19 février 2013

Désir de vieux quadra

J'ai écrit sur ce blog deux billets consacrés à une période de ma vie où j'espérais beaucoup faire progresser la science dans le domaine de l'intelligence artificielle. Le premier, intitulé "Intelligence artificielle", et le second, intitulé "Minimisation", portaient en eux une certaine nostalgie de cette époque.

Aujourd'hui, je partage mon existence entre ma famille, mon travail comme responsable informatique et technique dans une école privée d'ingénieurs, mon activité de conseiller municipal dans une ville de 5000 habitants (c'est d'ailleurs bientôt les élections !), mon activité d'expert judiciaire en informatique, et des loisirs comme l'aviron, la lecture de SF, le suivi de l'exploration spatiale, la tenue de ce blog ou la lecture de mon fil Twitter.

J'aime beaucoup cette existence et je me considère comme un homme heureux, très heureux même. Bien sûr, j'ai quelques petits coups de blues comme tout le monde, et il m'arrive de me demander ce que je serais devenu si j'avais fait tel ou tel choix différemment.

Parmi les milliers de choix que j'ai pu faire dans mon existence (je ne crois pas au destin), l'un m'a particulièrement marqué: j'ai quitté un poste de Maître de conférences à Paris où je menais des recherches passionnantes. J'ai fait ce choix pour des raisons parfaitement justifiées, et si c'était à refaire aujourd'hui, je ferai le même choix sans hésiter. L'Amour emporte tout sur son passage... et je ne me voyais pas fonder une famille en région parisienne.

Cela ne m'empêche pas, à quelques mois de mes 50 ans, tout en profitant pleinement de la vie et du temps d'apprentissage que j'espère encore long devant moi, de regarder un peu derrière moi et faire un petit bilan.

Et tout à coup, je me suis dit: et si je reprenais mes recherches sur les réseaux de neurones, en douce, en solo, sur mon temps libre, par petits bouts... Est-ce une tâche possible et surmontable? Saurai-je trouver l'énergie et le temps nécessaires? Je ne sais pas. Mais qui peut répondre à l'avance à ce genre de question?

Il me faut reprendre le fil de mes travaux, arrêtés en 1993. Pour cela, je peux relire mes articles de l'époque, retravailler ma thèse de doctorat pour me rafraîchir la mémoire. Il me faut re-développer de zéro tous les outils logiciels qui me servaient à l'époque pour faire mes simulations. Ce serait l'occasion pour moi d'apprendre un nouveau langage de programmation (Prolog, OCCAM et C ont le charme désuet des langages d'antan) et d'exploiter les possibilités des mémoires et calculs des machines d'aujourd'hui. Il me faut ré-apprendre tous les outils mathématiques dont je vais avoir besoin et que le temps a effacé de ma mémoire: dérivées partielles, distances, représentation d'états, fonctions de Lyapunov... Aurai-je la patience de tout ré-apprendre? Il me faut ré-accepter de me prendre les pieds dans le tapis, d'explorer des voies sans issues, de passer pour un imbécile aux yeux de ceux qui les ont déjà explorées, de faire des bourdes de débutant, de redevenir un débutant...

Je pourrais tenir une chronique de cette activité sur ce blog, qui mélange déjà toutes mes autres activités. Cela m'obligerait à avoir les idées suffisamment claires pour pouvoir les exposer pédagogiquement, même si mon billet sur la minimisation n'a pas brillé sur ce point. Cela m'obligera aussi à afficher plus d'humilité. Cela donnera de l'eau au moulin de mes (dé)tracteurs.

Je me demande toutefois si je ne suis pas en train de courir après une chimère.
Je me demande si ce n'est pas un désir vain de vieux quadra...

On verra bien.
Je tente le coup.

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Image: Charlie Chaplin et Albert Einstein, lors d'une projection privée du film "Les Lumières de la Ville" (1931).

14 février 2013

Léo 7 ans

Léo a sept ans. C'est un petit garçon volontaire. Il me dévisage sans peur, mais avec une lueur d'incompréhension dans le regard.

Il est 6h30 du matin.
J'accompagne un huissier de justice, avec un serrurier et deux policiers. Cinq hommes étrangers viennent d'entrer dans l'univers familier de Léo. Et de le réveiller.

Léo vit avec sa maman et son petit frère. Son papa est parti peu après la naissance du dernier. Sa mère a, paraît-il, commis un délit qui nous amène à cette perquisition matinale. Mais Léo n'en sait rien. Il s'interroge sur le bruit de la sonnette à 6h du matin. Il a entendu sa maman ouvrir la porte, puis des grosses voix dans l'entrée de la maison. Inquiet, il s'est levé et a appelé sa mère. Elle a tardé à venir le rassurer. Il est donc sorti courageusement de sa chambre.

Il est là devant moi, dans le couloir.

Je mets un genou à terre pour que mon regard soit au même niveau que le sien. Je suis un peu paniqué car mon domaine d'intervention à moi, ce sont les ordinateurs. Mon rôle dans cette perquisition consiste à suivre l'ordonnance du magistrat qui recherche des données précises "sur tout support informatique présent dans la maison".

Je n'avais pas prévu de me retrouver face à un petit garçon affrontant un danger inconnu de lui.

Mon cerveau tourne à plein régime. Il ne me connaît pas, donc je ne peux pas me montrer familier en lui prenant la main. Je me demande ce que j'aurais aimé que quelqu'un dise à mes enfants en pareille situation.

Je lui fais un grand sourire. Je force mon visage à se détendre: "Ta maman a un petit problème avec son ordinateur. Nous sommes venus pour voir si on peut le réparer."

C'est la seule chose qui m'est venue à l'esprit.

La mère de Léo est derrière moi et m'a entendu. Malgré son stress intense et la violence de l'intrusion dans son espace privé, elle comprend mon intention. Elle s'approche de Léo en souriant et lui confirme que nous sommes là pour résoudre un problème informatique.

Léo, sept ans, est rassuré mais continue de me regarder un peu inquiet: "J'espère que ce n'est pas mon nouveau jeu qui a abimé l'ordinateur de maman?"

Mon cœur se brise, mais aucun muscle de mon visage ne bouge. Je lui réponds qu'il y a peu de chance et que je suis sûr que c'est autre chose. C'est si compliqué les ordinateurs.

La dernière image que j'aurai de Léo est son départ pour l'école accompagné par une voisine et tenant son petit frère par la main. Je lui ai fait un petit signe de la main avec le pouce levé.

J'ai aussi fait en sorte que l'ordinateur soit toujours en état de fonctionner normalement avant le soir.

Mais que c'est dur une perquisition.


11 février 2013

CA

Bonjour, je m'appelle Zythom, je suis caféinomane.
J'ai arrêté de boire du café depuis exactement quatre ans...
Et ça va très bien bien bien.

(Tous ensemble) "Bonjour Zythom !"




NDLR: nawak
Désolé...

01 février 2013

Déclaration fiscale de l'expert judiciaire

Un court billet pour signaler la très intéressante question de Monsieur le Député Dominique Baert au Ministre de l'économie et des finances. Cette question concerne le statut fiscal de l'expert judiciaire. Vous allez voir que la situation n'est pas brillante.

Je reprends le texte de la question ici en ajoutant un lien et en modifiant la mise en page :
"M. Dominique Baert interroge M. le ministre de l'économie et des finances sur la clarification souhaitable du régime fiscal des expertises judiciaires. En effet, celui-ci a été, ces dernières années, a priori précisé par deux réponses ministérielles.

La première établit ainsi que, dès lors que l'expert désigné agit à titre personnel, et non pas au nom d'un service, il dispose de la plus large autonomie pour réaliser ses expertises, et n'est soumis à aucune directive ou contrôle particulier. Les revenus tirés de cette activité exercée en toute indépendance relèvent des bénéfices non commerciaux en application de l'article 92 du code général des impôts (Rép. min. éco. n° 07671 à M. Jean-Pierre Sueur : Journal officiel Sénat Q 25 juin 2009, page 1598).

Pour autant, une seconde réponse a estimé que les prestations délivrées dans le cadre de son activité de collaborateur occasionnel du service public, par un hydrogéologue agréé exerçant à titre libéral, sont assujetties à la TVA. Le fait que le décret du 18 mars 2008 prévoit le rattachement des collaborateurs occasionnels du service public au régime général de la sécurité sociale est sans incidence sur cette analyse (RES n° 2008-21 TCA, 7 octobre 2008).

Or il n'est guère compréhensible qu'un expert judiciaire, collaborateur de justice, recevant un bulletin de paye, doive déclarer ses rémunérations dans la catégorie des BNC (et non dans celle, légitime et somme toute logique, des traitements et salaires) et, de surcroît, supporter la TVA. Voilà pourquoi il lui demande l'appréciation du Gouvernement sur ces dispositions, et s'il peut lui préciser ce qu'est réellement le droit fiscal de cette profession."

Inutile de préciser que j'attends avec impatience la réponse, tant est floue la situation du collaborateur occasionnel de la Justice pour les différents services de l’État... Remarquez au passage que Monsieur le Député considère qu'il s'agit d'une "profession".


Pour mémo :

Question écrite n° 07671 de M. Jean-Pierre Sueur (Loiret - SOC)
publiée dans le JO Sénat du 26/02/2009 - page 469


M. Jean-Pierre Sueur appelle l'attention de M. le ministre du budget, des comptes publics et de la fonction publique sur la difficulté que semblent rencontrer les services fiscaux de différents départements à apporter des réponses identiques à la question de savoir quel est le régime fiscal des sommes perçues par des personnes retraitées exerçant une activité d'expert près les tribunaux dans leur domaine de compétence professionnelle. Il lui demande en conséquence de bien vouloir lui préciser ce qu'il en est.

Transmise au Ministère de l'économie, de l'industrie et de l'emploi


Réponse du Ministère de l'économie, de l'industrie et de l'emploi
publiée dans le JO Sénat du 25/06/2009 - page 1598


En principe, la détermination du régime fiscal de sommes perçues à l'occasion d'une activité professionnelle nécessite un examen des conditions effectives d'exercice de l'activité. D'une manière générale, les revenus qui proviennent d'une profession dans laquelle l'activité intellectuelle joue un rôle prépondérant et qui consiste en l'exercice d'un art ou d'une science sont imposables dans la catégorie des bénéfices non commerciaux, sauf à ce que soit démontrée l'existence d'un lien de subordination qui emporte qualification des revenus en traitements et salaires. Bien que les personnes qui exercent des fonctions d'expert près les tribunaux tiennent de l'autorité judiciaire leur nomination, leur mission ainsi que leur rémunération, il résulte d'une jurisprudence constante, tant administrative que judiciaire, que ces sujétions ne caractérisent pas l'existence d'un lien de subordination. Dès lors que l'expert désigné agit à titre personnel, et non pas au nom d'un service, il dispose de la plus large autonomie pour réaliser ses expertises et n'est soumis à aucune directive ou contrôle particulier. Les revenus tirés de cette activité exercée en toute indépendance relèvent des bénéfices non commerciaux en application de l'article 92 du code général des impôts. Ces précisions sont de nature à répondre aux préoccupations exprimées par l'auteur de la question.

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Source image Megaportail