27 septembre 2012

Pseudonymat

Je voudrais revenir sur un sujet que j'ai déjà traité plusieurs fois sur ce blog, mais qui me semble encore prêter à confusion: l'utilisation d'un pseudo pour tenir un blog.

Tout d'abord, je voudrais rappeler que je ne suis pas anonyme: j'ai un nom, celui-ci est connu de mon hébergeur, de la justice, de mes confrères de la compagnie d'experts judiciaires à laquelle j'appartiens, de ma famille, de mes amis et de beaucoup d'autres personnes.

Ma petite activité de blogueur est connue de toutes ces personnes, et je dois reconnaître que beaucoup s'en soucient très peu.

Alors pourquoi utiliser un pseudonyme pour écrire?

Quand j'ai commencé ce blog, en 2006, cela me paraissait naturel car, lorsque j'ai découvert internet en 1989, il était déjà normal à l'époque de choisir une identité numérique pour discuter sur les forums.

Quand j'ai commencé à écrire des billets "romancés" sur les dossiers judiciaires auxquels j'ai participé, je trouvais normal de le faire avec ce nom de plume.

Quand le blog a commencé à avoir un succès que je n'imaginais pas (en grande partie grâce à Maître Eolas et aux autres blogueurs qui ont eu la gentillesse de me mettre dans leurs listes de liens), plusieurs personnes ont commencé à se poser des questions sur l'identité réelle qui se "cache" derrière ce pseudonyme. Ça a donné l'affaire Zythom.

Tout d'abord, j'ai pleinement conscience que j'ai donné tellement d'indices sur ce blog personnel que toute personne qui veut bien s'en donner la peine, n'aura aucun mal à découvrir ma véritable identité. Sans compter que je suis bien placé pour savoir que pseudonyme ou identité réelle, sur internet, c'est pareil.

Je m'en fiche éperdument.
Je crois d'ailleurs que tout le monde s'en fiche également.

Ensuite, j'assume pleinement chacun des billets que j'ai écrits sur ce blog, même les plus ridicules, même les plus personnels, même les plus sombres, même les plus bêtes. Si quelqu'un n'aime pas les histoires que je raconte ou ma manière de les raconter, je comprends parfaitement cela. L'avantage énorme d'internet, c'est qu'il suffit d'un clic pour quitter ce blog et aller ailleurs y trouver des informations beaucoup plus intéressantes. Je vous encourage même à cliquer sur ma liste de liens (à droite en bas) pour aller sur le meilleur d'internet de mon point de vue.

Enfin, j'ai essayé dans chaque billet de ne pas utiliser mon faux nez pour critiquer gratuitement une personne, ou un groupe de personnes. J'ai donné parfois un avis, l'avis d'un petit expert judiciaire de province, d'un petit responsable informatique ou d'un petit conseiller municipal. Et c'est tout ce que cela vaut.

Je regrette parfois que mon blog soit l'un des seuls blogs d'experts judiciaires, alors qu'il y a tant de blogs d'avocats, de magistrats ou de médecins. Cela me donne une exposition que je n'ai pas demandée, même si elle flatte mon égo.

Je rêve parfois d'une consigne qui serait donnée par les grands experts judiciaires de ce monde, ceux qui dirigent les compagnies, ou les compagnies de compagnies: "Messieurs les experts judiciaires, ouvrez des blogs, communiquez sur vos activités sans trahir de secrets, expliquez, échangez, faites part de votre expérience. PARTAGEZ, comme l'ont encouragé les barreaux d'avocats. Sous votre vrai nom si vous voulez que votre voisine vous admire ou sous pseudonyme si cela vous chante."

En tout cas, moi, je continue avec mon petit coin d'internet (© Sid) où je raconte les bêtises que je veux sans me soucier que mon identité réelle soit connue ou non.

Cela ne m'empêche pas d'accepter les invitations aux conférences, cela ne m'empêche pas d'accepter des expertises privées proposées par des avocats qui me contactent via ce blog, cela ne m'empêche pas de répondre aux questions des journalistes, et cela ne m'empêche pas de dormir.

En attendant, parce que cela me plait comme cela, je continue à bloguer sous pseudonyme.

Et j'encaisse très bien les coups.

14 septembre 2012

Comment publier un livre

Par amour des livres, et pour laisser par écrit mes histoires à mes amis et mes enfants, je me suis lancé dans l'aventure de l'autopublication. C'est une expérience simple qui peut être faite par tout le monde.

Tout d'abord, je voudrais préciser à l'internaute arrivant sur ce billet sans connaître le blog, que je ne suis pas un professionnel de la question. Je ne suis ni éditeur, ni auteur, ni habitué des métiers liés à l'édition. Je n'ai pas d'intérêt dans les sociétés dont je vais parler, je souhaite simplement partager un retour d'expérience. Je suis quasi débutant en la matière, et mes conseils ne reposent que sur une maigre expérience. N'hésitez pas à proposer en commentaire d'autres pistes que celles que j'ai suivies. La société dont je rêve est une société où le partage est légal et encouragé.


Première étape : la matière première.

Pour fabriquer un livre, il faut d'abord disposer d'écrits. Dans mon cas, la matière première de mes ouvrages est constituée par l'accumulation des billets que j'ai publiés sur ce blog. Toute personne tenant un blog, ayant écrit une thèse ou gardant dans ses tiroirs des cahiers noircis d'écritures, peut se lancer dans cette aventure. Pour ma part, ce travail d'écriture était déjà fait. Je pensais que le reste était tout simple, vous allez voir que ce n'est pas si évident que cela.


Étape 2 : récupération et préparation de la matière première.

Dans mon cas, il s'agit de récupérer les billets, ce que j'ai pu faire par un export de l'ensemble du blog vers un fichier XML, suivi du tripatouillage de ce fichier pour enlever les commentaires (qui appartiennent à leurs auteurs), retirer les photos (idem) et inverser l'ordre des billets pour les mettre par ordre chronologique.

Ce travail peut être réalisé de manière élégante avec un joli script dans le langage informatique de votre choix, ou par l'utilisation chaotique de plusieurs logiciels plus ou moins performants à grand coup de copier/coller. J'ai suivi cette 2e voie...

Le but de cette étape est de disposer à la fin d'un fichier contenant tous les billets classés par ordre chronologique et contenant tous les liens d'origine encore fonctionnels. Pour ma part, j'ai travaillé sous Microsoft Word que je connaissais pour l'avoir utilisé pour écrire ma thèse, en 1991, sous Mac SE.


Étape 3 : le choix de l'éditeur.

Avant d'aller trop loin dans la mise en page, je pense qu'il faut avoir une idée plus précise de ce que vous devez fournir comme fichier à l'éditeur. Il vous faut donc choisir celui-ci (sauf bien entendu si un éditeur vous a déjà contacté auquel cas vous pouvez arrêter ici la lecture de ce billet, et recevoir toutes mes félicitations).

Après une recherche sur internet, recherche effectuée en 2007 à l'époque de la première édition du tome 1, j'ai choisi d'utiliser le service en ligne lulu.com.
D'après ce que j'ai compris, le principe part du constat que les machines qui fabriquent les livres aujourd'hui, sont entièrement numériques, et qu'il n'est pas plus compliqué de fabriquer 10000 exemplaires d'un seul livre que 1 exemplaire de 10000 livres. Cela amortit le coût des machines de production en les faisant fonctionner sur ce marché de niche en plein développement à l'époque.

Le site dispose d'accords avec des propriétaires de telles machines sur tous les continents, et les délais d’acheminement de l'exemplaire commandé (fabriqué donc à la demande) ne sont plus aujourd'hui que de quelques jours. 

J'ai donc testé. Et comme j'en ai été satisfait, je suis resté fidèle.


Étape 4 : le choix du format de livre.

Ce choix est important, car vous allez ensuite beaucoup travailler sur la mise en page, et rien n'est plus énervant après plusieurs heures de vérifications et de mises en page, de constater qu'il faut recommencer à cause d'un changement de format de livre.

Le format visé dépend de l'éditeur. A cette étape là, vous allez constater qu'il existe un grand nombre de possibilités. Vous allez devoir choisir le type de couverture (souple ou rigide), le type de reliure (à spirale, dos carré collé...) et la taille du livre (Poche, Petit Carré, Roman, Digest, A5...).

Le site lulu.com propose des aides permettant de choisir le meilleur format.

Remarque : Il n'est pas indispensable, mais cela peut être utile à ce stade, de connaître le nombre total de pages visées. Cela va dépendre du choix de la taille des caractères, des photos ajoutées, du nombre de billets sélectionnés, etc.

Je vous conseille de prendre plusieurs livres dans votre bibliothèque, de les manipuler, de les mesurer et de choisir de cette manière le format qui vous plaît. Gardez un livre sous la main pour estimer la taille des caractères, la taille des marges et d'autres paramètres que nous verrons plus loin.

Pour ma part, j'ai choisi le format :
- couverture souple
- reliure dos carré collé
- taille Roman (6x9, 15.24cm x 22.86cm).

Une fois fixé sur le format du livre, vous pouvez commencer la mise en page de vos écrits. Sur lulu.com, vous pouvez télécharger un modèle Word qui correspond parfaitement au format visé.


Étape 5 : le choix de la police de caractère et des billets.

Une fois en possession d'un modèle Word approprié, vous allez pouvoir y copier tout le contenu du fichier obtenu à la fin de l'étape 2.

C'est le moment de choisir la police de caractère par défaut, et sa taille. Vous avez alors un premier aperçu de ce que sera votre ouvrage final.

J'ai choisi :
- Garamond 16 pour le titre du livre
- Garamond 14 pour les titres des billets et
- Garamond 11 pour le corps du texte.

A ce stade, mon document Word contient un nombre de pages beaucoup trop élevé: c'est le moment de sélectionner les textes qui resteront dans le livre, ou de faire plusieurs tomes. Il faut relire l'intégralité de vos écrits et prendre des décisions. Vous endossez le rôle de rédacteur en chef en définissant la ligne éditoriale de votre publication. Vous pouvez décider de ne publier que des billets d'un certain thème, par ordre chronologique ou par rubrique, etc.

J'ai fait le choix de garder le joyeux mélange de ce blog perso, en gardant l'ordre chronologique et ses quatre rubriques principales:
- anecdotes d'expertises judiciaires informatiques (Expert)
- responsable informatique et technique (Professionnel)
- conseiller municipal (Vie publique)
- anecdotes pour mes amis et ma famille (Privée).

J'essaye de rester à un nombre raisonnable de pages: le tome 1 fait 188 pages, le tome 2 fait 264 pages et le tome 3, 244 pages.


Etape 6 : la mise en page.

C'est pour moi une étape longue et difficile.
Je commence d'abord par les styles.

Tout le document Word est mis en style "normal". Puis tous les titres du document en style "Titre 1", "Titre 2", etc. selon le niveau de titre (titre du livre, titre d'un chapitre, titre d'un billet, etc.). Je modifie ensuite les styles pour les adapter à mon goût, et surtout pour faire en sorte que le paragraphe qui suit un style Titre X soit solidaire de celui-ci (pour éviter qu'un titre ne commence en bas d'une page par exemple).

Je modifie ensuite manuellement toutes les "notes de bas de billet" en note de bas de page. J'en profite pour ajouter de nouvelles notes de bas de page pour éclairer un point obscur, une allusion absconse ou traduire une citation latine.

Puis je m'occupe de tous les liens. Dans un livre papier, les URL ne sont pas cliquables, il faut donc les détailler en note de bas de page ou les supprimer. Comme je souhaite publier une version électronique de mes ouvrages, je ne supprime jamais un lien. Je modifie simplement le style "Lien hypertexte" de Word pour que les liens n'apparaissent pas en bleu souligné dans la version papier, mais uniquement dans les versions électroniques...

Les liens vers des billets du blog sont remplacés par des renvois vers les pages du tome concerné, si le billet est déjà publié dans un tome précédent ou dans le tome en construction.

Je rédige la page de titre, l'avant-propos, les avertissements, les remerciements et la quatrième de couverture.

Je place la numérotation des pages (paires à gauche, impaires à droite).
Je construis la table des matières.
Je place le copyright et le numéro ISBN fourni gratuitement par Lulu (obligatoires pour être accepté dans les circuits de distribution).

Puis je vérifie page par page la présentation, en ajoutant avec parcimonie des sauts de page.


Étape 7 : la correction des fautes.

Beaucoup de français sont très attachés à l'orthographe et à la grammaire. Les blogueurs sont souvent confrontés à cela et s'amusent des commentaires qui s'attachent à un détail de la forme plutôt qu'au fond. Quand vous avez passé beaucoup de temps à rédiger un billet, que vous y avez mis beaucoup de vous-même, il est parfois agaçant de lire comme premier commentaire une remarque sur une lettre qui manque. Les anglais ont un terme pour désigner cela: le Grammar Nazi.

Malgré tout, je trouve très désagréable de trouver des fautes dans un livre, surtout en abondance. Sans être un Grammar Nazi, j'apprécie qu'un lecteur me corrige une faute de frappe dans un billet, car cela contribue à l'amélioration du confort de tous. Je ne suis jamais vexé.

Je n'ai pas appris sur les bancs de l'école la réforme de l'orthographe de 1990. Pourtant, cette réforme est maintenant (un peu) enseignée en France, après avoir été adoptée depuis longtemps par tous les pays francophones. J'essaye donc de la mettre en pratique, mais j'avoue avoir du mal. Je préfère encore écrire "Maître" plutôt que "Maitre"... J'ai donc fait le choix d'un mélange entre les règles que j'ai apprises et celles que mes petits enfants apprendront peut-être. J'en parle en tout cas dans chaque introduction de mes tomes.

J'ai choisi de faire intervenir ma mère comme relectrice de mes ouvrages. C'est une ancienne institutrice de CP qui adorait son métier et qui m'encourage encore aujourd'hui à écrire correctement. J'ai commencé la primaire dans sa classe (pour la finir dans celle de mon père qui, lui, s'occupait du CM2)...

Quand j'ai appris à ma mère l'existence de la réforme de 1990, elle s'est empressée d'acheter un livre à ce sujet et, à 80 ans, s'est mise à niveau. Je voudrais lui rendre hommage et la remercier chaleureusement ici-même pour tout le travail qu'elle accomplit.

Je lui adresse par la Poste une version du "manuscrit" imprimée au format A4 recto/verso petite police, qu'elle corrige avec patience et intérêt. Elle me retourne ensuite la liasse pour que je corrige le fichier Word.

Merci Maman.


Étape 8 : le livre papier.

J'ajoute une page blanche au début du document Word (comme dans tous les livres) et le nombre de pages blanches à la fin pour obtenir un total de pages divisibles par 4 (probablement à cause d'une contrainte de fabrication). 

Je sauvegarde mon document Word au format pdf que j'uploade vers Lulu.com. Attention, pour le format pdf issu de Word 2010, ne pas oublier de cocher l'option "Compatible ISO 19005-1 (PDF/A)".

Il ne me reste plus qu'à choisir une couverture (parmi les modèles libres de droit sur lulu.com), la police et la taille des caractères ainsi que la mise en page de la couverture. J'ai choisi :
- Couverture avant : titre Nimbus Sans L Bold 48 / Sous titre Nimbus Sans L 24
- Dos du livre (tranche) : titre Nimbus Sans L 31
- Couverture arrière : texte Nimbus Sans L 12

Ne souhaitant pas augmenter le prix du livre papier plus que de raison, j'ai choisi "impression Noir et Blanc sur papier standard (couverture en pleines couleurs).

Ça y est, je peux commander mon premier exemplaire (c'est obligatoire sur le site lulu.com pour valider la mise en ligne).

Quelques jours après, je reçois celui-ci, et en vérifie chaque page. Si tout est ok, je peux mettre en ligne le livre et commander les exemplaires pour les amis et la famille.


Étape 9 : les livres électroniques.

J'ai fait le choix de distribuer gratuitement et sans DRM les versions électroniques de mes ouvrages.

Pour cela, je repars du document Word original, dans lequel je supprime toutes les pages blanches, devenues inutiles, et les sauts de page des premières pages pour "condenser" un peu. Je fais recalculer par Word la pagination de la table des matières, ainsi que celle des renvois inclus dans les notes de bas de page (merci la touche F9).

Je modifie ensuite le style "Lien hypertexte" pour que les liens apparaissent (voir étape 6) et je sauvegarde au format PDF. J'obtiens ainsi le premier ebook.

Pour les autres formats, je m'appuie sur l'extraordinaire site 2EPUB vers lequel j'uploade la version PDF pour qu'il me la transforme sans effort en ebook pour iPad, iPhone, iPod, Kindle, Sony Reader, BeBook, Nook, Kobo et autres liseuses...

Il ne me reste plus qu'à partager ces fichiers sur le blog en utilisant la méthode que je présente dans ce billet intitulé "Partage de fichiers sur Blogger".


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Voili, voilou. J'espère vous avoir donné envie de publier vos écrits au format papier ou dans un format électronique. En tout cas, vous êtes plusieurs milliers à avoir téléchargé la version électronique de mes publications, et cela, ça me fait très plaisir.

J'ai conscience qu'il s'agit pourtant d'un travail d'amateur. Il m'a fallu endosser tous les métiers du monde de l'édition: auteur, correcteur, maquettiste, rédacteur en chef, chef de fabrication, éditeur, diffuseur, hébergeur... sans pour autant en avoir les compétences.

Je rêve d'une bibliothèque virtuelle publique où tous les ebooks en langue française pourraient être centralisés et distribués gratuitement et sans DRM. Je rêve d'un ministère français de la culture et de la communication qui mettrait en place un tel projet...

Mais cela, c'est une autre histoire.

Je vous souhaite en attendant une bonne lecture :-)

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Source photo Megaportail.

07 septembre 2012

La petite fille

Le regard de cette petite fille me trouble.

Elle est habillée d'un vêtement très moulant, tellement moulant que les grandes lèvres de son petit sexe forment deux bosses très apparentes. Les anglo-saxons ont un terme d'argot pour désigner cela: le camel toe. La pose très suggestive de la petite fille ajoute à ma gêne.

Je passe à la photo suivante. Même petite fille, même tenue, autre pose tout aussi suggestive. Le décor ressemble à une scène de théâtre un peu poussiéreuse, comme surannée. Le sourire forcé de la petite fille et sa pose coincée ajoute à la tristesse de la scène.

Je passe à la photo suivante. Je cherche à donner un âge à la petite fille, basé sur le fait que j'ai moi-même trois enfants. Je dirai cinq ou six ans, mais je peux me tromper. Je suis expert judiciaire en informatique, pas expert médical. Ma mission concerne la recherche d'images pédopornographiques sur le disque dur que la gendarmerie m'a confié sous scellé. Cette série de photos n'entre pas dans cette catégorie.

Je passe à la photo suivante. Est-ce ma perception de père qui me fait deviner dans le regard de cette petite fille une profonde tristesse ? Sa tenue de danseuse sexy en justaucorps moulant et les poses dans lesquelles elle est photographiée me semblent relever plus de la page centrale d'un magasine porno que de celle d'un ouvrage artistique.

Je passe à la photo suivante. Le décor a changé, mais le sol de scène de théâtre est le même. Toujours dans un style un peu kitsch, la petite fille évolue maintenant en tutu très court, le buste nu. Elle est gracieuse malgré tout.

Je passe à la photo suivante, et la suivante, et la suivante...

Je me tasse dans mon fauteuil, mes épaules se voûtent. Je deviens trop sensible pour l'activité d'expert judiciaire. Je pense à mes enfants.

Je note les dates et heures des prises de vue relevées dans les métadonnées EXIF des fichiers images. J'ajoute une rubrique à mon rapport d'expertise pour cette centaine de photos, laissant le magistrat décider de la nature juridique de la possession de ces clichés.

Oui, le regard de cette petite fille me trouble vraiment. Il me rend profondément triste et désespéré du genre humain.

Je ferme mon rapport d'expertise et j'éteins l'ordinateur.

Je suis fatigué, et l'heure tardive n'a rien à voir avec ça.

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Source image Luke Chueh
J'ai choisi ce dessin pour illustrer ce billet car il m'a toujours rendu triste et mal à l'aise.

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05 septembre 2012

Noce de Chypre


J'ai publié mon premier billet ici le 5 septembre 2006. Cela fait donc six années aujourd'hui que je suis marié avec ce blog, pour le meilleur et pour le pire.

Bilan:
Un procès, trois courriers d'insultes, fâché avec la moitié des experts judiciaires de France, une agression...

Mais aussi 3963 commentaires, 592201 visites, 681 billets toujours en ligne, des rencontres IRL formidables (Authueil, Eolas, SSTIC...), des rencontres virtuelles également formidables (merci Twitter...), des emails d'encouragement, des lettres de félicitations d'enseignants qui reprennent certains billets dans leurs cours, des livres pour mes enfants et une (vraie) épouse qui me soutient toujours malgré les coups de blues.

A dans un an, pour les noces de laine ;-)

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Source image megaportail.com

03 septembre 2012

Promotion 2017

La rentrée scolaire, pour une école d'ingénieurs comme pour toutes les écoles dans le monde, est un moment important de l'année. Les étudiants ont hâte de se retrouver pour se raconter leurs vacances, les professeurs ont rechargé leurs batteries et les services supports ont (p)réparé les locaux et les systèmes pendant la période estivale.

Parmi les étudiants qui franchissent les portes de l'école d'ingénieurs où je travaille, j'ai une pensée spéciale pour les nouveaux, et en particulier les étudiants de première année.

Je travaille dans une grande école qui forme ses ingénieurs en 5 ans, c'est-à-dire que les nouveaux étaient pour la plupart au lycée en terminale l'année dernière. Ils ont 18 ans cette année et, si tout se passe bien pour eux, ils seront diplômés en 2017: c'est la promotion 2017.

Ils sont donc nés en 1994.
C'est l'année du génocide au Rwanda.
Bill Clinton est président des États-Unis depuis deux ans, Boris Eltsine président de la Fédération de Russie depuis trois ans.
François Mitterrand termine son deuxième septennat.
C'est la guerre en Croatie depuis trois ans et en Bosnie depuis deux ans.
C'est aussi l'année des premières élections multiraciales en Afrique du Sud débouchant sur l'élection de Nelson Mandela. Ils n'ont donc jamais connu l'apartheid en Afrique du Sud (abolie en 1991).

Ils sont nés la même année que Netscape Navigator. Pour eux, les termes AppleII, MacPlus et Amiga relèvent de la préhistoire. Ils n'ont jamais entendu parler de "station de travail", ne connaissent pas le mot microprocesseur. Pour eux, un portable, c'est un téléphone.

Ils ont pris le biberon à côté d'un Tatoo, d'un Tam-tam ou d'un Kobby mais ne s'en souviennent probablement pas.

Ils ne savent pas qu'ils sont nés en même temps que Windows NT 3.5 (NT signifiant "New Technology"), ni d'ailleurs que Windows 8 est en fait Windows NT 6.2...

Ils avaient 2 ans quand le manchot Tux est devenu la mascotte du projet Linux.

Ils avaient 4 ans lors des deux coups de tête victorieux de Zidane en 1998 et 12 ans lors de celui honteux de 2006.

Ils avaient 7 ans lors des attentats du 11 septembre 2001.

Depuis qu'ils ont 8 ans, ils achètent leurs bonbons et leurs mp3 en Euro. Pour eux, le Franc est la monnaie des Suisses, ou des Colonies Françaises du Pacifique, ou de la Communauté Financière Africaine, ou de l'Union des Comores. Quand ils demandent 10 balles, ils attendent 10 euros.

Purs produits de la génération Y, ils ont pleuré la mort de Steve Jobs, mais avaient 14 ans quand Bill Gates a pris sa retraite (autant dire il y a une éternité). Pour eux, Linux, c'est surtout Android, ou éventuellement, Ubuntu.
Ils ont survécu à la canicule de 2003 (9 ans) et à la grippe A/H1N1 (15 ans).

Ils ne sont abonnés à aucune revue, et pourtant, ils n'ont jamais autant lu.
Ils n'ont jamais autant écrit, même si c'est surtout avec les pouces.

L'actualité leur arrive via Orange, ou "Google Actualités", ou "Bing News".

Le langage SMS n'a pas de secret pour eux, mais ils considèrent que c'est pour les "ados". Les blogs, c'est un truc de gamin, ou un truc de vieux.

Ils sont nés la même année que ma fille aînée (qui entre en médecine).
Ils sont notre avenir.
Bonne chance à eux !

Bonjour les vieux !

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Source photo knowyourmeme.com