13 mars 2015

Implication politique

Comme la justice, la politique est une notion polysémique. D'après Wikipédia, les différents sens du mot peuvent être :
- le cadre général d'une société organisée et développée (Politikos)
- la structure et le fonctionnement d'une communauté, d'une société, d'un groupe social (Politeia)
- la pratique du pouvoir, les luttes de pouvoir et de représentativité entre des hommes et femmes de pouvoir (Politikè).

Quand j'ai pris conscience de cette polysémie, j'ai mieux compris les quiproquos de mes différentes conversations. Car, quand on prononce le mot de "politique", beaucoup des personnes de mon entourage ont plutôt le poil qui se hérisse et des images en tête de magouilles, de vestes qui se retournent, d'opportunistes individualistes et d'animaux politiques plus ou moins sauvages.

Mais l'engagement politique, cela peut être autre chose.

Prenons un groupe d'une dizaine de personnes, des bons copains par exemple. Il y a toujours un leader qui sort un peu de groupe, et les copains le suivent avec enthousiasme et un peu d'ironie. Cela se passe plutôt bien.

Prenons un autre groupe d'une dizaine de personnes, des voisins par exemple. L'entente naturelle est moins évidente. Les intérêts sont parfois différents, voire opposés. Ceux qui ont assisté à une assemblée de copropriétaires peuvent témoigner de la dureté des interactions humaines. Celui ou celle qui se propose de représenter le groupe prend beaucoup plus de risques et devient souvent le point de convergence des critiques.

Prenons maintenant une petite ville, par exemple de 5500 habitants. Chacun vaque à ses occupations. Personne ne souhaite voir les impôts augmenter, tout le monde veut une voirie impeccable, que le bus ne s'arrête pas trop loin et toutes les 5 mn, pas trop de voitures devant chez soi, mais une place de parking pour chacune de ses voitures (et celles de ses amis lorsqu'ils sont invités). Le maire et ses adjoints deviennent des cibles de choix. Tous pourris, tous incapables, tous magouilleurs.

Quand j'ai commencé à m'intéresser à la vie de ma commune, j'ai regardé ça de loin, via le journal municipal. Puis je me suis approché, un peu par hasard, en assistant à plusieurs séances du conseil municipal. J'ai accepté de donner un coup de main à l'organisation des élections, puis, des bancs du public je suis passé au siège de conseiller municipal.

Je suis quelqu'un de relativement naïf, et de particulièrement inexpérimenté en matière d'interactions sociales directes. J'ai l'esprit d'escalier pour tout ce qui sort de mon champ d'expertise. J'ai besoin de temps pour réfléchir, je suis un très mauvais débatteur, j'ai l'esprit lent. C'est peu de dire la terreur que m'inspire la perspective d'un débat politique public.

Alors, j'occupe une place de petit soldat au quartier général, d'où je peux sans trop de danger observer les batailles terribles qui se déroulent sous mes yeux en essayant de rester sous les radars, d'éviter les balles, les Scuds, les Exocets, les rafales de Kalachnikov.

Ce qui me fascine le plus, c'est le désintérêt total du citoyen pour la vie de sa commune, jusqu'au moment où il y voit un intérêt personnel direct

Untel souhaite créer une sortie sur la rue depuis son jardin. Il comprend bien qu'il doit prendre en charge la découpe de son mur et la pose de son portail. Mais il ne comprend pas le refus de la commune de modifier le trottoir, d'abattre l'arbre qui dérange et de déplacer le lampadaire inopportun.

Untel se gare devant chez lui sur le trottoir sans vouloir voir qu'il empêche la circulation des poussettes ou des fauteuils d'handicapé. "Ils n'ont qu'à changer de trottoir, c'est chez moi ici."

Untel voudrait que la rue principale de la commune devienne piétonne, mais que les commerçants de la rue restent ouverts (et pouvoir y aller, lui, en voiture).

Untel veut un sens unique dans sa rue pour que les voitures roulent moins vite (alors qu'il est démontré que les automobilistes vont plus vites quand ils se sentent moins en danger), ou un gendarme couché, mais pas devant chez moi parce que ça fait du bruit...

Je croise parfois des hommes ou des femmes politiques connus, lors de manifestations diverses. Je les regarde avec un mélange de fascination, d'admiration et d'incompréhension. Parce que je me dis que ces personnes prennent des coups, des crachats, des quolibets en permanence. Parce que je trouve ce prix à payer bien trop élevé pour les satisfactions qu'ils peuvent en tirer. Parce que je réalise la résistance colossale qu'il faut avoir pour résister à toute cette haine ordinaire.

Finalement, je me rends compte que ma propre implication se limite à mettre mes connaissances à la disposition de l'équipe qui dirige la commune (par "équipe", j'entends le maire, les adjoints et le directeur général des services). J'aime donner mon avis, et je ne suis pas vexé quand il n'est pas suivi. Je fais un peu "tâche" dans ce paysage où il faut s'imposer pour exister.

Je ne suis pas fait pour la vie politique.
Trop fragile.
Je suis un n-1 ou un n-2, fait pour travailler dans l'ombre.
Et cela me va.

6 commentaires:

  1. Si je suis en phase avec votre déclaration de foi
    Je retiens surtout ceci de vos propos
    Ce qui me fascine le plus, c'est le désintérêt total du citoyen pour la vie de sa commune, jusqu'au moment où il y voit un intérêt personnel direct.
    Cela est malheureusement vrai et dommage
    Quand les gens seront ils conscient que la politique ,si elle est aussi une profession ,c'est également une action constante de la part de l'homme de la rue
    D'un autre coté ,on peut comprendre le sentiment d'impuissance du simple citoyen
    J'ai peut être été le seul a avoir adressé un RAR à notre bien aimé SARKO quelque temps après son élection ,en ces termes : Monsieur le président vous nous avez menti ,etc ,à propos de la non suppression des droits de succession
    Je comprend donc la désaffection de l'homme de la rue
    Il n'empêche que je n'ai de cesse ,dans la mesure de mes moyens ,d'exhorter mon entourage à ne pas baisser les bras ,et d'agir plutôt que de râler (l'un n'empêchant pas l'autre)
    Sympathiquement
    JP Garro

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  2. Pas si simple d'analyser et expliquer cet éloignement de la population de la vie politique. Le phénomène est sans doute à la fois simple et complexe !
    Simple, parce qu'il est vrai que la pensée politique répond à des mécanismes spécifiques, voire stratégiques loin de la compréhension du peuple,
    et complexes parce que les individus ont forcément une vision très... individuelle de la vie en société et des règles politiques qui l'organisent.

    Ceci dit, qu'on le veuille ou non, la classe politique nous donne aujourd'hui une image plutôt négative de son fonctionnement : entre les débats agités et stériles, les déclarations et oppositions purement de principes, les coups bas et autres manoeuvres de politique politicienne, nous sommes obligés de constater que tout cela ne va pas dans le sens d'un consensus pour régler les nombreux problèmes de notre société. A tout cela il faut ajouter qu'il ne se passe pas un mois, voire une semaine, sans qu'un politique soit épinglé pour avoir commis un abus ou un acte délictueux, ou pour mettre à jour un privilège profitant à la minorité d'une caste de politiques.

    Comment ne pas avoir un regard critique, suspicieux et blasé de cette classe politique qui ne donne pas vraiment le bon exemple : l'égoïsme individuel et se plaindre en permanence sont d'ailleurs et justement des comportements quasi-quotidien de cette classe politique qui s'étripe à chaque débat, pour le plus grand bonheur des médias !

    Maintenant, comme on le rappelle souvent, il ne faut pas généraliser. C'est comme les trains : on ne parle que de la minorité de ceux qui arrivent en retard... Mais les trains en retard sont comme les politiciens médiocres : leurs actes peu reluisants déteint sur tous leurs confrères et consoeurs, comme un train en retard entraine des retards sur les autres trains !

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    1. Quand j'ai accepté de devenir conseiller municipal, je n'ai pas eu l'impression d'entrer dans "la classe politique".

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  3. ...je ne suis pas d'accord avec votre constat :

    "... c'est le désintérêt total du citoyen pour la vie de sa commune, jusqu'au moment où il y voit un intérêt personnel direct."

    Je ne pense pas que le citoyen se désintéresse de la vie de sa commune, pas plus que de celle de son pays. Pour preuve tous ces blogs, forums, journaux locaux qui parlent de ce qui se passe sur la commune, ou dans le pays.
    On peut d'ailleurs remarquer toutes ces émissions tv sur des thèmes politiques ou qui opposent les politiques, émissions qui semblent avoir un réel succès car régulières et omniprésentes à la tv, certaines très anciennes, donc qui font de l'audience ce qui traduit un certain intérêt pour le sujet ! cqfd

    Je dirais plus justement : "le citoyen s'intéresse, s'informe, mais manque de volonté d'agir pour la vie de sa commune, ou de son pays".

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    1. Votre formulation est effectivement plus conforme à ce que je voulais dire. Le citoyen ne s'implique pas (d'où le titre du billet).

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  4. Bravo pour cet article : c'est tout à fait ça : on est là pour être ensemble, mais surtout moi...
    Même sentiment de fragilité : on veut être utile mais discret : l'indispensable invisible.
    Mon boulot ? Je développe des photos en labo photo, développe des films (si, si, des clients sur toute la France !) et fais des reportages pour diverses fêtes : l'indispensable invisible vous dis-je...

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Lectrice, admiratrice, avocate, magistrate, programmeuse, dessinatrice, chère consœur, femmes de tous les pays, lecteur, j'ai toute confiance en vous pour prendre bien soin de vérifier que votre prose est compatible avec les normes orthographiques et grammaticales en vigueur. Et si vous pouviez éviter les propos insultants ou haineux, je vous en serais reconnaissant.
N'hésitez pas à respecter ces quelques règles qui peuvent même s'appliquer en dehors de ce blog.

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