30 décembre 2013

Réponse de la cour d'appel

C'est la période où les cours d'appel envoient aux candidats à l'inscription sur les listes d'experts judiciaires la réponse tant attendue. Je le sais, car je reçois beaucoup de courriers de lecteurs se posant beaucoup de questions sur leur avenir judiciaire...

Alors , résumons un peu la situation: vous avez constitué un dossier de candidature que vous avez déposé avant le 1er mars. Vous avez peut-être été reçu en entretien par un magistrat qui vous a questionné sur vos capacités. Un policier ou un gendarme a mené une enquête de bonne moralité en questionnant vos voisins (ou votre conjoint). Les magistrats de la cour d'appel se sont réunis pour décider s'ils pouvaient vous inscrire sur la liste des experts judiciaires. Un greffier a rédigé leur réponse que vous tenez dans vos mains tremblantes.

Cas n°1: Vous n'avez pas été accepté à l'inscription sur la liste des experts judiciaires. Votre déception est à la hauteur du temps d'attente qu'aurait mis les tribunaux à vous rembourser vos frais d'expertises. Le choc est aussi sec que le ton du courrier que vous relisez incrédule...

Extrait du courrier que j'ai reçu le 11 décembre 1997:
Monsieur,

J'ai l'honneur de vous notifier, conformément aux dispositions de l'article 18 du décret n°74-1184 du 31 décembre 1974, relatif aux experts judiciaires, que votre candidature n'a pas été retenue pour l'année 1998 par le cour d'appel de [Tandaloor], réunie en assemblée générale le 24 octobre 1997.

Je puis vous indiquer que les décisions prises pour l'établissement des listes d'experts, ne peuvent donner lieu qu'à un recours devant la cour de cassation.

Je vous prie d'agréer, Monsieur, l'expression de ma considération distinguée.
Remarquez au passage qu'il a fallu un mois et demi pour rédiger ce courrier, ce qui donne une idée du temps judiciaire des sous-effectifs déjà à cette époque, courrier que je me permets de mettre en regard du courrier type que je reçois quand je un de mes étudiants postule à une offre d'emploi:
Monsieur,

Après analyse de votre candidature, et malgré la qualité de celle-ci, nous sommes au regret de vous informer que nous ne pouvons pas retenir votre dossier pour le poste de DSI du projet Mars 2014 (H/F) (Référence DTC2014) au sein de la société VoyageSansRetour. En effet, d'autres candidats ont un profil plus proche de celui recherché pour ce poste.

Nous vous remercions de la confiance que vous avez témoignée à VoyageSansRetour et nous vous prions d'agréer, Monsieur, nos sincères salutations.
Une fois passé l'amère déception (sisi, je vous assure, ça va passer), vous vous demandez ce qui a pu aveugler l'assemblée générale des magistrats de la cour d'appel et l'empêcher d'accepter de vous inscrire sur leur prestigieuse liste des experts judiciaires. Je vous donne quelques pistes:

- Vous vous êtes trompé de cour d'appel pour le dépôt de votre dossier de candidature. Vérifiez sur Google (ou mieux sur Duckduckgo), surtout si vous êtes en région parisienne. Etre inscrit sur la liste, ça se mérite...

- Votre candidature est excellente, mais les magistrats disposent d'assez d'experts excellents sur leur liste.

- C'est votre première candidature et les magistrats testent votre motivation (légende urbaine ?).

- Vous n'avez pas assez d'expérience car vous êtes encore étudiant et les magistrats pensent qu'il vous faut vous aguerrir un peu dans cette jungle impitoyable où s'affrontent les 16-70 ans et qu'on appelle le monde du travail. Et je ne parle même pas des stagiaires de troisième...

- Vous avez trop d'expérience ou celle-ci est trop ancienne à 69 ans en tant que retraité de l'aviation de chasse.

- Vous n'avez pas été nommé comme expert judiciaire dans des affaires d'envergure nationale ou internationale où vous auriez pu briller par votre excellence (je prends le cas où vous postuliez pour une inscription sur la liste des experts près la cour de cassation).

- Vous n'êtes pas assez qualifié (bruit du ciel qui vous tombe sur la tête).

Je n'ai qu'un seul conseil à vous donner: retentez l'année prochaine (avant le 1er mars), sauf si vous êtes étudiant auquel cas il faudra passer vos examens et attendre dix ans un peu pour acquérir de l'expérience. Si vous n'êtes pas pris la deuxième fois, laissez passer quelques années et retentez.

Cas n°2: Vous êtes accepté !!!!!  \0/ \0/ \0/ \0/ \0/
Votre cœur bat à 200 pulsations par minute, et malgré les recommandations répétées de votre cardiologue, vous sautez de joie sur les différents murs de votre habitation, vous embrassez votre belle-mère, vous installez Gentoo Linux sur la tablette que vous avez reçue à Noël...

Mais passées ces dix secondes de joie incommensurable, un poids terrible s'abat sur vos épaules: serez-vous à la hauteur ? Vous errez dans votre quartier portant une lanterne et cherchant l'humanité, vous maigrissez et vos amis ne vous reconnaissent plus, vous doutez de tout, même de Gentoo...

Vous relisez encore une fois le courrier reçu pour essayer d'en déchiffrer le contenu caché au delà du premier paragraphe.

Voici celui que j'ai reçu le 17 décembre 1998:
Monsieur,

J'ai l'honneur de vous aviser de votre inscription sur la liste d'experts judiciaires de la cour d'appel de [Tandaloor] pour l'année 1999, sous la rubrique:
informatique

Vous trouverez en annexe, pour faciliter l'exécution des missions qui vous seront confiées, une notice résumant les principales obligations de l'expert judiciaire.

Je vous serais obligé de bien vouloir vous présenter le lundi 11 janvier 1999 au siège de la cour d'appel de [Tandaloor], dans la grande salle d'audience (porte 101) afin de rencontrer les chefs de cour préalablement à votre prestation de serment qui aura lieu à 14h dans cette même salle.

Je vous prie d'agréer, Monsieur, l'expression de ma considération distinguée.
Ressaisissez vous !

Voici quelques conseils (et réponses aux questions que l'on me pose le plus souvent):

- N'achetez aucun matériel, ni bloqueur, ni PC surpuissant, ni microscope électronique, ni salle blanche, ni matériel Apple. Investissez dans une tenue sobre mais solennelle, pour votre prestation de serment, et répétez cent fois devant un miroir et la main sur le cœur: "je le jure".

- Recherchez les coordonnées de la compagnie pluridisciplinaire de votre cour d'appel. Contactez les, prenez rendez-vous avec son président, préparez toutes les questions que vous vous posez et votre carnet de chèques: inscription à la compagnie, à la revue Experts, à l'assurance indispensable en responsabilité civile (prix défiant toute concurrence en tant que membre de la compagnie). Inutile de contacter à ce stade une compagnie spécialisée, qui de toute façon n'accepte en son sein et en général que des experts inscrits obligatoirement dans une compagnie pluridisciplinaire.

- Parmi les questions, revient souvent les aspects administratifs et comptables... Ma réponse: ça dépend de votre emploi principal. Pour ma part, je suis salarié. J'ai choisi le statut d'autoentrepreneur (qui n'existait pas en 1999, je vous passe les détails historiques sordides). Pour la comptabilité, adressez vous à votre femme à votre compagnie. Surtout ne demandez rien à l'administration ! Personne ne comprend le statut des experts judiciaires, j'ai toujours eu des discussions où je me rendais compte que j'en savais plus sur le sujet que mon interlocuteur. Les seuls interlocuteurs valables sont vos futurs confrères de votre compagnie pluridisciplinaire et/ou les cahiers de la revue Experts. Même les textes de loi sont parfois obscurs ou sans décret d'application.

- La formation obligatoire. En tant que nouvel inscrit, vous êtes en période probatoire (inscription sur la liste pour une période de deux ans seulement, au lieu de cinq pour les experts aguerris). Vous devez suivre une formation (en général de cinq jours). Renseignez-vous auprès de votre compagnie pluridisciplinaire. Cela n'existait pas en 1999 et je me suis formé directement auprès de mon épouse avocate qui a réussi à me faire entrer dans le crâne la différence entre civil et pénal, le sens profond des mots "warrant", "verus dominus", "usucapion", "Urssaf", "quérable", "léonin", "forclusion", "exécution provisoire", "contradictoire", "incompétence du juge" ainsi que le sens des différentes abréviations "OPJ", "JI", "Urssaf", "T.com.", "TGI", "SAS", "COJ", "Bull.", "Cass.civ.II", etc. Cette formation vous permettra normalement de pouvoir reconnaître les différentes personnes auxquelles vous allez avoir à faire, pour éviter de dire "bonjour Maître" à l'avocat général... Une (re)lecture de l'intégrale du blog de Maître Eolas est nécessaire, et au moins de ce billet.

- Achetez quelques ouvrages dans votre librairie préférée. Les parisiens ou les provinciaux en visite à Paris peuvent s'approvisionner chez Gibert Jeune "Droit, Économie, Gestion", 6 place Saint Michel. Sinon une recherche "expert judiciaire" sur Amazon.fr donne de très bons résultats ;-)

- Soyez patient. Il est possible que vous ne soyez pas désigné du tout pendant les deux années de probation... C'est dommage, mais c'est comme ça. J'ai eu des années avec 10 affaires et des années avec... zéro.

- Prévenez votre employeur de votre bonne fortune et assurez vous que vous pourrez vous absenter de temps en temps (en général une journée) en posant des jours de congés.

- L'inscription sur une liste d'entraide entre experts judiciaires me semble être une bonne idée. Je vous recommande chaudement celle mise en place par le LERTI pour les experts en informatique, et qui regroupe des personnes de qualité qui n'hésitent pas à donner un bon conseil ou le bon tuyau quand on est dans la peine (par exemple: quel est le fax du service juridique de tel FAI...)

- Enfin, l'abonnement à ce flux RSS me semble indispensable ;-)

Bienvenue dans cette confrérie que forment les experts judiciaires. N'écoutez pas les vieux cons (dont je suis) et soyez indépendants mais avec politesse. Cela s'appelle la confraternité.

Et surtout, n'oubliez pas que vous n'êtes pas juge, que vous donnez un avis technique basé sur une méthode scientifique et que la science est le domaine du doute et de la remise en cause.

Ne dites pas "M. Truc a ouvert ce fichier à 14h", mais "le compte informatique de M. Truc a servi pour l'ouverture de ce fichier à 14h, heure relevée dans les métadonnées de l'ordinateur, dont le BIOS indique (au moment de l'expertise) qu'il existe un décalage de X minutes et dont le système d'exploitation indique (au moment de l'expertise) qu'il ne suit pas l'heure d'été".

Écrivez vos rapports d'expertise d'une main tremblante en pensant à l'éternel voyage de la science et au professeur Tardieu. Pensez également aux personnes qui se sont faites une spécialité des torpillages critiques des rapports d'expertises. La qualité de votre travail est à ce prix.

"Voilà ce qui me paraît être la vérité", dit le savant.
"Voilà la certitude", traduit la foule ignorante, oublieuse de "l'éternel voyage" de la science.

Bon voyage, et si vous avez des enfants, pensez à fermer la porte de votre bureau pendant certaines expertises...



28 décembre 2013

Coup de coeur

Un petit billet en passant, comme ça, sur un coup de cœur.

J'ai découvert le blog d'un confrère qui écrit des billets avec talent : Nuits de Chine, nuits câlines.

La rubrique Histoires d'expertises est particulièrement intéressante.

Je vous recommande particulièrement trois histoires :
- A l'heure du laitier
- On fait quoi maintenant ?
- Là, ça va pas être possible

Comment ai-je pu passer à côté de ce blog si longtemps, je ne sais, mais ça fait un lien de plus dans ma blogroll et dans mon agrégateur de flux RSS ;-)

Bonne lecture.

20 décembre 2013

Ma petite crèmerie

Waou, le compteur de visites qui s'affole, des billets élogieux d'autres blogueurs, des emails qui s'entassent dans ma boite !!! Vite un billet qui tape bien, une idée, un cou de rein pour surfer sur la vague...

Oui, mais non.

Vous êtes ici sur un petit site perso, dans ma petite crèmerie sans prétention. Je n'ai rien à vendre, pas même de "personal branding" à faire, juste quelques mots à partager.

Alors pour les nouveaux visiteurs, que je remercie de venir voir ce qui se passe sur ce petit coin d'internet, je vais faire un petit résumé des 761 billets précédents.

J'ai choisi le pseudonyme "Zythom" en regardant le dernier mot d'un vieux dictionnaire que j'ai dans mon bureau. En fait, le mot exact est "zythum", qui était une sorte de bière que faisait les égyptiens de l'antiquité. Dans ma tête, j'ai prononcé ce mot comme j'ai appris à prononcer un mot latin, ce qui a donné "zi-tomme". En retranscrivant le mot lors de la création de mon compte, je me suis trompé de caractère et j'ai écrit "Zythom" (à prononcer aussi zi-tomme et non zi-ton). J'explique ce choix d'écrire sous pseudonyme dans ce billet toujours d'actualité.

Voilà voilà.

Je suis responsable informatique et technique dans une école d'ingénieurs en France. J'aime mon métier, j'aime mon entreprise, j'aime mes étudiants, j'aime mon équipe et, chose un peu surprenante, j'aime aussi mes utilisateurs... Je raconte quelques anecdotes sur mon métier dans la rubrique intitulée "Professionnel".

Je suis également papa de trois enfants. Je tiens ce blog personnel principalement pour eux, afin qu'ils gardent de moi le souvenir d'un papa qui a eu une vie extraordinaire remplie d'anecdotes qu'ils n'ont pas toujours eu la patience d'écouter pendant les repas de famille... Je raconte tout cela dans la rubrique intitulée "privée".

Je suis marié à une femme admirable qui a la particularité de ne pas vouloir que je parle d'elle sur ce blog d'être avocate et de m'avoir fait découvrir l'univers du Droit que mes études d'ingénieur (promotion 1987) avaient discrètement évité. Je suis devenu expert judiciaire pour proposer mes compétences aux magistrats et mieux comprendre ce monde fascinant et terrifiant à la fois. Je raconte quelques anecdotes romancées dans la rubrique "Expert".

Je m'intéresse à la vie de ma commune où je me suis retrouvé, un peu par hasard, conseiller municipal. C'est l'occasion pour moi de me frotter un peu à la réalité concrète et parfois brutale de la vie en collectivité, de me sortir de mon univers technique plus ou moins maîtrisé. Tous les billets de ce blog relatifs à cette expérience sont regroupés dans la rubrique "Vie publique".

Enfin, je me lance depuis quelques mois dans l'aventure de l'entrepreneuriat en créant ma petite entreprise. C'est une nouvelle rubrique qui s'appelle "Freelance". On verra ce que ça donnera.

Les meilleurs billets du blog sont regroupés dans des livres numériques gratuits que vous trouverez ici.

Sinon, j'ai 50 ans, je viens en vélo au boulot tous les jours, j'aime la science-fiction, la spéléologie, l'aviron et les réseaux de neurones. Je rêve d'aller sur Mars. J'ai un corps de rêve, mais mon cœur est déjà pris. J'aime les jeux vidéos avec mes enfants, même si je suis nul. Je ne suis pas toujours à la hauteur de ce que j'entreprends.

J'aime lire les blogs des autres, en particulier ceux que vous trouverez en bas de la colonne de droite de ce blog.

Voilà, voilà.
Bienvenu et bonne lecture.

Le crémier.

17 décembre 2013

Journées réseaux 2013

Quelques jours après mon retour des "journées réseaux" (JRES) 2013 qui se sont tenues à Montpellier, voici le temps de faire un petit bilan de cette expérience.

Cela fait plusieurs années que je souhaite participer à cette manifestation qui regroupe une grande partie de la communauté des informaticiens travaillant dans les établissements d'enseignement supérieur et/ou dans la recherche, c'est-à-dire ma communauté professionnelle.

Et le hasard a fait que cette année, les organisateurs m'ont contacté via ce blog pour m'inviter à faire une présentation en séance plénière sur le thème de l'expertise judiciaire. Autant dire que je ne pouvais pas dire non...

Les premiers contacts ont été pris il y a longtemps (janvier 2013), et l'idée de parler devant mes pairs sous le pseudonyme Zythom était attrayante. Mais plus les mois passaient et plus la pression montait: ma présentation de généraliste de l'informatique allait-elle intéresser l'assemblée de spécialistes présente dans la salle ? Comment serait perçu mon souhait de participer à cette conférence sous pseudonyme ? Quel regard mes pairs allaient-ils porter sur moi ? Comment les quelques lecteurs du blog présents dans l'assistance allaient-ils réagir ?

Bref, plus le temps passait et plus je pétochais...

L'organisation des JRES 2013 s'est avérée impeccable du point de vue de l'invité que j'étais: une personne s'est attachée à s'assurer que je franchissais correctement les jalons, et me relançait avec patience quand je tardais sur la remise d'un livrable, notice de présentation, visuels de la présentation, détails pratiques sur le transport, l'hébergement, etc.

Et le premier jour de la conférence est arrivé: je me suis retrouvé assis dans la grande salle de l'opéra de Montpellier, avec 1500 personnes ! C'est vraiment à ce moment là que j'ai senti la peur me nouer les tripes: j'allais devoir parler deux jours plus tard dans cette même salle, devant ce public de spécialistes des réseaux...

Il faut dire que la salle est très impressionnante.
Quelques internautes ont pris des photos qu'ils m'autorisent à reproduire ici (et je les en remercie):

Photo depuis les loges (cliquez pour agrandir)


Photo (cliquez pour agrandir)

 Et voici la photo prise depuis la scène avec mon smartphone, quelques minutes avant ma présentation:

Photo Zythom (cliquez pour agrandir)

Autant vous dire que j'étais dans mes petits souliers...

La veille, j'ai séché l'après-midi de présentations pour travailler et répéter ma présentation une dizaine de fois. J'ai quitté le "social event" du mercredi soir car j'étais encore trop stressé, ce qui fait que je n'ai pas pu profiter de la fête organisée pour les 10 ans des JRES.

Le mercredi matin, j'ai présenté à la salle de preview (la salle réservée aux orateurs pour permettre de soumettre une nouvelle version de leur présentation), la énième version encore modifiée de mes visuels. Puis je me suis réfugié dans un coin du palais des congrès pour écouter un peu de musique pour me détendre contre cette angoisse grandissante difficile à contrôler, et c'est là que j'ai eu l'idée de relire la "Litanie contre la peur" des sœurs du Bene Gesserit de l'univers de Dune. Cela ne marche pas du tout sur moi, mais je me suis dit que cela ferait une bonne introduction à mon intervention... Pour ceux qui n'ont pas lu l'ouvrage de Frank Herbert, voici le mantra:
Je ne connaîtrai pas la peur car la peur tue l'esprit.
La peur est la petite mort qui conduit à l'oblitération totale.
J'affronterai ma peur.
Je lui permettrai de passer sur moi, au travers de moi.
Et lorsqu'elle sera passée, je tournerai mon œil intérieur sur son chemin.
Et là où elle sera passée, il n'y aura plus rien.
Rien que moi.
Si vous voulez voir un Zythom très tendu et stressé, voici l'intégralité de ma présentation (avec en bonus track à 43' la prière des RSSI ;-) :

 Vidéo JRES 2013 (meilleures définitions disponibles ici)

Ce que je garderai comme souvenir de ces journées réseaux, c'est une super organisation, un grand stress de mon côté, des présentations de qualité où j'ai appris beaucoup de choses, et des rencontres très agréables avec , , , et plein d'autres lecteurs du blog. C'est très intimidant de discuter en présentiel avec chacune de ces personnes !

J'espère pouvoir aller dans deux ans aux JRES 2015, mais cette fois comme simple participant...


08 décembre 2013

Hôpital en mer

Le bateau file bon train sur la mer déchaînée. Nos voiles sont gonflées et la gîte est forte malgré la grand-voile arisée. Le vent souffle fort et aucun autre voilier n'est sur l'eau. L'apprentissage de la voile doit se faire aussi dans de rudes conditions, et ce stage à l'école des Glénans ne fait pas exception.

Je vous parle des années 1980, une époque où nulle électronique n'avait sa place à bord des voiliers de cette école de voile prestigieuse (en dehors d'un récepteur radio pour prendre la météo). Nous mesurions la vitesse du bateau avec une planche lestée reliée à un bout à nœuds (un loch), la profondeur d'eau sous la quille avec un plomb et la force du vent avec la forme des vagues. Les téléphones portables n'existent pas encore...

La mer est blanche de l'écume des vagues emportée par le vent. Il fait "vent frais" disent les marins. Nous sommes emmitouflés dans nos cirés jaunes, éclaboussés par les embruns. Nous avançons vent arrière, surfant sur les vagues en formation. C'est un moment d'émotions fortes, partagé par tout l'équipage.

Hélas, le barreur fait une faute. Une vague mal négociée déstabilise le bateau qui fait une embardée. Par vent arrière, la bôme est presque perpendiculaire au bateau. Elle hésite entre bâbord et tribord. Le moindre déséquilibre et elle change de côté. Cette manœuvre s'appelle l'empannage. Mal maîtrisée, les conséquences peuvent être dramatiques: la bôme traverse brutalement le bateau en balayant tout sur son passage.

Dans notre cas, la bôme n'a percuté personne. Mais l'écoute, qui relie la bôme au pont du bateau, a attrapé la tête d'un équipier et l'a brutalement projeté sur le coin de la cabine... Le choc sur la boite crânienne a fait un bruit terrifiant et il reste inanimé sur le pont, ballotté par les vagues pendant qu'on reprend le contrôle du bateau.

Nous sommes deux penchés au dessus de lui. Il est inconscient. Avec précaution, nous essayons de voir s'il a une blessure apparente. Nous découvrons du sang qui s'écoule de son oreille. J'ai 18 ans, mais je sais que ce symptôme ne présage rien de bon.

A ce moment là, je me rends compte que nous sommes loin de tout, même si nous naviguons à vue des côtes, entre l’île d'Houat et Belle-Île. Je descends dans la cabine jusqu'à la table à carte. Je regarde la position approximative où nous nous trouvons, le point ayant été fait peu de temps auparavant. Il y a sur une carte marine plein d'informations qui sont indiquées: les amers pour faire le point, la nature des fonds marins, le nom des ports... et, je m'en rends compte à ce moment là, les hôpitaux !

Il y a un hôpital à Le Palais sur Belle-Île ! Je remonte annoncer la nouvelle à mon chef de bord qui, aussitôt, demande à l'équipage d'effectuer les manœuvres ad-hoc pour mettre le cap sur Le Palais. Je le remplace au chevet de mon camarade blessé. Je me place à genoux au dessus de lui et cale sa tête sur mes cuisses pour essayer d'amortir le choc des vagues.

Le temps nous semble infiniment long. Belle-Île s'approche lentement de nous. Nous sommes tous très tendus, attentifs à faire fonctionner le bateau au plus vite. Mes cuisses me font mal à force de rester dans cette position. Je me sens inutile à l'avance du bateau et indispensable à empêcher l'impensable.

Nous entrons dans le port à pleine vitesse. Notre bateau, comme la grande majorité des bateaux de l'école de voile des Glénans de l'époque, n'a pas de moteur, pas même un moteur d'annexe. D'habitude, nous rentrons dans un port très doucement, propulsé par notre seule voile d'avant (en général un foc), après quelques louvoiements plus ou moins rassurants pour les propriétaires des bateaux amarrés. Cette fois-ci, nous arrivons toutes voiles dehors, à pleine vitesse, droit vers le quai principal.

Je revois encore le membre d'équipage debout à la proue et faisant office de brigadier avant, lorsqu'il a bondi sur le quai et couru jusqu'au premier passant venu. Il l'a attrapé par le col et lui a hurlé dessus: "OÙ EST l'HÔPITAL ? OÙ EST l'HÔPITAL ?". Aujourd'hui, on parlerait d'agression caractérisée... Le pauvre ère lui a indiqué une direction dans laquelle s'est engouffrée mon camarade d'infortune. Un quart d'heure après, une ambulance venait chercher notre blessé. Nous étions tous hagards en la regardant l'emmener aux urgences.

Ce n'est que quelques jours plus tard que nous avons appris qu'il avait une fracture du crâne, et qu'il s'en sortirait sans séquelle.

Depuis ce jour, j'évite toujours de me trouver entre les écoutes et la cabine d'un bateau, surtout par vent arrière.

07 décembre 2013

Le syndrome de l'imposteur

Mélanie travaille depuis maintenant sept ans au service politique d'une grande radio. Elle a largement fait ses preuves auprès de son patron qui, non avare de compliments, ne manque pas de lui adresser régulièrement ses félicitations pour ses qualités professionnelles. Il n'y a donc apparemment aucune raison qui pourrait la faire douter de ses compétences. Et pourtant, elle avoue ne pas se sentir à sa place, étant persuadée de trahir, de faire illusion auprès du monde professionnel, de sa famille et de ses amis. Et pour cause : Mélanie n'a pas suivi un cursus classique. Pas d'école de journalisme ni de sciences politiques pour justifier ses choix. Juste des aptitudes qu'elle ne semble pas prendre en considération.

Nous serions nombreux à être atteints de ce curieux syndrome dit de l'imposteur qui, sans être une maladie, s'infiltre dans les moindres failles de notre narcissisme et pollue notre existence. Peu enclins à l'avouer puisque les résultats probants attestent de notre travail, nous nous laissons aller à quelques confidences hasardeuses au creux d'une oreille compatissante. Traîtres en puissance et dupeurs-nés fantasmés, nous croyons, à tort, manipuler notre entourage aveugle. Même si quelques lueurs de rationalisations viennent heureusement tempérer des pensées lugubres et à terme, quelquefois invalidantes.

En lisant ce texte au hasard de mes pérégrinations sur internet, je me suis rendu compte que le doute est le moteur principal de mon existence. Je souffre parfois du syndrome de l'imposteur. Heureusement, l'article se termine ainsi:

Se faire confiance implique aussi faire confiance à l'autre qui, loin d'être incompétent, sait percevoir et évaluer nos compétences et qualités. Pour cela, il n'est pas question de se fixer des objectifs irréalisables en première intention Rappelons qu'il existe le bon doute qui est, selon les philosophes, une attitude réfléchie, volontaire et critique. Le doute propose, face à une vérité présentée comme telle, d'en examiner le bien-fondé afin de ne pas tirer de conclusions définitives et absolues. Une jolie possibilité pour soi de s'interroger, de s'analyser, de se découvrir, de se comprendre.

Texte complet: Qu'est-ce que le syndrome de l'imposteur ?

PS: Ce texte inaugure une nouvelle rubrique intitulée "Carnets" qui reprendra des extraits de textes trouvés sur internet et qui m'ont interpellé.