24 décembre 2011

Astreintes de Noel

A quelques minutes de fêter Noël avec les gens que j'aime, j'ai une pensée pour tous les hommes et femmes qui sont ce soir d'astreinte au travail, en particulier les magistrats, policiers, gendarmes, pompiers, agents EDF et tous ceux qui travaillent dans les hôpitaux.

Et tous ceux qui sur les routes vont tenter de recoller les morceaux de vies brisées.

Je n'oublie pas non plus les informaticiens qui veillent sur le bon fonctionnement de leurs systèmes, ni les avocats qui répondent présents auprès de ceux qui ont besoin d'eux. J'ai aussi une pensée pour tous ceux qui ne peuvent pas être près de leurs amis ou leur famille pour une raison ou pour une autre.

Depuis ma maison douillette, avec mon nœud papillon un peu ridicule qui fait sourire tous ceux que j'aime, je vous adresse à tous mes meilleurs vœux de Noël.

21 décembre 2011

Le don du sang

J'ai toujours eu peur des piqures et pourtant, je suis un adepte du principe du don du sang. Il me faut donc lutter en permanence contre ma phobie et faire un effort surhumain pour aller donner mon sang.

Les étudiants de l'école d'ingénieurs où je travaille organisent régulièrement la venue d'une équipe de collecte de sang. A chaque fois, je sens une peur panique monter en moi à l'idée même de devoir me faire piquer le bras.

Cela remonte à l'époque de mon service militaire.

Nous étions tous en file indienne, les 180 appelés du régiment, pour passer la visite médicale. Pourquoi celle-ci n'était-elle pas organisée en petit groupe avec horaire de convocation, je ne le saurai jamais. Une longue file d'attente était donc en place, depuis la porte de l'infirmerie, jusque dans la cour, en passant par toute une série de couloirs dans lesquels nous attendions silencieux. L'entrée dans l'infirmerie se faisait par une porte, la sortie par une autre un peu plus loin, dans le même couloir.

J'étais dans le début de la file.

A chaque sortie d'un appelé, celui-ci remontait tout le couloir pour sortir dans la cour. Nous lui demandions ce qui se passait à l'intérieur, et surtout si ça faisait mal. Les réponses étaient variables, un peu floues, et l'inquiétude régnait dans la file.

Mon tour est vite arrivé. J'entre dans la pièce. Je salue l'infirmière d'un "bonjour madame". Elle me répond sèchement: "On dit bonjour Capitaine, et je suis médecin". Oups. Elle me demande de me dévêtir pour l'examen. "Heu, dévêtir comment?". "Vous vous mettez torse nu et en sous vêtement." "Oui Capitaine. Ai-je l'autorisation de garder mes chaussettes?". Son regard noir m'a servi d'autorisation.

[Je vous passe l'épisode toujours embarrassant de la palpation des testicules, pour en arriver directement à la prise de sang.]

"Allongez-vous ici, et tendez votre bras en serrant le poing".

J’obtempère en prenant la précaution de regarder attentivement un détail sur le mur opposé à mon bras. C'est d'ailleurs intéressant de constater que je n'ai absolument aucun souvenir de ce que mes yeux pouvaient bien observer, mais que je sens encore aujourd'hui l'aiguille entrer dans mon bras. Je me souviens très bien également des mots utilisés par ma Capitaine-médecin en retirant l'aiguille: "Merde, merde, merde" tout en courant à l'autre bout de la pièce chercher un énorme paquet de coton.

A ma question posée d'une voix blanche: "Heuu, qu'est-ce qu'il se passe?", elle a répondu succinctement: "Rien, j'ai juste claqué la veine".

A ce stade du récit, je dois préciser que mes notions d'anatomie remontent au découpage d'une grenouille et au dépeçage d'une moule au lycée, et que pour moi, une veine est une sorte de tuyau dans lequel coule du sang. Une "veine claquée" est donc pour moi l'équivalent d'un tuyau d'arrosage sous pression qui vient d'éclater.

En fixant le mur de plus en plus intensément, l'image qui s'impose à mon cerveau concernant mon bras gauche est donc un petit geyser de sang qui doit éclabousser toute une partie de l'infirmerie.

Je palis légèrement.

Le médecin revient immédiatement avec un ÉNORME paquet de coton qu'elle place entièrement sur mon bras blessé, en me demandant de bien vouloir le maintenir en place avec ma main valide, tout en exerçant une pression pour arrêter le sang.

Je palis un peu plus.

Elle s'empare d'une bande et entreprend d'effectuer le plus gros bandage que j'ai jamais pu voir sur un bras en emprisonnant l'intégralité du paquet de coton. Elle me montre le flacon de sang ponctionné et étiqueté. Elle me prie de bien vouloir sortir pour laisser la place au suivant.

Je me lève et me dirige avec précaution vers la sortie.

A ce moment là, une méchante idée a germé dans mon cerveau mauvais. Et si je faisais une blague à mes compagnons d'infortune?

J'ai donc mis ma veste de survêtement sur l'épaule, ouvert la bouche et essayé d'avoir la tête la plus livide possible (ce qui était relativement facile).

Je suis sorti dans le couloir.
Un grand silence s'est aussitôt fait.
J'ai remonté doucement la file d'attente.
A chaque question "qu'est-ce qui s'est passé?", je répondais "ha la vache, y m'ont pas raté!", en tenant mon bras bandé comme s'il était cassé.

Je ne sais pas si c'était les vapeurs d'éther dans le couloir ou le temps d'attente débout excessivement long, mais je sais que plusieurs appelés sont tombés dans les pommes après mon passage.

Le lendemain, je soulevais doucement l’emplâtre de coton, et miracle de la cicatrisation, seul restait de l'explosion veineuse un petit bleu.

De cette expérience, j'ai attiré beaucoup d'estime et de respect de mes camarades.
Et une peur bleue des piqures.

C'est pour cela que je dois me forcer pour aller donner mon sang.
Parce que je risque de tomber dans les pommes devant les étudiants.
Mais surtout parce que c'est nécessaire.
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PS: Lorsque j'ai pu jeter un coup d’œil à mon dossier militaire, j'ai pu y lire "flacon de prise de sang égaré". Tout ça pour ça...

15 décembre 2011

Revons un peu

Bienvenue en France!

Félicitations! Il faut du courage pour s’installer dans un nouveau pays et nous sommes heureux que vous ayez choisi la France. Vous avez entrepris un nouveau départ qui vous offre des possibilités stimulantes. Votre première année en France sera chargée d’émotions et remplie de changements. Vos chances de réussite seront plus grandes si vous prenez le temps de vous renseigner sur ce qui vous attend et sur ce qu’on attend de vous.

Le présent guide vous offre un aperçu de la vie en France. Vous y trouverez la description de vos droits et responsabilités en tant que résident permanent français ou en tant que citoyen français.

La société et les valeurs françaises peuvent différer de celles auxquelles vous êtes habitué; certaines pratiques culturelles françaises pourront vous sembler étranges en regard des normes établies dans votre culture d’origine. En même temps, certaines pratiques culturelles de votre pays peuvent être jugées inacceptables en France.

Le fait de pouvoir parler le français à votre arrivée en France facilitera votre adaptation. Chaque jour est une occasion d’apprentissage! Trouver un emploi. Participer à la vie de votre quartier. Les françaises et les français estiment qu’ils doivent prendre leurs responsabilités pour obtenir le type de collectivité dans laquelle ils désirent vivre. Tandis que vous vous habituez à la vie en France, n’hésitez pas à poser des questions. Peu importe la ville où vous vivrez, vous trouverez des gens qui vous aideront à vous adapter à votre nouvelle vie et à vous intégrer à la société française.

Dans les semaines, les mois et les années à venir, vous aurez bien des occasions de participer pleinement à la vie française. Profitez-en. Vous et votre famille pourrez grandir ensemble à côtoyer d’autres françaises et français et à contribuer à une vie meilleure pour tous. Vous êtes chez vous.

Le guide "Bienvenue en France" vous indiquera également avec qui communiquer si vous avez besoin d’aide ou si vous désirez plus d’information. Vous avez probablement déjà reçu beaucoup de renseignements généraux sur votre nouveau pays. Les pages qui suivent vous aideront à obtenir des renseignements plus précis sur certaines choses comme les cours de langue et le logement, ainsi qu’à trouver un emploi et une école pour vos enfants en France. Nous ne pouvons vous fournir tous les renseignements dont vous avez besoin, mais nous pouvons vous indiquer les noms des ministères, des organismes et des organisations qui pourront soit vous offrir de l’aide directement, soit vous diriger vers une autre source d’information.

Les organismes d’aide aux immigrants peuvent vous aider à vous tailler une place dans la société française, et bon nombre de leurs services sont gratuits. Communiquez avec eux pour connaître les services qu’ils fournissent. Vous trouverez la liste de ces organismes à la page consacrée aux services pour les nouveaux arrivants du site web "vos droits - service public".

Nous espérons que le présent guide vous aidera à vous adapter à votre nouvelle vie, une vie que nous vous souhaitons remplie de bonheur et de succès.

Bienvenue en France!

Mode de vie des français

La France est un pays immense. Afin de comprendre ce qu’être français représente, il est important de savoir certaines choses au sujet de nos trois peuples fondateurs, soit les Gaulois (peuple celtique), les Romains (peuple italique) et les Francs (peuple germanique). La société française actuelle est en grande partie la fusion des héritages gallo-romains, des apports germaniques et du christianisme .

La vie au quotidien se déroule la plupart du temps en français. Des gens de divers horizons et de diverses religions, ethnicités et cultures se sont établis en France. Toutefois, les français partagent des valeurs centrales qui orientent et façonnent la vie de tous les jours. Nous sommes fiers de notre identité, de notre histoire et de nos réalisations.

La France dispose d'institutions juridiques et démocratiques qui remontent au Moyen Âge. Ces traditions sont encore vivantes aujourd’hui au sein du Parlement et des assemblées législatives des différents territoires. Nos lois et nos gouvernements sont là pour assurer le traitement équitable des personnes et l’égalité des chances pour tous. Nos lois protègent aussi les minorités. Ensemble, nous nous efforçons de maintenir une société sécuritaire, pacifique et prospère.

La résidence en France et la citoyenneté française entraînent des droits et des responsabilités

Les droits et les responsabilités des citoyens français nous viennent de notre histoire. Nos lois, nos traditions, nos identités et nos valeurs communes sont à l’image de ces droits et responsabilités.

Le fait de vivre en France signifie que vous partagez plusieurs des mêmes droits et responsabilités que les citoyens français. Si vous devenez citoyen français, vous jouirez de tous ces droits et devrez assumer l’ensemble de ces responsabilités.

Grâce aux sacrifices et aux efforts de gens dans le passé, vous avez aujourd’hui, en tant que résident en France, les droits suivants :
- Exprimer librement vos opinions, y compris par la liberté de presse;
- Vivre où vous désirez au pays;
- Pratiquer la religion que vous voulez ou n’en pratiquer aucune;
- Vous associer à toute personne de votre choix et vous rassembler pacifiquement;
- Être protégé contre une arrestation ou une détention illégale ou injustifiée de la part de l’État (gouvernement);
- Bénéficier des services du gouvernement français.

En tant que résident en France, vous avez notamment les responsabilités suivantes :
- Respecter la loi;
- Apprendre le français;
- Travailler pour subvenir à vos besoins et à ceux de votre famille;
- Venir en aide à autrui;
- Protéger notre patrimoine et notre environnement naturel.

Les citoyens français ont aussi le droit de :
- Voter aux élections municipales, cantonales et nationales;
- Faire une demande de passeport français, et entrer au pays et en sortir librement;
- Se présenter à une élection.

En tant que citoyen français, vous avez la responsabilité de :
- Faire partie d’un jury lorsque vous y êtes appelé;
- Témoigner au tribunal, si requis;
- Exercer votre droit de vote de manière libre et démocratique.

Les françaises et français, ainsi que leurs enfants et leurs familles, s’attendent à se faire traiter avec équité, tolérance et respect. En retour, nous nous efforçons de traiter les autres de la même manière. Nous croyons en l’égalité entre hommes et femmes et ne tolérons pas la discrimination fondée sur la race, l’âge, l’orientation sexuelle ou une déficience physique ou mentale. La dignité des personnes est bien établie dans nos lois et traditions.

Il est interdit aux parents de forcer leurs enfants à se marier contre leur gré. La polygamie est illégale selon le Code Pénal, et ainsi, les mariages multiples ne sont pas reconnus par la législation française d’immigration. Ceux et celles condamnés pour avoir pratiqué la polygamie sont sujets à voir leur résidence permanente révoquée.

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Ce texte est une légère modification du début d'un texte canadien qui commence ici. J'en ai pris connaissance par un tweet de @GrandNicolas retweeté par Maître Eolas.

J'aimerais réellement que notre gouvernement, d'aujourd'hui ou de demain, s'en inspire. Il est inutile de réinventer la roue.

Il y a beaucoup de pays qui sont en avance sur nous.
Le Canada en fait partie.

07 décembre 2011

La loi des séries

J'ai reçu ce matin le courrier que j'attends depuis une semaine. Je vais enfin savoir où se cache cette personne disparue.

Quelques semaines plus tôt, j'ai reçu un courrier d'un juge d'instruction qui me désigne avec pour mission de collecter le plus d'informations possibles sur une personne disparue. Sa famille la recherche depuis plusieurs jours et les faits sont suffisamment troublants pour que la justice soit saisie.

Mes missions sont simples: je dois contacter la gendarmerie pour qu'elle m'amène un ordinateur qui a été mis sous scellé. Je dois examiner son contenu à la recherche de tout indice permettant de savoir ce que la personne disparue a pu devenir.

Derrière un énoncé simple des missions se cache en fait un problème terrible: pas de recherche possible par mot clef, pas de piste particulière qui pourrait guider l'exploration numérique, rien a priori.

Je contacte donc la gendarmerie, prends rendez-vous avec l'Officier de Police Judiciaire en charge de cette affaire, et le jour J, il m'amène l'ordinateur sous scellé. Nous discutons du dossier, je lui pose des questions sur le contexte de la disparition, je signe le reçu de remise du scellé (comme dans "NCIS").

Me voici dans mon bureau laboratoire devant le scellé. Je le prends en photo (comme dans "Les Experts"), je l'ouvre avec précaution, je prends des notes dans mon cahier d'expertise. Je démonte le disque dur, j'en prends une empreinte numérique complète, avec mon bloqueur d'écriture pour ne pas modifier le disque original. Je démarre une machine virtuelle basée sur la copie numérique et commence l'exploration.

Comment aborder ce type de mission? Comme dans "Dr House", je dispose dans mon vaste bureau un grand tableau blanc Velleda sur lequel j'écris les différentes hypothèses et les conséquences possibles. Quelle trace peut laisser une personne qui disparaît? Est-ce une disparition volontaire? Je commence par extraire tous les fichiers du disque dur, effacés ou non, complets ou pas. Je fais ensuite la liste exhaustive des fichiers pouvant contenir du texte: documents doc, docx, wpf, odf, xls, xlsx, txt, cvs, pdf, pub, ppt, html, pst, dbx, etc. Me voici à la tête de plusieurs milliers de documents à lire.

Comme dans "FBI portés disparus", je trace une ligne de temps et je classe les différents évènements que j'arrive à retirer de la lecture des documents. Une histoire familiale commence à prendre forme, avec ses joies et ses peines. Dans cette affaire, les courriers électroniques sont les plus instructifs: des coups de gueule, des réconciliations, des mots doux... A un certain moment, les traces d'emails que je retrouve par bribe dans le cache du navigateur correspondent à l'utilisation quasi exclusive d'un webmail au détriment du logiciel local de messagerie. Me voici dans une impasse.

L'analyse complète du disque dur durera plusieurs jours nuits, et ne donnera rien de pertinent. Rien n'est plus difficile et long que les recherches qui n'aboutissent pas.

La piste du webmail me semble potentiellement prometteuse. Tel un enquêteur de "New York, unité spéciale", je contacte le juge d'instruction qui m'a désigné. Dans la vraie vie, il me faut batailler pour arriver jusqu'à lui et pouvoir discuter de mon problème: il me faudrait une commission rogatoire pour persuader l'hébergeur du webmail de m'ouvrir les portes du compte. Le magistrat soutient ma démarche et quelques jours plus tard, je reçois le sésame épistolaire.

Mais comment contacter l'hébergeur bien connu du webmail? Un bon expert judiciaire, même marginal et insociable, se doit d'être dans les bonnes listes de diffusion-qui-vont-bien sur lesquelles je lance un email à la mer. Quelques experts parisiens bien informés et partageurs me fournissent l'adresse postale de l'hébergeur et, Saint Graal de l'internaute lambda, le numéro de téléphone qui permet de tomber directement et rapidement sur quelqu'un de compétent, comme dans "RIS".

J'explique mon souhait, je faxe ma commission rogatoire, et en retour, par fax également, je reçois les login et mot de passe de l'utilisateur de la boite webmail. Je me connecte aussitôt, en notant sur mon cahier d'expertise les jour, heure, minute et adresse IP de ma connexion.

Un rapide constat s'impose: un grand nombre d'emails n'ont pas été lu depuis plusieurs semaines... sauf quelques uns, parmi les plus personnels. Je prends des copies d'écran, je lis tous les emails, cherche sans succès des traces de réponses.

Je recontacte le service juridique de l'hébergeur pour obtenir les adresses IP des connexions ayant permis la lecture des emails dont je fournis la liste. Toutes les informations demandées vont m'être adressées par courrier postal.

J'ai reçu ce matin le courrier que j'attends depuis une semaine. Je vais enfin savoir où se cache cette personne disparue qui n'a pas résisté à la tentation de consulter sa boite email.

Les adresses IP correspondent à celle de la gendarmerie en charge du dossier. Les enquêteurs avaient eu à disposition les login et mot de passe du webmail, fournis par la famille et avaient cherché des indices dans quelques emails qui semblaient prometteurs.

Je n'ai jamais su ce qu'était devenue cette personne disparue. Peut-être aurai-je un jour la réponse dans "Victimes du passé"...