10 mai 2016

Un papa angoissé

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Vous aimez votre enfant, vous l'élevez dans l'amour de son prochain et du travail bien fait, vous lui inculquez des valeurs importantes telles que "range ta chambre" ou "as-tu fait tes devoirs", vous découvrez les nouveautés musicales, comportementales ou lexicales du moment, vous cherchez avec lui les voies professionnelles d'avenir qui lui permettront son épanouissement personnel tout en prenant en compte les dures réalités de la vie, bienvenue au club des parents d'adolescents...

J'ai une chance formidable, j'ai des enfants extraordinaires. Je les aime éperdument et ils m'aiment quand même un peu, bien que je sois un père exigeant, un peu nerd et certainement un peu beaucoup pénible. Surtout que j'ai un énorme défaut : je suis un angoissé de l'avenir (lire le billet "le film d'horreur permanent").

J'ai été élevé par des parents très attentifs au bonheur de leurs enfants et très sensibles à leur réussite scolaire. J'ai reproduit une partie de ces valeurs en étant attaché à l'importance du bien être, associé à la nécessité d'une certaine réussite scolaire, gage d'une certaine maîtrise de son avenir.

Bref, je suis certainement un parent comme les autres : je veux le meilleur pour mes enfants, j'ai conscience qu'il ne faut pas céder à tous leurs caprices, mais j'ai envie de les encourager, mais il faut transmettre l'importance de la valeur travail, mais il faut les écouter, mais j'ai des idées bien arrêtées, mais je suis ouvert à la discussion...

Je suis un papa gâteau qui aime beaucoup les câlins. Les enfants sentent très vite ces choses-là et organisent plus ou moins consciemment une pénurie qui me rend terriblement malheureux à la période de l'adolescence. Pour autant, les voir prendre leur indépendance (politique, matérielle, sociale, philosophique, musicale, informatique...) me remplit de fierté, et c'est les larmes aux yeux que je les vois prendre leur envol dans la vie, avec ses coups durs et ses bonheurs.

Organiser l'indépendance de son enfant commence dès son plus jeune âge : il faut qu'il apprenne à marcher, à être propre, à parler, à se socialiser, etc. Chaque étape est compliquée, et fait l'objet d'une abondante littérature. Là où les choses se compliquent, c'est ce moment où il faut le convaincre de se projeter à plusieurs années dans l'avenir, pour choisir un métier, et donc le chemin d'études qui va avec, le tout à la période compliquée de l'adolescence.

Personnellement, j'ai eu la chance de me découvrir une passion très tôt pour l'électronique et l'informatique balbutiante (lire le billet "lettre à mes 16 ans"). Je voulais quitter la filière classique dès la seconde pour une formation technique, mes parents m'ont conseillé d'aller jusqu'au bac pour faire des études d'ingénieurs. Je les ai écouté, j'ai repoussé mes envies de "toute suite", j'ai choisi de souffrir en prépa, résisté (un peu) à son formatage mental (lire le billet "la prépa"), j'ai choisi une école d'ingénieur généraliste, puis j'ai enfin pu me consacrer à ma passion, l'informatique, qui ne m'a pas quitté depuis.

D'où mon désarroi face à un jeune qui répond "je ne sais pas" à ma question "que veux-tu faire plus tard ?". Après avoir discuté plusieurs fois de ce problème avec mes enfants, il a bien fallu que je me rende compte de mon impuissance : je ne suis pas capable, seul, de les aider à se construire une vision d'avenir. Il a fallu que je me fasse épauler : mon épouse, les amis, la famille, tout le monde est important et les discussions et échanges sur la construction de son propre parcours professionnel s'enrichissent de cette diversité d'opinions et d'expériences.

Il existe également des coachs en orientation qui connaissent toutes les filières, toutes les formations et tous les chemins (avec leurs embûches spécifiques) qui y amènent. L'intérêt du coach est également d'apporter un regard extérieur, indépendant, professionnel et sans affect, qui peut être très structurant pour un adolescent (et ses parents).

Puis vient le temps d'APB.
Tous les parents de terminal tremblent à l'évocation de ces trois lettres.
APB pour Admission Post Bac...
LE site gouvernemental d'entrée dans l'enseignement supérieur.
LE site qu'il faut à tout prix apprivoiser.
LE site dont il faut étudier tous les aspects et entrer toutes les dates dans son agenda, dates qu'il faut IMPÉRATIVEMENT respecter à défaut de perdre UNE ANNÉE.

Je dois reconnaître que tous les défauts du site APB sont gommés par le fait même de son existence : quasiment toutes les formations possibles y sont regroupées. Les procédures, parfois complexes, sont présentées. Les dates clefs de (presque) tous les établissements y sont indiquées.

Si vous ne devez retenir qu'une seule chose de ce modeste billet, c'est qu'il faut absolument étudier le site web APB en profondeur, dès la seconde, avec votre enfant. Le plus tôt est le mieux, surtout qu'il est souvent à genoux lors des dates charnières. N'attendez pas le dernier moment (pour s'y inscrire, pour y faire ses choix, ordonner ses vœux, etc.).

Ma fille aînée a choisi de faire médecine, et est en ce moment en 3e année. Sa sœur puînée, actuellement en terminale, s'oriente vers des études de commerce. Le benjamin s’attelle à essayer de recevoir les félicitations pour le 3e trimestre de 4e, malgré son usage immodéré de jeux vidéos. Trois enfants, trois caractères, trois parcours de vie, trois fiertés pour leurs parents.

Trois angoisses pour leur père, de la seconde à la terminale...

Et toujours la même question : est-ce que je fais ce qu'il faut pour qu'ils soient heureux ?

9 commentaires:

  1. "... et c'est les larmes aux yeux que je les vois prendre leur envol dans la vie..."
    Mon fils de 5 ans vient d'arrêter de me donner la main quand je le conduis à l'école et déjà, ça m'a mis un coup au coeur...

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  2. Vu ta façon de parler de l’éducation de tes enfants, à la question "est-ce que je fais ce qu'il faut pour qu'ils soient heureux ?" Je te réponds oui !
    Déjà, rien que le fait de poser la question entraine un oui. Mais le discours pondéré et les antagonismes repéré me convainquent totalement.
    Veux-tu m'adopter ? ;)

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  3. @Anonyme : ton fils est mûr pour les futures menaces de punissions : "si tu continues, je te fais des bisous & des câlins devant ton école demain matin..."

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  4. Et partir faire une année de ptits boulots à l’étranger? Certes pour toi, ça ne sera pas drôle… Mais ce ne sera pas une année de «perdue».

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    1. Je serai toujours à l'écoute d'une telle demande de mes enfants, à la condition qu'elle soit argumentée et repose sur des motivations réelles (et pas romantiques). J'ai conscience aussi de la difficulté qu'il y a de reprendre ses études après une année sabbatique (je le vois souvent dans l'école où je travaille).

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  5. Slt Zythom ! j'en ai deux à la maison .un de 13 et l'autre 17 en terminal qui ne sait toujours pas quoi faire ... Ben faut accepter qu'il soit indécis et le laisser chercher. A son age je travaillais déjà, mais les temps changes comme les envies.
    bonne journée .

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  6. La route vers l'âge adulte est forcément jalonné de risques et d'embûches et c'est ce qui forge notre capacité d'adaptation. Toutefois, il est normal que nos enfants ou cadets ne sachent trop quoi répondre en pleine révolution technologique et sociétale. Et c'est probablement une bonne chose.

    En ce qui concerne l'avenir professionnel, je vous propose ma réflexion qui apporte non pas des réponses mais des questionnements plus enrichissants : http://electrosphere.blogspot.fr/2016/03/la-technologie-ne-tuera-pas-la.html

    Concernant l'évolution technologique et donc sociale, j'ai un peu fouillé dans le passé pour percevoir ce qu'il en est et serait : http://electrosphere.blogspot.fr/2016/03/quand-le-telephone-menacait-la-bonne.html

    Cordialement... et courageusement. :-)

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  7. APB c'est même pire que cela, car l'orientation de l'année ratée, la 2° fois on n'est plus "prioritaire".

    La réorientation peut devenir difficile, je ne veux pas dire dramatique, mais çà l'est pour un gamin qui soudain prend conscience de ce qu'il voulait faire...

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  8. Merci pour ce très joli article. Je vais tâcher de retenir : APB...
    Je suis d'accord avec l'un des commentaires : vous êtes un super papa et moi aussi je voudrais bien être adoptée ! (rires)
    Merci pour cet article, je vais fouiller dans votre blog, je pense que je vais y trouver d'autres trésors...
    Joy, du site 100% bonheur http://joy369.unblog.fr/

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Lectrice, admiratrice, avocate, magistrate, programmeuse, dessinatrice, chère consœur, femmes de tous les pays, lecteur, j'ai toute confiance en vous pour prendre bien soin de vérifier que votre prose est compatible avec les normes orthographiques et grammaticales en vigueur. Et si vous pouviez éviter les propos insultants ou haineux, je vous en serais reconnaissant.
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