarde surpris: face à lui nous sommes quatre, trois policiers en uniforme et moi (en costume).

Le gradé se présente et explique la raison de la perquisition. Les épaules de l'homme s'affaissent et il nous laisse le passage. Nous voilà à cinq sur un bateau de 6 mètres. Je reste sur le pont du bateau pendant que les policiers pénètrent dans la cabine avec le propriétaire. Le bateau bouge au grès des masses humaines qui s'agitent à l'intérieur. Je m'assois et observe la scène. Les policiers font un inventaire rapide des lieux sans mettre de désordre. Ils ouvrent les rangements (et sur un bateau, il y en a beaucoup), ils soulèvent des trappes, poussent des battants et ouvrent des tiroirs. Pendant ce temps là, je regarde l'extérieur du bateau et le paysage avec ma mallette d'intervention sur les genoux.

Au bout d'un quart d'heure, les policiers m'appellent et je pénètre dans la cabine. J'entre dans l'intimité d'un homme seul. L'intérieur est propre malgré l'age apparemment avancé du bateau. Tout ce qui ressemble à du matériel informatique a été rassemblé sur la table à cartes qui sert de table à manger et de bureau. Les hommes sortent pour nous laisser de la place car l'espace est exigu.

Je passe les deux heures suivantes à ausculter les disques durs, cédéroms et autres supports de stockage. Je fournis en direct les éléments pouvant intéresser l'enquêteur. Le propriétaire commente les données et donne ses explications. Je me concentre sur la partie technique, effectue les copies de données pour investigations ultérieures et fouille les recoins des disques avec quelques outils de recherche de chaines de caractères.

Avec le recul des années, je perçois les avancées (à venir) des droits de la défense. Cet homme était seul face à nous. Le policier a été parfaitement correct dans son interrogatoire et ma présence "neutre" peut en témoigner. Mais je n'aurais pas aimé être à sa place: il était sous pression, sa voix dévoilait une tension certaine et il était visiblement mal à l'aise.

En fin de perquisition, alors que l'enquêteur mettait de l'ordre dans sa procédure, je me suis permis de discuter avec le propriétaire. La naïveté de mes questions a réussi à le faire sourire: "mais comment faites vous pour recharger votre ordinateur?", "comment accédez-vous à internet?", "et pour le courrier postal, vous le recevez comment, vous avez une adresse fixe?", "vous faites comment pour le nettoyage de la coque?", "vous n'avez pas peur d'être agressé quand vous êtes tout seul sur la rivière?"... Il me montre les astuces techniques, les aménagements du bateau qu'il a réalisé. Il me parle de barrots et de barrotins. Il reprend vie.

Il aurait parfaitement pu être accompagné par un avocat. Mes investigations techniques auraient été les mêmes, les questions du policier probablement aussi. La tension aurait sans doute aussi été présente, mais partagée avec une personne de confiance, avec un soutien.

Je ne vois vraiment que des avantages à la possibilité de se faire assister par un avocat, à tout moment de quelques procédures que ce soit. Pour ce que j'en sais, aucun élément n'a été découvert contre lui.

Ce soir là, je suis rentré moins sûr de moi.

15 novembre 2010

La mort du hotspot wifi gratuit ouvert

En tant que responsable informatique, je n'ai pas d'autre souhait que le confort des utilisateurs. Pour cela, parmi toutes les actions entreprises, j'ai mis en place un réseau Wifi permettant à tout un chacun de se connecter en toute simplicité.

Pour les plus techniciens d'entre vous, j'ai choisi un VLAN dédié wifi dont la passerelle/parefeu est une machine basée sur l'excellent logiciel pfsense. Ce produit permet de mettre en place très facilement un portail captif interrogeant un serveur Radius (par exemple freeradius ou dans mon cas maintenant Windows 2008 R2).

Tout fonctionne très bien, je place des bornes wifi premier prix partout, je rappelle aux utilisateurs que rien n'est chiffré et de faire attention (mais tout le monde s'en fout). Globalement, tout va bien.

Oui mais voilà, mon entreprise reçoit des visiteurs, des conférenciers, des consultants, organise des colloques, des symposium, des conférences, prête ses locaux pour des assemblées générales, des séminaires, des sapins de Noël... Et tout ce petit monde souhaite maintenant accéder à internet de la manière la plus simple possible.

Pour les universitaires, pas de problème particulier, il y a Eduroam. Mais pour l'industriel lambda ou le participant étranger à un colloque, avec mon système, il faut lui créer un compte personnel.

Bien qu'étant responsable informatique (et donc "chef"), je n'aime pas mettre en place un système avec des MonEquipeVaCréerUnCompteAChaqueFois ou des OnAKAFaireFaireçaParLaKeuil. Donc, après avoir discuté avec plusieurs responsables informatiques dans d'autres écoles, j'ai bien vu et compris qu'il y a deux grandes catégories de systèmes:
1) Une délégation technique permettant à plusieurs personnes (en général des secrétariats) de créer un compte provisoire à la demande, avec génération d'un ticket contenant un identifiant et un mot de passe compliqué.
2) Un hotspot wifi open, autrement un accès libre à tous les vents.

La solution n°1 est mise en place dans toutes les écoles ou universités que j'ai contactées, ou dans les hôtels que je fréquente. La solution n°2 est celle retenue par les restaurants (McDonald's par exemple) ou les cafés de ma ville.

A priori, pour moi, la solution n°1 est la plus sérieuse, mais c'est celle où l'informatique est vécue comme pénible et les informaticiens comme des emmerdeurs personnes agaçantes. Dans un cas, quand vous allumez votre ultraportable, toutes vos mises à jour vont échouer tant que vous n'avez pas lancé le navigateur pour vous authentifier. Dans l'autre, vous surfez en toute liberté et c'est votre administrateur préféré, adoré, adulé, qui va en prison.

Diable, la prison, le déshonneur, l'infamie.

C'est que dans "responsable informatique" il y a le mot "responsable". Et dans une petite structure comme la mienne (bien que grande par la notoriété la qualité des étudiants formés) il ne s'agit pas de badiner avec ce type de concept. Inutile d'enseigner la responsabilité aux étudiants-futurs-ingénieurs s'il s'agit de se cacher derrière le chef du chef de son chef, fut-il ministre.

Mon côté "responsable" penche donc pour la première solution.
Mon côté "pratique" penche pour la seconde solution.

Première phase: je-vais-me-débrouiller-tout-seul
Me voici donc sur internet à la recherche de réponses juridiques. La meilleure technique est de nos jours plutôt basée sur l'utilisation du web et du moteur phare du moment Google (que je remercie au passage pour l'hébergement du présent blog), ce qui m'amène assez vite aux textes de loi concernés, et surtout à des commentaires explicatifs. En particulier celui-ci: "Conservation des données de trafic: hot-spots wi-fi, cybercafés, employeurs, quelles obligations?"

Cet article m'a estomaqué stupéfait ébahi éberlué ébaubi:
Le propriétaire d’un cybercafé est-il tenu de conserver les données de trafic de ses clients?
OUI. Les cybercafés, les restaurants, les hôtels, les aéroports ou tout autre endroit qui propose un accès au réseau internet au public, à titre payant ou gratuit, sont concernés par ces dispositions. Ils doivent conserver les données techniques pendant un an à compter de leur enregistrement.

Existe-t-il une obligation d’identifier l’utilisateur de l’ordinateur?
Non. Le cybercafé en question n’est pas obligé de relever et de conserver l’identité de ses clients pour fournir une connexion (ex : accès wifi ouvert). Il doit uniquement conserver les données techniques de connexion.
En revanche, s’il fait le choix de procéder à l’identification préalable des utilisateurs, en leur faisant remplir une fiche d’inscription par exemple, il a l’obligation de conserver ces données pendant un an.
Les «données techniques de connexion», qu’est-ce que c’est? L'article définit en son début les «données de trafic» dont je suppose, malgré l'habituelle précision des termes juridiques qu'il s'agit également des données techniques de connexion.
[Ce] sont les informations techniques générées par l’utilisation des réseaux de communications tels qu’internet. Il s’agit par exemple de l’adresse IP de l’ordinateur (n° identifiant chaque ordinateur connecté à internet) utilisé, de la date, de l’heure et de la durée de chaque connexion ou encore des informations permettant d’identifier le destinataire d’une communication (par exemple le numéro de téléphone appelé).
Deuxième phase: j'affronte un automate téléphonique
Sur le site de la CNIL figure un numéro de téléphone pour celui qui souhaite poser une question juridique. Aussitôt, j'appelle le numéro. Trop tôt: il faut appeler après 10h mais avant 12h, ou après 14h mais avant 16h. J'appelle alors à 10h02. Après l'automate et grâce à *11 ("tapez 1 si vous êtes un professionnel", puis "tapez 1 si vous avez une question juridique"), j'obtiens une personne vivante à qui j'explique brièvement mon problème et qui me répond: "je vous passe une personne compétente" puis me bascule sur une boite vocale... Je rappelle, me farcit l'automate téléphonique et son *11 (connaissent pas les cookies dans la téléphonie). Une voie électronique (mais humaine) m'annonce une attente de 5 minutes. J'attends, et au bout de 5mn, la musique/conseils/informations s'arrête et j'ai un magnifique silence au bout du fil. Trou noir... Je laisse passer 2mn puis raccroche. Je rappelle. Il est 10h22, le standard de la CNIL ne répond plus, il sonne occupé... Je tente le coup 5 fois dans la matinée: occupé.

Troisième phase: je demande de l'aide
Internet est un monde magique: je lance une bouteille sur twitter: "Question pour la CNIL: accès wifi, l'identité d'une personne fait-elle partie des données techniques de connexion à conserver pour une école?". Plusieurs personnes me répondent: @Skhaen @MathieuAnard @el_suisse @PierreCol @v_yaya @dascritch @Duncane_Idaho @FredLB @mariedePVV @Maitre_Eolas @frinnock @jkbockstael @ookook @MattGNU @okhin @Paul_Da_Silva @bortzmeyer @e_sanjuro @ph_lhiaubet @xavieragnes @akbarworld @whizzkidfr @fersingb @MasterLudo @_jbd entrent dans la danse de ma Time Line. J'espère ne vexer personne si j'écris que la meilleure réponse juridique vient de @Maitre_Eolas: "Les données techniques doivent être fixées par un décret attendu depuis + de 6 ans. À défaut, je dis : aucune obligation." Suivi d'un inquiétant: "Les avocats. Pour avancer dans un monde de droit." Faudra que j'en parle à Mme Zythom...

Quatrième phase: j'appelle les autorités
Je retente l'appel téléphonique vers la CNIL et là, miracle: automate, *11, attente 2mn, voix humaine non électronique qui me passe une autre voix humaine compétente. Quelques minutes de discussion et le verdict tombe, confirmant les propos de Maître Eolas: les décrets d'application définissant précisément les données techniques de connexion ne sont pas encore sortis, d'où l'article sibyllin du site de la CNIL.

Et comme l'article en question mentionne la HADOPI:
Qui peut demander la communication de ces données de trafic?
Uniquement des personnes habilitées par la loi à les obtenir, notamment les autorités judiciaires dans le cadre d’une procédure pénale, ou la HADOPI.
J'appelle la Haute Autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur internet à ce numéro, pour savoir si mes droits de responsable informatique sont protégés sur internet.

Je dois dire que l'accès téléphonique à un être humain est beaucoup plus facile, sans doute une question de budget. J'ai eu très vite au téléphone une personne à qui j'ai pu expliquer mon problème. Voici sa réponse: "Peu importe la manière d'accéder à internet (ici un réseau wifi ouvert). En cas de téléchargement illégal, le titulaire de la ligne recevra les messages de la réponse graduée. Il doit sécuriser sa ligne".

A ma remarque indiquant que dans le cas d'un accès wifi ouvert la sécurisation de la ligne pour savoir si un téléchargement est légal ou pas nécessite de mettre en place une écoute active des données en transit, ce qui me semble illégal, sa réponse fut tout aussi simple: "je vous donne une réponse juridique claire: le titulaire de la ligne doit sécuriser son utilisation. Si un téléchargement illégal est effectué depuis sa ligne, il recevra les messages de la riposte graduée".

Lorsque je lui fais remarquer que la CNIL indique sur son site qu'un cybercafé n'a pas l'obligation légale de demander à ses clients leurs identités, sa réponse est identique.

Idem quand je lui parle des hotspots municipaux parisiens, des accès publics des bibliothèques œuvrant pour l'accès à la culture pour tous.

Je lui indique qu'il me semble que c'est l'arrêt de mort des accès wifi gratuits et ouverts, elle m'indique que dans la procédure de riposte graduée, j'aurais la possibilité de présenter mes arguments devant un tribunal et de dire que j'ai appelé la HADOPI pour obtenir ses informations. Quand je lui ai demandé son nom pour pouvoir établir la preuve de mon appel, elle a refusé (mais j'ai son prénom;).

Dernière phase: conclusion provisoire
Pour satisfaire mes obligations légales et pouvoir prouver ma bonne foi en cas d'attaque HADOPI, je réfléchis à ajouter l'adresse MAC de la machine dans les données techniques de connexion à conserver un an. Et cela même si je sais qu'il est très simple de modifier l'adresse MAC de sa machine ou d'en simuler une.

Il me faut également soupeser tout le mal que pourrait faire la publicité d'une poursuite HADOPI contre mon entreprise. En particulier l'impact sur la notoriété du diplôme durement acquis par les étudiants.

Je sens que c'est mal parti pour la mise en place d'un accès wifi ouvert et que le service informatique va devoir plancher sa communication interne pour expliquer la création de compte sur présentation d'une carte d'identité. Déjà qu'on a du mal à expliquer qu'on refuse de communiquer par email les mots de passe oubliés... VDM.

12 novembre 2010

Un père et son fils

Ce blog ne serait pas un vrai web log d'amateur si je ne pouvais pas y écrire des petits riens.

Je suis allé le week-end dernier au cinéma avec mon fils de huit ans. A sa demande, nous sommes allés voir "Arthur et les Minimoys 3". Sans vouloir trahir le suspense (je suppose que j'ai assez peu de lecteurs de moins de 10 ans), il y a dans le film une scène où l'un des personnages (Darkos, le fils du méchant Maltazard) se retrouve costumé façon Dark Vador et a cette réplique inédite: "Je ne suis pas ton fils".

Mon fils a littéralement explosé de rire, sans doute parce que depuis des années je mime à table de temps en temps la scène culte de Star Wars (je suis comédien à mes heures). Je dois dire qu'il était le seul enfant à réagir autant, ce qui a amusé les adultes de la salle. Moi aussi, malgré mes boules Quies (130 enfants dans une salle de cinéma, je vous laisse imaginer l'ambiance).

Cela m'a fait penser à cette image sur laquelle j'étais tombé lors de mes pérégrinations internets et qui m'avait fait beaucoup rire.

Nous avons le même humour, mon fils et moi.
Voilà, voilà. Billet du vendredi :s
(pour faire retomber la tension du billet précédent)

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Cliquez sur l'image pour l'agrandir.
Source image callvin.com
Attention, Not Safe For Practicing Catholic.

04 novembre 2010

L'affairisme de certains experts

Il m'arrive parfois de participer à des réunions organisées par des compagnies d'experts judiciaires, quand le sujet du colloque m'intéresse particulièrement.

Provincial et peu enclin par nature aux mondanités, je suis souvent un peu seul dans un coin de la pièce, à regarder mes confrères se parler. J'écoute et j'observe.

Un homme d'une cinquantaine d'année s'approche de moi et me salue d'un cordial:
"Bonjour, je m'appelle Alan Bradley[1], je suis DSI de [très grosse entreprise très connue]. Je viens juste d'être inscrit sur la liste des experts judiciaires."

Bien entendu, j'ai répondu d'un tout aussi cordial:
"Euh, bonjour. Je m'appelle Zythom, et je suis un petit expert judiciaire de province."

Puis il m'a demandé dans quelle belle région je vivais, quel métier j'exerçais et quel genre d'expertises je menais à bien. Enfin, il m'a posé la question qui tue:
"Bon, j'espère qu'ils ne vont pas me confier des affaires trop techniques. Moi, les disques durs, ça fait bien longtemps que je n'en ai pas vu. Hahaha. Mais rassurez moi, votre chiffre d'affaire, il dépasse au moins les 50K€, parce que sinon, c'est pas la peine. Hahaha"

Devant ma mine déconfite, il a du se douter que nous ne partagions pas la même vision du monde. Je lui explique que je pratique peu les expertises privées par manque de temps et que la Justice, du fait de son budget inique, rembourse les frais et paye les honoraires avec parfois deux années de retard.

Comprenant que notre rencontre n'offrait aucun intérêt, il s'est approché d'une autre proie qui regardait avec envie le buffet devenu inaccessible[2].

Je me suis néanmoins débrouillé pour être assis à la même table que lui. Tout le repas a été pour moi une pièce de théâtre dont je me suis délecté. La table était suspendue aux lèvres du personnage qui vantait les mérites de sa société et la solidité de son infrastructure informatique (dont bien évidemment il était à l'origine). Les cartes de visite s'échangeaient avec soin et des rendez-vous étaient pris pour poursuivre des débuts de conversation. L'homme se sentait comme dans un club. Lorsque sa carte de visite m'est passée entre les mains (pour mon voisin), j'ai jeté un œil dessus. Parmi les différentes mentions figurait celle "d'expert judiciaire". A peine inscrit sur la liste...

J'ai bien observé toutes les personnes présentes. Nous étions tous en costume cravate. Tout le monde se connaissait ou cherchait à se faire connaitre, à s'introduire dans les petits cercles. Comme souvent dans ce genre de situation, je me sentais mal à l'aise. Je cherchais quelqu'un avec qui parler des derniers outils techniques, des derniers problèmes que je rencontrais. Je cherchais quelqu'un avec qui parler de ma solitude devant certaines images et de ma douleur devant certains films. Je cherchais quelqu'un avec qui échanger sur les bonnes pratiques.

Ce jour là[3], je n'ai trouvé personne. Je n'ai vu que des experts affairés, fiers de côtoyer des magistrats connus, de se réunir dans des salles historiques...

Alors je suis rentré chez moi sur la pointe des pieds (en train) et j'ai ouvert ce blog. Finalement, même s'il se peut que dans quelques semaines ma Cour d'Appel m'annonce une mauvaise nouvelle, ce blog est encore ce que j'aurai fait de mieux en la matière.

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[1] Alan-One pour les intimes.

[2] Le coin d'une pièce le plus tranquille est en général celui opposé au buffet. Le monde est mal fait.

[3] Je vous rassure, j'ai depuis rencontré des experts judiciaires fantastiques, plus tournés vers leur sens du service et leurs besoins de progression... technique.

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Crédit images darkroastedblend.com