18 mars 2019

25 ans dans une startup - épilogue

Introduction - billet n.62

Quand j'ai écrit l'introduction de cette série de billets, en juin 2018, je n'avais pas encore trouvé d'emploi, et je ne savais pas comment la série allait se terminer. J'avais besoin d'écrire sur tout ce que j'avais ressenti pendant cette période pour évacuer tout ce mal être qui menaçait de m'envahir.

J'avais à l'époque deux chemins possibles : soit je trouvais un nouveau travail passionnant, soit je ne trouvais pas de nouvel emploi et il me fallait transformer celui que j'occupais en travail passionnant.

Après tout, j'ai parfaitement conscience que le différent stratégique que j'ai eu avec mon directeur général est assez banal, même si je l'ai mal vécu, et que j'aurais pu/dû le surmonter.

Lorsque j'ai donné ma démission, j'ai tenu à ce que les raisons de mon départ ne soient connues que par la DRH et le directeur général. Pendant sa période de préavis, le salarié conserve un devoir de loyauté envers son employeur. Je ne voulais pas semer la zizanie dans la startup, en étalant un différend stratégique qui pouvait décrédibiliser la direction, je n'ai donc parlé à personne des raisons exactes de mon départ, expliquant qu'une proposition d'emploi que je ne pouvais pas refuser m'avait été faite dans une belle entreprise (ce qui n'est pas complètement faux).

C'est aussi la raison de l'arrêt de la publication des billets en octobre 2018 et du mystérieux billet n°37.5 qui se terminait par ces mots :
2019 sera pour moi une année de grands changements. Le blog va également changer d'orientation. J'en parlerai dans l'épilogue de la série des "25 ans dans une startup". Merci pour votre patience.
J'ai effectué ma période de préavis de trois mois, en terminant le plus proprement possible tous les projets que j'avais engagés, en formant du mieux que je pouvais, comme je l'ai toujours fait, mon nouveau chef de projets. J'ai également eu la chance de pouvoir côtoyer ma successeure pendant deux mois et lui transmettre le plus d'informations possibles, y compris tout le savoir informel accumulé pendant 25 ans. J'ai pu la présenter aux réseaux professionnels d'échanges de bonnes pratiques auxquels j'ai participé et que j'ai pu apprécier pendant tant d'années.

Le plus difficile pendant cette période de préavis a été de ne pas pouvoir démarrer les projets importants de transformation numérique que j'avais détaillés dans le schéma directeur présenté au personnel de la startup, faute de pouvoir en assumer le bon déroulement et les difficultés. Les derniers jours ont également été très éprouvants, car je quittais certaines personnes que j'avais beaucoup appréciées (et sans pouvoir leur dire pourquoi j'abandonnais le navire).

Et au mois de janvier 2019, j'ai donc démarré un nouveau métier, en prenant un poste de RSSI dans une grande école de commerce qui m'a fait confiance. Le défi est important, car non seulement je change de métier, mais aussi d'entreprise, de collègues, de région, de mode de vie... Jusqu'ici tout va bien, et l'avenir dira si j'ai bien fait ou si je me suis lamentablement vautré... L'année 2019 sera pour moi, de toutes manières, une année de grands changements. Je vais commencer par essayer de finir correctement ma période d'essai...

En écrivant cette histoire, je ne pensais pas qu'elle aurait autant de succès parmi les lecteurs de ce blog. J'en ai été surpris. Il s'agissait surtout pour moi d'un travail d’autothérapie par l'écriture, mais je ne vais pas me plaindre, et j'espère que quelques-uns d'entre vous, surtout parmi les plus jeunes, pourront en tirer des leçons profitables. Merci aussi pour tous vos emails de soutien, les échanges et les interactions.

Le blog va changer d'orientation. La thématique va changer : je voudrais partager avec vous ma découverte du monde de la sécurité informatique. C'est un monde où la discrétion est reine, où les échanges sont plutôt souterrains et où la technique est très importante. C'est drôle, c'est exactement comme l'univers des experts judiciaires...

Justement, à propos des expertises judiciaires, du fait des difficultés que je rencontrais dans la startup, j'ai énormément diminué mon activité expertale, en renvoyant toutes les demandes vers des experts compétents et disponibles. Je vais attendre de voir un peu comment se passe cette année 2019, mais sans doute m'acheminé-je doucement vers une fin d'activité et un non-renouvellement de mon inscription sur la liste des experts judiciaires. Quand j'ai commencé en 1999, j'avais 35 ans et je ne comprenais pas comment le suivant en âge de la liste pouvait avoir 20 ans de plus que moi dans un domaine aussi technique et changeant que celui de l'informatique. J'ai aujourd'hui cet âge-là et, même si je me sens encore dynamique, je pense qu'il faut savoir laisser la place et ne pas finir par porter ce titre d'expert judiciaire uniquement pour la carte de visite. On verra bien. Je me donne un an pour prendre une décision.

Concernant le télétravail, c'est un sujet dont je parlerai dans un billet dédié, tant j'ai été surpris par la difficulté que l'auto-discipline demande. Heureusement, j'ai été bien conseillé et je ne m'en sors pas trop mal.

La téléfamille, c'est plus difficile. Là aussi j'en parlerai dans un billet dédié.

Merci à tous ceux et à toutes celles qui m'ont lu jusqu'ici.
Je transmets également mon bonjour aux anciens collègues qui me lisent ici (j'ai les noms ;-)

A bientôt pour de nouvelles aventures.

Tweet du 5 janvier 2019. Maintenant vous faites partie de ceux qui savent ;-)

15 mars 2019

25 ans dans une startup - billet n.62

Introduction - billet n.61

Je prends quelques jours de réflexion, je discute beaucoup avec mon épouse et nous prenons une décision.

Je ne peux pas envisager de rater une telle opportunité.
J'ai besoin de me passionner pour mon travail.
J'ai besoin d'apprendre en permanence et de progresser.
J'ai besoin d'avoir les neurones en feu tous les jours.

Je vais devoir trouver une chambre d'étudiant en région parisienne et faire l'aller-retour (2 x 450 km) tous les week-ends, pendant les 10 prochaines années. Je vais sacrifier 20% de mon salaire, alors que la vie parisienne est 15% plus chère. Je vais quitter le confort de mes repères, de mes savoirs, de mes certitudes.

Mais je n'aurai plus de management à faire, j'aurai des objectifs clairs et les moyens de les atteindre. Je pourrai travailler 50 heures par semaine sans craindre de voir tout mon travail s'écrouler. Je travaillerai avec des experts techniques de haut niveau. J'apprendrai un nouveau métier. Je découvrirai les affres et le charme du télétravail. Je gouterai à la joie des retrouvailles tous les week-ends avec l'Amour de ma vie.

Bref, un nouveau monde s'offre à moi, plein de défis à relever. J'ai 55 ans et tant de choses à apprendre. Sans la certitude d'y arriver.

Je me sens revivre.

J'écris ma lettre de démission que je remets le lendemain en main propre à mon directeur général.

J'aurai passé 25 ans dans une startup.

--oOo--   FIN   --oOo--

Épilogue

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Ce récit est basé sur des faits réels, les noms et certains lieux ont été changés.

Extrait de http://salemoment.tumblr.com/
avec l'aimable autorisation de l'auteur Olivier Ka


14 mars 2019

25 ans dans une startup - billet n.61

Introduction - billet n.60

Depuis de nombreuses années, je fréquente un réseau social professionnel, sur lequel j'ai beaucoup de contacts : le réseau LinkedIn. Ce réseau dispose d'un système intégré d'offres d'emploi. C'est assez bien fait et j'ai pu contacter pas mal d'entreprises par ce biais.

L'une d'elle proposait un poste de RSSI dans un univers que je connais bien : l'enseignement supérieur privé. J'étudie attentivement l'offre, et j'arrive parfaitement à me projeter dans la fonction. J'envoie un CV et une lettre d'accompagnement.

Fidèle à ma technique, je prends contact au bout de quelques jours avec le service RH pour un suivi de ma candidature. L'accueil est sérieux, le suivi personnalisé. Un entretien téléphonique avec le DSI auquel le poste est rattaché est programmé. Le jour J, l'entretien se passe bien et le courant aussi.

Un deuxième entretien se déroule dans l'école située en région parisienne. Le poste est bien défini et je connais bien les difficultés et subtilités de l'univers de l'enseignement supérieur. Il n'y a pas de surprise a priori.

Un troisième entretien est programmé avec le CDO de l'entreprise. Entretien parfait où mon interlocuteur me laisse présenter mes arguments de motivation, mes lacunes et mes qualités. J'ai enfin le sentiment d'être écouté et entendu. Je joue la carte de la transparence pour ne pas laisser de place aux doutes ou aux non-dits : je ne suis pas un spécialiste technique pointu, mais j'ai l'expérience de l'informatique et de l'environnement pédagogique de haut niveau. J'ai la motivation du débutant et l'expérience de l'ancienneté.

Quinze jours après, j'apprends que, cette fois, j'arrive en tête de la "short list" : j'ai une promesse d'embauche et cinq jours pour donner ma réponse.

Billet n.62

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Ce récit est basé sur des faits réels, les noms et certains lieux ont été changés.



13 mars 2019

25 ans dans une startup - billet n.60

Introduction - billet n.59

Les offres se suivent, les entretiens aussi. Je suis souvent retenu pour un deuxième, puis un troisième entretien, mais à chaque fois un autre candidat est retenu. Je ne baisse pas les bras et je continue à chercher le job qui correspondrait à mes envies : soit DSI dans une petite structure, soit quelque chose autour de l'expertise judiciaire, soit RSSI dans une entreprise où je pourrais trouver ma place.

Un follower Twitter me fait suivre une offre particulièrement intéressante : un poste d'assistant spécialisé informatique est ouvert depuis plusieurs années et non pourvu dans... la section de lutte contre le terrorisme du parquet de Paris.

Oui, oui, vous avez bien lu. LA section C1 dite pôle antiterroriste...

Incrédule, j'envoie un email avec mon CV et une lettre de présentation. Je reçois une réponse et un questionnaire à remplir. Puis suit un entretien téléphonique. Le courant passe bien, mes motivations sont comprises, et j'ai parfaitement conscience des enjeux techniques et humains.

Je reçois une convocation pour un entretien avec plusieurs magistrats de ce service, dont la cheffe de la section de lutte contre le terrorisme, les assistants spécialisés cybercriminalité et la personne en charge du recrutement.

L'entretien se déroule dans le nouveau palais de justice de Paris.

Le jour J, je me présente à l'accueil, avec deux heures d'avance. La personne de l'accueil me remet un badge visiteur et m'explique le chemin à suivre pour monter dans les étages jusqu'à celui du cabinet du Procureur de la République.

Comme je suis en avance, je me dis qu'il est judicieux de faire un repérage discret des lieux avant l'entretien. Je prends donc la direction de la colonne d’ascenseurs indiquée par l'accueil. Je badge aux différents lecteurs qui se présentent à moi, jusqu'à me trouver face à un ascenseur qui ne semble pas capable de m'amener au 26e étage. Ce n'est pas grave, pensé-je en mon for intérieur, je n'ai qu'à monter et changer d’ascenseur... Erreur : je me suis retrouvé ensuite face à d'autres ascenseurs qui ne semblaient pas vouloir reconnaître mon badge. J'ai pris mon mal en patience, en essayant de prendre un air intelligent, et j'ai attendu qu'un ascenseur s'ouvre pour enfin arriver à bon port.

Une fois au 26e étage, je pousse une porte qui semble m'amener vers le cabinet du procureur. Je me retrouve entre deux portes, dans un sas. Et bien entendu, mon badge n'ouvre aucune des deux portes... Je repère alors un interphone et sonne en espérant que quelqu'un va répondre. Rien ne se passe.

J'attends, en essayant vainement de prendre un air intelligent.

Au bout de 10mn, une personne entre dans le sas et me découvre en train d'attendre. Je crois qu'elle en rigole encore : une heure et demie d'avance sur son rendez-vous, bloqué dans un sas, à faire peur au personnel.

J'ai fini par patienter en salle d'attente. Les vigiles de la vidéosurveillance doivent encore se souvenir de cette scène étrange d'un gugusse prenant en photo la salle d'attente sous toutes ses coutures et Paris vu du haut du Palais de Justice :-)

L'entretien se déroule parfaitement. Je suis évidemment impressionné par les personnes présentes. Travailler avec elles serait un honneur pour moi.

Le poste est a peu près réparti en quatre parts égales :
- Forensic : reprise d’analyse de supports informatiques
- OSINT : recherches internet diverses et variées pour documenter les dossiers
- Assistance/expertise quotidienne pour les magistrats et les enquêteurs
- Participation groupes de travail, représentation, etc…
Le candidat idéal doit savoir un peu tout faire, sans être forcément un spécialiste dans tout.

Le statut du poste est conforme à ce qui était indiqué dans l'offre parue sur la bourse interministérielle de l'emploi public : les assistants spécialisés sont recrutés par voie de contrat, en qualité d'agent contractuel de catégorie A, pour une durée de 3 ans renouvelable.

Je rentre dans ma province profonde avec les yeux qui brillent comme quelqu'un qui rêve depuis tout petit de devenir pompier et qui est à la porte de la caserne...

Quelques jours plus tard, je reçois le contrat d'engagement à durée déterminée, et découvre un point qui avait échappé à ma sagacité : le contrat est d'une durée de 3 ans renouvelable une seule fois.

A 54 ans, pour mettre mes compétences au service de mon pays dans la lutte contre le terrorisme, je dois démissionner de mon poste de salarié du privé, pour un CDD de 6 ans maximum. C'est la perspective annoncée est d'être chômeur à 60 ans (ou à 57 si les budgets et mon poste sont supprimés). Je n'ai pas de corps de rattachement à réintégrer...

La mort dans l'âme, je me vois obligé de décliner l'offre malgré son intérêt évident.

Putain, intégrer le pôle antiterroriste...
Je continue mes recherches.

Billet n.61

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Ce récit est basé sur des faits réels, les noms et certains lieux ont été changés.



12 mars 2019

25 ans dans une startup - billet n.59

Introduction - billet n.58

Parmi les rêves fous que je faisais, en lien avec mon évolution professionnelle, revenait souvent la fonction de RSSI, c'est-à-dire Responsable de la Sécurité des Systèmes d'Information. Si je n'ai clairement pas le niveau technique d'un pentester, ou d'un participant à un concours de hacking, j'ai l'expérience d'un expert judiciaire qui a mené pendant 20 ans des audits informatiques, souvent dans le domaine de la sécurité.

Alors, quand cette offre d'emploi pour un poste de RSSI dans un grand groupe français du CAC40 m'a été présentée par un lecteur du blog, j'ai étudié la question avec intérêt.

Voici la fiche de poste qui m'a été présentée :

Missions Principales :
• Garantir la protection de nos données, applications, infrastructures IT et Réseau contre les cyber-risques
• Évaluer les risques et auditer la vulnérabilité IT
• Assurer la veille technologique sur la sécurité IT et les standards IT

• Définir et suivre l’application des normes de sécurité IT de l'entreprise en particulier lors du choix des solutions (contrats software et communication)
• Participer aux déploiements de solutions innovantes applicatives en apportant les moyens de protection appropriés
• Organiser un comité trimestriel de Sécurité des Infrastructures avec l’ensemble des sociétés de l'entreprise, en collaboration avec le responsable Telecom de l'entreprise
• Participer à la réalisation du budget Infrastructure sur son périmètre de responsabilité
• Suivre l’application (par les sociétés de l'entreprise) des standards de sécurité Infrastructure et réseaux indiquées dans la PSSI (15 security rules, SOC…)
• Définir la future stratégie de Sécurité de l'entreprise à mettre en œuvre après TSA
• Assurer la relation avec les fournisseurs de matériel, logiciel et services définis dans le portefeuille de standards et sécurité IT.
• Piloter en particulier la prestation de SOC délivrée par le partenaire, les comité sécurité avec les infogérants et les chaine d’alertes associées
• Animer le réseau Sécurité IT en relation avec les filiales et apporter un support technique aux IT locaux et aux IT Industriels sur la sécurité
• Définir, suivre les indicateurs de sécurité IT (KPI) et les communiquer à la DSI
• Définir la charte de sécurité IT et en assurer la mise à jour et la promotion en relation avec la Communication Interne et les IT Locaux


Compétences requises (techniques, …) :
Maitrise des technologies Microsoft
Maitrise de l’état de l’art en matière de cyberdéfense
Anglais +
Rigueur et sens de l'organisation
Fonctionnement et animation en réseau
Disponibilité étendue
Résistance au stress, engagement et orientation résultat
Communication interne (communauté IT globale et Directions Générales & Métiers)


Le premier entretien (téléphonique) s'est bien déroulé et mon interlocuteur était attentif et précis dans ses questions/réponses. J'ai ainsi pu franchir le premier tri des candidats.

Le deuxième entretien se faisait sur place, dans l'entreprise, dans le quartier d'affaire de la Défense du Grand-Paris. J'arrive en avance, je cherche mon chemin, je me perds entre les tours, je trouve l'entrée de la grande tour de l'entreprise, je passe la fouille du sas d'entrée, j'obtiens mon badge visiteur, j'attends que quelqu'un descende d'un des étages pour venir me chercher...

L'entretien se passe très bien, avec mon futur chef. Il répond à toutes mes questions, et je joue la carte de la franchise. L'entretien se termine au bout de deux heures. Je suis impressionné par les enjeux du poste, par la taille de l'entreprise, par les moyens mis à la disposition du RSSI.

Dix jours plus tard, j'apprends que je suis classé en première position sur la "short list" des trois candidats retenus.

Je reçois le contrat et la proposition financière.

J'étudie longuement le saut que je m'apprête à faire: réduction de salaire, déménagement sur Paris, changement d'entreprise, de métier et de fonction.

Puis je me rends compte que je n'ai pas les clés pour réussir: je n'ai jamais travaillé dans un grand groupe, je n'en connais pas les codes, la culture. Au moment de signer, je n'arrive pas à me projeter.

Je me suis vu plus fort, plus beau que je ne suis en réalité.
Je sais que ce poste est trop gros pour mes épaules.

Réaliste, je refuse la proposition.
Je continue mes recherches.

Billet n.60

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Ce récit est basé sur des faits réels, les noms et certains lieux ont été changés.



11 mars 2019

25 ans dans une startup - billet n.58

Introduction - billet n.57

Comme mon profil est a priori celui d'un DSI proche du terrain, je cherche des offres d'emploi en rapport. Grâce à un lecteur du blog, j'apprends l'existence d'une offre d'emploi du marché caché, qui semble bien me correspondre, dans une startup de La Poste.

Je ne reproduirai pas ici la fiche de poste, ni l'offre d'emploi, mais le commentaire associé, écrit par le Responsable Ressources Humaines de la sous-division concernée chez La Poste :
"Recherche de profil transverse (aussi bien architecte qu’opérationnel), une appétence à faire et mettre en œuvre est indispensable. Esprit start-up, équipe, collectif."
Mon contact me transmet les coordonnées du Responsable Ressources Humaines qui gère le recrutement. Je constitue un dossier complet, CV, lettre de motivation, et courrier d'accompagnement.

Trois jours plus tard, je reçois ce message :

Bonjour M. [Zythom],

Je vous remercie de votre intérêt pour notre structure et aussi pour notre offre de poste.

Vous avez une expérience riche et variée accompagnée d'une formation de grande qualité. Cependant, il me semble que l'offre que nous proposons est en décalage avec votre profil. En effet, notre poste est bien plus adapté à un profil junior/confirmé qui est encore pleinement dans l'opérationnel et qui souhaite continuer à développer son spectre de compétences.

Ainsi je pense qu'il n'est pas judicieux que nous nous rencontrions pour échanger sur votre parcours.

Je vous souhaite tout de même un bon weekend,
En espérant que vous trouverez un challenge à hauteur de vos attentes,

Cordialement,
[Félix Santini] | Responsable Ressources Humaines

A 54 ans, je ne suis donc plus considéré comme quelqu'un qui "souhaite continuer à développer son spectre de compétences", et cela sans aucune discussion ni prise de contact téléphonique.

Je ne serai donc pas DSI d'une startup de La Poste...

Billet n.59

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Ce récit est basé sur des faits réels, les noms et certains lieux ont été changés.

Extrait de http://salemoment.tumblr.com/
avec l'aimable autorisation de l'auteur Olivier Ka


08 mars 2019

25 ans dans une startup - billet n.57

Introduction - billet n.56

Je vais vous présenter rapidement 4 recherches d'emploi que j'ai menées parmi les dizaines qui ont émaillé mon année 2018. Mais avant, parlons un peu de méthode : j'ai appliqué les conseils que j'ai prodigués pendant des années auprès de mes étudiants, et que j'ai présentés dans ce billet de blog intitulé "Recrutement des jeunes" que je reproduis ci-dessous. Problème : je ne suis plus tout à fait "jeune"...

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Je suis parfois sidéré de la manière que peuvent avoir les étudiants de chercher du travail (stage ou emploi). Beaucoup d'entre eux préparent consciencieusement leur CV et leur lettre de motivation, plus ou moins sur le même modèle, puis adressent tout cela aux entreprises, par email ou par courrier papier, à l'adresse trouvée dans les annuaires spécialisés.

Certains viennent s'ouvrir à moi de leurs difficultés: "J'ai envoyé 200 lettres, et je n'ai encore aucune réponse positive".

J'écris donc ce billet pour tous les étudiants (ou pas) qui cherchent leur premier emploi. Je souhaite me concentrer sur un point rarement abordé (il me semble): l'obtention de l'entretien. Vous avez donc déjà digéré 2000 sites web et manuels vous expliquant comment rédiger votre CV et/ou lettre de motivation.

La méthode que je vais vous présenter est simple, universelle, et a été testé par un grand nombre de mes étudiants. Elle a pour base l'idée qu'il faut se prendre en main et OSER.

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Tout d'abord, chercher du travail, c'est DIFFICILE. On ne peut pas généralement se contenter de faire fonctionner une photocopieuse et la machine à poster. Il faut CIBLER.

Bon, alors là, j'ai droit en général à la remarque suivante: "Oui, mais moi, je ne connais personne..."

Cela tombe bien, moi non plus.

1) Vos critères:
Pour trouver l'entreprise qui a besoin de vous, il faut commencer par faire une recherche dans un annuaire spécialisé. Il y a les pages jaunes, mais aussi beaucoup d'outils tels que le Kompass. Vous y chercherez les entreprises selon vos propres critères: taille (TPE, PME, grands groupes...), situation géographique, secteurs d'activité, etc. La plupart des centres documentaires de vos écoles sont abonnés à ce type d'annuaires.

2) La liste:
Vous obtenez enfin une liste d'entreprises qui vous semblent pouvoir correspondre à vos aspirations. Classez cette liste par ordre de préférence. Ne commencez pas forcément par celle qui vous plait le plus, afin de roder votre méthode d'approche. Pour chaque entreprise de la liste, créez un dossier (papier ou électronique selon vos goûts) dans lequel vous allez stocker toutes les informations que vous allez obtenir sur cette entreprise, ET celles que vous allez lui envoyer.

3) Le phoning:
C'est l'étape la plus importante. Vous ne connaissez personne dans l'entreprise ciblée? Normal, tout le monde n'a pas un papa Président de la République. Par contre, vous avez le numéro du standard, ou celui des ressources humaines. Notez les dans vos fiches, mais inutile de vous y frotter: ces personnes sont aguerries aux techniques de rembarrage téléphonique.
Par contre, ajoutez votre chiffre fétiche aux derniers numéros du numéro de téléphone du standard, et tentez votre coup. Par exemple, un numéro de standard qui se termine par 00? Et bien remplacez le double zéro par 12 (ou 07, 13, etc).

4) Mais qui êtes-vous?
Bien sur, vous n'avez aucune idée de sur qui vous allez tomber: un ingénieur, une secrétaire, un stagiaire, une personne de l'entretien... Tant pis: présentez-vous poliment et demandez si vous êtes bien chez l'entreprise TRUC. Il n'y a aucune raison que la personne qui a décroché le téléphone vous rentre dedans. Par contre, elle va très vite vous demander qui vous êtes et ce que vous voulez. Là, il faut avoir préparé une petite explication. Personnellement, je suis plutôt pour l'explication "recherche de stage", même si vous êtes en recherche d'emploi. Cela fait moins peur.

5) L'accroche:
Il vous faut absolument garder le contact avec la personne que vous avez au bout du fil. Dites lui par exemple: "Me permettez-vous de vous poser quelques questions sur l'entreprise pour me faciliter ma recherche de stage?". Rares seront les sans-cœur qui se débarrasseront de vous immédiatement. Posez alors quelques questions judicieusement choisies, comme par exemple: "Y a-t-il souvent des stagiaires dans l'entreprise?" etc. Après quelques questions innocentes, demandez "Y a-t-il un gros projet en cours actuellement dans l'entreprise?". Si la personne vous parle plutôt "plan de licenciement", inutile de perdre votre temps (et le sien). Abrégez la conversation poliment.

6) Le chef de projet:
Si par contre, la personne vous dit fièrement que l'entreprise vient de décrocher le contrat du siècle, posez lui des questions autour de ce projet et en particulier: "Pensez-vous que le chef de projet va avoir besoin de stagiaires?". Quelle que soit la réponse, demandez lui dans quel service travaille le chef de projet concerné par le gros contrat et en particulier le nom de cette personne. Faites parler votre interlocuteur de ce qu'il connaît le mieux, son service, son travail. Vous verrez, c'est fou ce que l'on obtient comme information sur une entreprise par ce biais, comme par exemple sur la (bonne) ambiance de travail.

7) La recommandation:
Avant de raccrocher, demandez à votre interlocuteur s'il peut vous passer les coordonnées du chef de projet (téléphone direct), et - cerise sur le gâteau - demandez lui si vous pouvez l'appeler de sa part (et prenez le nom de votre interlocuteur). Là encore, vous verrez que votre culot sera en général payant, la personne vous donnera les informations demandées.

8) Le coup de grâce:
A ce stade, vous disposez d'un vrai point d'entrée dans l'entreprise: le nom d'un responsable d'un projet prometteur qui risque d'avoir besoin d'embaucher du personnel, avec en plus la recommandation d'une autre personne de l'entreprise. Appelez cette personne et proposez lui vos services (stage ou emploi). Il faut être prêt à se présenter oralement de manière simple et brève. Vous devez faire bonne impression. L'objectif étant d'envoyer un CV qui sera lu attentivement, demander lui (ou faite confirmer) ses coordonnées (service, bâtiment...). Dites lui que vous lui adressez un CV dès aujourd'hui, et remerciez la pour le temps consacré au téléphone.

9) Le suivi:
Vous pouvez donc ajuster votre CV pour qu'il colle parfaitement aux besoins de l'entreprise (sans mentir ni inventer). Vous pouvez rédiger une lettre de motivation commençant par "Suite à notre conversation téléphonique de ce jour, je me permets de vous adresser comme convenu". Il reste à envoyer le tout par la poste. Enfin, n'oubliez pas de conserver précieusement une copie des CV et courriers pour vous y retrouver lors d'un entretien que vous ne manquerez pas d'avoir avec cette personne (rien n'est plus catastrophique que d'avoir à la main un CV différent de celui que l'on a envoyé).

10) Le suivi bis:
Tout le monde est débordé, ou prétend l'être. Votre CV est peut-être sous une pile de dossiers encore non traités. N'hésitez pas à rappeler votre correspondant une semaine après lui avoir envoyé votre CV. Demandez lui poliment s'il a bien reçu votre courrier, s'il a eu le temps de le traiter. Demandez lui s'il peut vous accorder un rendez-vous afin que vous puissiez vous présenter.

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Les étudiants à qui je fais ce discours réagissent de manière variée. Certains trouvent que cela dépasse leur capacité d'improvisation. D'autres ont du mal à comprendre qu'il soit si difficile de trouver du travail (ceux là n'ont en général pas encore commencé à chercher). Cette présentation leur aide à comprendre que la recherche d'emploi est avant tout une affaire de contacts humains et qu'il ne faut pas hésiter à sortir un peu des sentiers battus.

Et tous les étudiants qui l'ont appliquée travaillent actuellement.
Et de cela, je suis fier.

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En écrivant ce texte en 2010 (les pages jaunes...), je pensais évidemment surtout à mes étudiants. J'avais appliqué avec succès ces techniques dans les années 1990. Me voici en 2018, à souhaiter démarrer sérieusement une recherche d'emploi.

A 55 ans, les choses ne se sont pas passées comme je le voulais.

Billet n.58

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Ce récit est basé sur des faits réels, les noms et certains lieux ont été changés.



07 mars 2019

25 ans dans une startup - billet n.56

Introduction - billet n.55

Avant tout, je voudrais remercier les personnes suivantes (qui m'ont autorisé à les citer) :
@BenoitAynes
@FournaiseThomas
@ngoralski
@jbruggem
@Jehane_fr
@MiamDesChips
@Bernard_Lamon
@BoeufNoix
@jpgaulier
@legrugru
@florillard
@lsamain
@GaranceAmarante
@aeris22
@mbatard
@Skhaen
@SPoint
@TwitAymeric
@cabusar
@olivierthebaud
@newsoft
@follc
@PeterClarris
@filoman28

Toutes ces personnes m'ont aidé à un moment ou à un autre. Certaines d'un lien vers une offre d'emploi non publique, d'autres en allant jusqu'à me faire rencontrer leur chef pour un emploi qui pouvait correspondre à mes compétences, d'autres encore en faisant tourner mon CV dans leur réseau. Toutes m'ont tendu la main quand j'en avais besoin. Je sais ce que je leur dois.

Merci à elles.

Billet n.57

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Ce récit est basé sur des faits réels, les noms et certains lieux ont été changés.



06 mars 2019

25 ans dans une startup - billet n.55

Introduction - billet n.54

Nous sommes en 2018, année de mes 55 ans. Cela fera aussi 25 ans que je travaille dans la startup. J'y ai successivement occupé ou cumulé les postes d'enseignant-chercheur en charge de l'enseignement de l'informatique et de l'équipe de vacataires associés, d'administrateur informatique, de responsable informatique, de DSI, de directeur informatique et technique, de SST, de RSSI, de DPO, tout en effectuant certains soirs ou week-ends des expertises judiciaires pour les magistrats du ressort.

Je décide de mettre à jour mon CV et de chercher à mettre mes compétences au service d'une autre entreprise.

Je me donne une année pour changer de métier, tout en continuant à me donner à fond dans la construction du SI de la startup, du recrutement du chef de projet, de son accueil, de son management...

Si j'échoue, je sais que je suis reparti pour dix années dans la startup, avec de beaux projets et de beaux défis dans lesquels je saurai m'investir, me remotiver parce qu'il le faut bien.

Ceux qui me suivent sur Twitter m'ont alors vu tweeter des éléments d'offres d'emploi, et certains d'entre eux ont deviné que j'étais en recherche d'emploi. Sans détailler une recherche d'emploi qui a duré un an et qui mériterait des dizaines de billets qui sortent du cadre de la série "25 ans dans une startup", je voudrais quand même citer ici quelques épisodes qui ont marqué cette recherche d'emploi durant mon année 2018.

Billet n.56

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Ce récit est basé sur des faits réels, les noms et certains lieux ont été changés.

Extrait de http://salemoment.tumblr.com/
avec l'aimable autorisation de l'auteur Olivier Ka


05 mars 2019

25 ans dans une startup - billet n.54

Introduction - billet n.53

Le directeur général entre dans mon bureau. Il me pose quelques questions, en particulier si j'ai trouvé un autre emploi. Je lui explique que non, que je n'ai pas de proposition d'emploi, pas de plan B. Il a l'air circonspect.

"Zythom, vous êtes un drôle de bonhomme...
(silence)
Il n'est pas question que vous partiez...
(silence)
Qu'est-ce que vous voulez pour rester ?"

Là, j'avoue que j'ai pensé demander une voiture de fonction avec chauffeur, une augmentation de 50%, etc. Mais j'ai répondu calmement, le cœur battant toujours à 220 ppm : "Je vous ai déjà expliqué longuement ce qu'il me faut, je vous l'ai justifié, démontré : un nouveau chef de projet. Et ce n'est pas pour moi, c'est pour que l'informatique de la startup reste à flot."

Il m'a posé quelques questions, essentiellement parce qu'il ne comprenait pas que je puisse envisager de partir sans proposition d'un autre employeur.

Le lendemain, il m'annonçait manger son chapeau, et qu'il acceptait ma demande.

"Zythom, vous m'avez forcé la main et je n'aime pas ça, mais il faudrait trop de temps pour vous remplacer."

Sept mois plus tard, un chef de projet rejoignait enfin l'équipe informatique. Sept mois de retard supplémentaires sur tous les projets majeurs.

Son arrivée, ses compétences et son enthousiasme allaient changer radicalement le fonctionnement du service informatique, comme prévu.

Mais j'avais perdu la foi.
Quelque chose en moi s'était brisée.
J'ai alors pris une décision importante, plus importante encore que la précédente.

Billet n.55

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Ce récit est basé sur des faits réels, les noms et certains lieux ont été changés.

Extrait de http://salemoment.tumblr.com/
avec l'aimable autorisation de l'auteur Olivier Ka


04 mars 2019

25 ans dans une startup - billet n.53

Introduction - billet n.52

La DRH, avec qui je travaille depuis 24 ans n'en revient pas. "Mais qu'est-ce qui se passe ?". Je lui explique en détail, je lui dis que je suis à bout, que le système d'information ne tiendra pas la montée d'échelle, que je refuse de voir tous mes efforts s'effondrer en étant impuissant, que mon successeur fera sans doute mieux que moi... Le barrage cède et j'explique qu'à 54 ans, je ne peux pas juste démissionner, qu'une rupture conventionnelle me permettra de voir venir quelques mois, de chercher un autre travail, d'autres passions, même si je sais que ce sera difficile. Je n'ai pas de plan B.

Je lui confie la tâche d'annoncer la nouvelle au directeur général, ce qu'elle fera aussitôt que je suis sorti de son bureau.

Le lendemain, le directeur général entre dans mon bureau.

Billet n.54

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Ce récit est basé sur des faits réels, les noms et certains lieux ont été changés.

Extrait de http://salemoment.tumblr.com/
avec l'aimable autorisation de l'auteur Olivier Ka


01 mars 2019

25 ans dans une startup - billet n.52

Introduction - billet n.51

La DRH me reçoit avec le sourire : "Alors Zythom, qu'est-ce qui ne va pas pour que tu me demandes un rendez-vous officiel ?"

Je réponds d'une voix calme mais avec le cœur qui bat à 220 ppm :

"Bonjour, après 24 années passées dans l'entreprise, je souhaite négocier une rupture conventionnelle de mon contrat de travail".

Billet n.53

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Ce récit est basé sur des faits réels, les noms et certains lieux ont été changés.

Extrait de http://salemoment.tumblr.com/
avec l'aimable autorisation de l'auteur Olivier Ka



28 février 2019

25 ans dans une startup - billet n.51

Introduction - billet n.50

Le directeur général annonce sa décision aux personnes présentes, puis se tourne vers moi avec un sourire et me dit : "Alors Zythom, vous en pensez quoi ?"

Deux ans que je lui explique pourquoi les projets importants avancent lentement, deux mois que je lui présente les éléments factuels, les signes dangereux, et il me regarde avec les yeux plissés et me demande ce que j'en pense...

J'ouvre la bouche pour répondre, mais une autre personne prend la parole et les débats changent de sujet. Je reste coi.

Quelque chose en moi s'est brisée. Une corde a lâché.

Une décision prend forme dans mon esprit. Je demande à rencontrer la DRH, et rendez-vous est pris pour le lendemain.

Le soir, je discute longuement avec mon épouse.

Billet n.52

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Ce récit est basé sur des faits réels, les noms et certains lieux ont été changés.

Extrait de http://salemoment.tumblr.com/
avec l'aimable autorisation de l'auteur Olivier Ka



27 février 2019

25 ans dans une startup - billet n.50

Introduction - billet n.49

"Zythom, j'ai consulté certains membres du comité de direction, et j'ai pris ma décision : nous sommes encore trop petits pour augmenter l'équipe informatique. C'est non à votre demande de recrutement d'un chef de projet."

Il m'explique ensuite ses arguments habituels.

Je ne l'écoute plus. Je suis sidéré.

24 années passées dans cette entreprise, startup devenue grande: 1200 étudiants, 75 salariés sur deux continents, 200 vacataires... Nous sommes en 2017 et l'informatique reste considérée comme un centre de coûts.

24 années passées à construire un système d'information adapté aux besoins des utilisateurs, ni trop luxueux, ni trop chiche. Des défis technologiques remportés en silence, discrètement : virtualisation des serveurs, virtualisation des systèmes de stockage (VSAN), réseaux wifi, sécurisation des accès internet, remplacement des 400 ordinateurs par cinquième, évolution des systèmes d'exploitation, passage de certaines applications en mode SaaS, cloud...

24 années à servir les utilisateurs, les enseignants, les étudiants, les membres du comité de direction, la stratégie de développement, les projets des uns et des autres.

Et le jour où j'atteins les limites, où je les explique, où je les démontre, le directeur général et "son consultant occulte" m'expliquent que ce n'est pas le moment de recruter un chef de projet, même pas cher.

Le directeur général m'explique qu'il annoncera sa décision demain en comité de direction réduit, mais qu'il avait souhaité m'en parler avant.

Je suis rentré le soir chez moi le cœur lourd.

Le lendemain, la réunion commence.

Billet n.51

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Ce récit est basé sur des faits réels, les noms et certains lieux ont été changés.

Extrait de http://salemoment.tumblr.com/
avec l'aimable autorisation de l'auteur Olivier Ka



26 février 2019

25 ans dans une startup - billet n.49

Introduction - billet n.48

Tous les membres du comité de direction voulaient que les outils informatiques soient à jour, avant-gardistes, ergonomiques, intégrés, "plus jolis", avec authentification centralisée, et le faisaient savoir avec insistance. A moi, ou au directeur général. Au bout de quelques semaines, je prends conscience que ça ne peut pas fonctionner.

Je déclenche un entretien annuel avec mon chef, le directeur général.

L'entretien durera deux heures, avec une tension palpable dans l'air. Ne pouvant pas claquer la porte de son propre bureau, son visage se fermait au fur et à mesure de l'entretien. L'entretien se terminera sur ces mots : "Zythom, j'ai bien compris que vous voulez augmenter votre équipe en recrutant un chef de projet. Je vous donne ma réponse dans quelques jours. J'ai besoin de consulter."

Besoin de consulter ? Mais qui ?

Je ne dis rien et je sors de son bureau un peu surpris.

Nous sommes l'été 2017, et depuis quelques jours je ne dors plus. J'envisage tous les cas possible. Je fais le point sur mes motivations. J'ai 54 ans... Cela fait 24 ans que je travaille dans la startup, qui n'en n'est plus une depuis longtemps.

Le directeur général m'indique qu'il viendra me voir dans mon bureau en début d'après-midi. La matinée passe très doucement. Je sais qu'il a enfin compris l'importance de l'IT dans une école d'ingénieurs privée comme la notre. Je sais qu'il sait qu'on a atteint une limite. Je lui ai montré les indicateurs, les comparatifs avec des écoles concurrentes de même nature, les besoins, le retard...

Il entre dans mon bureau.

Billet n.50

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Ce récit est basé sur des faits réels, les noms et certains lieux ont été changés.




25 février 2019

25 ans dans une startup - billet n.48

Introduction - billet n.47

Mai 2017, n'en pouvant plus, je décide de jouer cartes sur table avec mon patron. Je demande à faire un point avec lui. Je lui rédige un "schéma directeur des systèmes d'information" argumenté. Le jour J, je lui explique que la "transition numérique" ou "la révolution digitale" quelque soit le nom qu'on lui donne, demande un sérieux effort de mise à niveau du SI de la startup : projet de refonte de l'environnement numérique, intégration des briques applicatives autour de l'ERP, niveau de sécurité insuffisant, évolution des réseaux, des pare-feu, des serveurs de virtualisation, du PRA, etc. Il est d'accord avec moi sur tout le programme.

Je lui rappelle que depuis plusieurs années tout le service informatique est sur le pont et travaille dur pour que le système d'information donne satisfaction à l'ensemble des utilisateurs.

Il reconnaît ce point.

Je lui explique alors que l'équipe en place est insuffisante pour mener à bien tous ces projets, et qu'il faut recruter un chef de projets.

Voici sa réponse : "Zythom, si je comprends bien, vous voulez moins travailler !"

Mes bras sont tombés par terre.

"Moins travailler, mais non. Je veux toujours travailler autant, mais là, ce n'est plus possible. Tout le monde est en mode "best effort", mais la barque s'alourdit et, même si tout le monde rame en cadence et dans le même sens, nous coulons."

Sa réponse est impitoyable : "nous sommes trop petits pour augmenter nos effectifs. Impossible de recruter. Faites avec ce que vous avez, comme vous pouvez".

Il sort en claquant la porte de mon bureau... Petite humiliation mesquine.

Je comprends parfaitement qu'un dirigeant puisse avoir une vision stratégique différente de la mienne, et j'admets que ça soit de sa responsabilité de faire des choix stratégiques et de les assumer.

Dans mon cas, j'étais allé au bout des possibilités de mon équipe, et les autres responsables refusaient de partager des ressources humaines, quand bien même les personnes étaient intéressées pour participer au développement du système d'information. Le chef de projet qui souhaitait poursuivre le développement de l'environnement numérique post-site d'inscription a été contraint par sa hiérarchie de réintégrer à plein temps le service communication de la startup malgré mes demandes.

Si le directeur général me dit "faites comme vous pouvez", j'en déduis qu'il me soutiendra lorsque les reproches fuseront sur la lenteur d'avancement des projets.

Ça n'a pas été le cas. Et au premier coup de vent, j'ai été désigné comme seul responsable.

Billet n.49

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Ce récit est basé sur des faits réels, les noms et certains lieux ont été changés.





24 février 2019

Message de service

La série de billets intitulée "25 ans dans une startup" arrive à un stade où il me semble préférable d'accélérer la narration avec une publication quotidienne, plutôt que deux billets par semaine.

Pour ne pas inonder ceux qui me suivent sur Twitter ou sur Mastodon, je ne ferai pas d'annonce à chaque publication. Il vous suffit de venir fureter par ici, ou de vous abonner au flux RSS de publication.

Il reste environ 20 billets avant de clore cette série et donner à ce blog un virage éditorial.

Bonne lecture.
Zythom


21 février 2019

25 ans dans une startup - billet n.47

Introduction - billet n.46

Les nano, mini et macro projets s'enchaînaient, s’additionnaient, s’emmêlaient... Mes deux techniciens admin étaient beaucoup sollicités, l'aide technicien support aussi. Quant à moi, doublon de mon équipe sur tous les sujets, je peinais à maintenir le système à jour, et je voyais bien que la startup prenait du retard sur des sujets où elle se devait d'être en pointe. Toutes les applications majeures du SI auraient du être connectées à l'ERP, pièce centrale où toutes les données sont stockées. Mais faute d'embryon d'équipe de développement, ou d'architecte du SI, ou de quelqu'un faisant "office de", les pièces du puzzle restaient déconnectées, peu efficaces, avec un intranet devenant obsolète. Le projet d'intégrer toutes les pièces était lancé, mais faute de temps et de compétences, le projet était au point mort. Tout le monde regardait dans ma direction, mais j'avais atteint un point limite.

Je me suis remis en cause, j'ai optimisé mon temps, mon énergie. J'ai travaillé mon management, j'ai travaillé tard le soir, les week-ends. J'ai regardé ailleurs pour voir comment les autres faisaient. Mais rien n'y a fait, je sombrais...

En décembre 2016, j'ai écrit sur ce blog le mal être que je ressentais. C'est ce billet intitulé "la honte" que je reproduis ci-dessous. Peut être prend-il une autre saveur maintenant que vous avez le contexte...

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Une impression d'inutilité m'envahit. Je me sens las. Je rentre du travail, les enfants sont dans leurs chambres, ma femme travaille encore dans son cabinet, je m'isole dans mon bureau et je pleure tout seul. Je me surprends à lire les conditions de mon assurance décès pour le remboursement de l'emprunt des études de ma fille.

J'ai de beaux enfants, une femme formidable, un métier passionnant. Je suis en bonne santé, entouré par des gens qui m'aiment et que j'aime. Je vis dans un pays en paix, dans un confort appréciable...

J'ai tout pour être l'homme le plus heureux de la terre et cela amplifie ma honte de ne pas ressentir ce bonheur.

Je dors beaucoup, je me réveille fatigué. Je broie des idées noires.

J'ai envie de tout envoyer paître, j'ai envie d'en finir.

Je tombe sur un article concernant la dépression... et j'en ressens la plupart des symptômes. Je me regarde dans la glace, et je me dis que ce n'est pas possible. Pas moi.

La honte.

Je suis le roc sur lequel mes enfants s'arriment et se hissent pour voir plus loin. Je suis l'un des boosters de la fusée familiale et je n'ai pas le droit de lâcher, surtout sans raison.

Et pourtant, je suis assis, las, à me demander pourquoi je me sens si vide, pourquoi un grand gaillard comme moi est entré dans une boucle négative de dévalorisation de soi si intense. Le syndrome de l'imposteur puissance 10.

Rien ne justifie cette sensation. Rien.

Je lis que la dépression est une maladie, qu'elle se soigne, qu'il faut consulter.

Mais j'ai honte !

Les semaines passent, la souffrance est toujours là, inutile, incompréhensible. Impossible de la cacher auprès de mon épouse qui fait pour le mieux, j'arrive à épargner mes enfants. Au travail, je manque de convictions, d'énergie. J'envisage la démission, le départ, l'abandon.

Tristes sensations.

Je refuse toute aide. Mon médecin est un ami de la famille, j'ai trop honte de lui dévoiler cette faiblesse inavouable. J'ai encore un peu de fierté pour essayer de m'en sortir seul. Tous ces atouts de mon côté et se sentir nul de chez nul, je ne me comprends pas.

J'écris. Je me souviens du bien que cela me faisait quand j'étais anonyme parmi les anonymes et que j'affrontais les démons de l'univers de la pédopornographie pendant mes expertises judiciaires. J'écris, mais je ne publie pas. Trop de monde me connaît sous ma vraie identité sur ce blog. Mes enfants me lisent, des magistrats, des avocats, des journalistes me lisent.

De quoi peut-il bien se plaindre, il a tout pour être heureux. La honte !

Alors, j'écris pour moi. Sur du papier, avec un stylo. J'écris des horreurs. J'écris mes idées noires. J'écris mon envie de donner un petit coup discret de guidon en vélo dans ce carrefour si fréquenté par des voitures qui roulent vite. J'écris cette descente en enfer incompréhensible. J'ai l'impression d'être dans cette course de voiture absurde de la nouvelle de Dino Buzzati intitulée "Les dépassements"...

Je noircis des feuilles.

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Billet n.48

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Ce récit est basé sur des faits réels, les noms et certains lieux ont été changés.




19 février 2019

25 ans dans une startup - billet n.46

Introduction - billet n.45

Cette fois-ci, ma coupe est pleine. Mon sac à dos explose. Il me faut absolument pouvoir m'appuyer sur des ressources humaines supplémentaires. Je demande de l'aide à mon chef, le directeur général. Je lui explique qu'un tel projet de développement (le site d'inscription en ligne) est le point d'entrée dans l'environnement numérique de la startup, et que l'expérience utilisateur est fondamentale, mais que mon équipe et moi-même sommes dans le rouge, indicateurs à l'appui.

Il m'impose quand même de prendre la tête du projet. Je refuse en expliquant qu'il est tout à fait possible que le chef de projet soit extérieur au service informatique, que le processus d'inscription est un sous-processus du processus d'admission, avec toutes les ressources du service communication et du service des études. La tension monte. Il m'accuse de le mettre au pied du mur.

Ma chance fut d'obtenir l'appui d'un membre du service communication, motivé pour évoluer vers la mission de chef de projet "site d'inscription". Je présente sa candidature au directeur général, qui l'accepte du bout des lèvres.

Le projet pouvait démarrer, avec toute la DSI en soutien, et l'implication de toutes les personnes du processus admission.

Mais durant tout le projet, le directeur général a considéré que j'aurais du être l'homme orchestre de ce projet, et m'a considéré comme tel, mettant en porte-à-faux le vrai chef de projet.

Le projet allait durer deux ans. Jusqu'en 2017.

2017, mon annus horribilis.

Billet n.47

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Ce récit est basé sur des faits réels, les noms et certains lieux ont été changés.

Ne jamais mettre un chef de projet en porte-à-faux...



14 février 2019

25 ans dans une startup - billet n.45

Introduction - billet n.44

Le développement de l'ERP prenait du retard sur le développement des besoins. Aussi, la décision de déployer l'ERP sur le deuxième campus était sans cesse retardée, surtout pour des problèmes d'harmonisation des processus et de formation. Mettre en phase deux campus distants, et faire converger les pratiques s'avèrent des sujets demandant beaucoup d'énergie.

Et l'énergie, je commençais à en manquer.
Surtout avec l'arrivée d'un nouveau projet dans mon sac à dos : la refonte du site d'inscription...

La startup ne vit pas toute seule dans son monde : elle a des interactions avec des processus extérieurs, et en particulier le processus d'admission. Vous avez tous entendu parlé de "ParcoursSup". Enfin, surtout de "ParcoursSup" vu depuis les candidats. Moi, j'ai beaucoup travaillé sur les différents portails, vu du côté des établissements d'enseignement supérieur. Le portail GEPB (Grandes écoles post-bac), puis le portail APB (Admission post-bac) et enfin "ParcoursSup".

La startup étant une école d'ingénieurs privée post-bac en cinq ans, elle recrute auprès des CPGE et des IUT, mais surtout directement auprès des lycéens de terminales.

Et pour s'inscrire dans la startup, devenue maintenant une école multi-campus reconnue et bien installée dans le paysage de l'enseignement supérieur, il faut un site web d'inscription pleinement fonctionnel.

Dès le début des années 2000, j'avais fait développer un site d'inscription complémentaire au site institutionnel. En 2008, le site avait été refondu complètement pour coller aux nouvelles technologies de l'époque. En 2015, ce site était en fin de vie et ne correspondait plus aux besoins d'une école moderne. Il fallait monter un projet d'évolution, que je repoussais sine die.

Sauf que le site d'inscription est le point d'entrée pour un candidat dans l'univers numérique de l'école. L'occasion était donc parfaite pour mener une réflexion sur cet environnement numérique et l'adapter au mieux aux besoins de la pédagogie et des étudiants.

Vous me voyez venir avec mes gros sabots : un projet de refonte complète du système d'information autour de l'ERP de la startup et des outils pédagogiques existants, avec de la SSO, de la sécurité, de l'intégration d'outils cloud...

Le tout à effectif constant.

Billet n.46

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Ce récit est basé sur des faits réels, les noms et certains lieux ont été changés.




12 février 2019

25 ans dans une startup - billet n.44

Introduction - billet n.43

Comme il est très difficile de gérer à distance les problèmes techniques d'un bâtiment (ascenseur, système incendie, électricité, etc.), il s'est vite avéré indispensable de procéder au recrutement d'un technicien sur place. Cette personne devait à elle seule être à la fois un service technique et un service informatique... Mission difficile.

Il me fallait manager cette personne à distance, tout en la formant aux techniques de gestion et d'administration des postes clients. Tant que le VPN site à site fonctionnait, il nous était possible d'intervenir sur les serveurs et les postes de travail.

40 machines et 5 serveurs supplémentaires tombaient dans notre périmètre. Nous étions toujours le même effectif en France, en soutien des utilisateurs du campus marocain. Tout le monde y mettait du sien : le campus de Casablanca vivait ses années "startup". Le challenge était magnifique.

Sans réelle équipe de développement, je faisais office d'architecte du système d'information, avec comme question : "Comment déployer un système d'information sur deux campus ?".

La solution que j'ai mise en place avec mon équipe est basée autour d'un serveur de virtualisation et son système de stockage. Puis d'un deuxième serveur de virtualisation pour le PRA/PCA avec un système de stockage pour les sauvegardes et les répliques.

Un serveur Debian avec OpenVPN nous sert de lien sécurisé site à site, malgré la surveillance étatique. L'Active Directory est répliqué sur les deux campus avec 3 contrôleurs de domaine. Les applications métiers sont dupliquées quand c'est possible (merci les licences à jetons). Faute de moyens financiers, les pare-feu sont des machines Debian avec des règles iptables générées par FWbuilder.

La solution d'impression retenue est PCounter, solution qui évoluera ensuite vers PaperCut, plus adaptée au monde de l'éducation.

Un serveur XenApps (Citrix) est déployé pour permettre aux étudiants des deux campus d'accéder aux applications depuis leur logement ou leur entreprise de stage. Le logiciel de planification est rendu accessible via ce serveur d'accès distant, ainsi que l'ERP.

C'est là que les problèmes ont commencé...

Billet n.45

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Ce récit est basé sur des faits réels, les noms et certains lieux ont été changés.

Extrait de http://salemoment.tumblr.com/
avec l'aimable autorisation de l'auteur Olivier Ka



07 février 2019

25 ans dans une startup - billet n.43

Introduction - billet n.42

La date du déménagement approchant, je prends mes billets d'avion pour m'occuper du matériel informatique, et en particulier des machines de la salle serveurs.

Le jour J, j'arrive à l'aéroport Mohammed V de Casablanca, et je rallume mon téléphone portable. Presque aussitôt, je reçois un SMS du directeur du campus de notre antenne de Casablanca : il faut que je l'appelle d'urgence...

Bonjour Zythom, nous avons un problème avec le propriétaire des locaux dans lesquels nous étions en location. Il réclame un montant financier scandaleux pour nous laisser partir. J'ai déposé plainte mais le temps que l'affaire soit jugée... Et le propriétaire a fait appel à des gros bras pour nous empêcher de déménager notre matériel vers notre nouveau bâtiment !

Des gros bras...

Je me présente le lendemain matin devant l'ancienne école et je passe effectivement devant trois personnes qui filtrent les personnes et empêchent toute sortie de cartons ressemblant à ceux d'un déménagement !

Une fois dans les locaux, la directrice des études me fait part de son plan : nous allons exfiltrer les serveurs sous une couverture avec sa voiture via le parking souterrain !

C'est ainsi que nous avons descendu, par les escaliers de secours, les six étages du bâtiment et chargé deux serveurs de virtualisation, un NAS, un routeur et une console d'admin dans un coffre de voiture, et cachés le tout sous une couverture. La directrice des études et moi-même, assis à l'avant de la voiture, discutions tranquillement alors que nos cœurs battaient la chamade. Ni vu, ni connu, nous sommes sortis du parking du bâtiment, au nez et à la barbe du propriétaire et de ses nervis...

C'est le déménagement le plus rocambolesque auquel j'ai participé. J'avais laissé les sauvegardes dans les anciens locaux au cas où nous nous serions fait interceptés et le matériel détruit ou endommagé.

J'ai pu rapidement remonter la salle serveurs, rétablir les services informatiques et les sauvegardes, le tout branché sur le nouveau matériel réseau qu'il a fallu s'approprier. Le propriétaire de notre ancienne location a été débouté de toutes ses demandes et condamné, bien plus tard.

Par contre, une fois rentré en France, tous les nouveaux moyens informatiques allaient être gérés à distance par mon équipe et moi-même.

A effectif constant...

Billet n.44

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Ce récit est basé sur des faits réels, les noms et certains lieux ont été changés.

Le propriétaire nous cherche encore...



05 février 2019

25 ans dans une startup - billet n.42

Introduction - billet n.41

En effet, depuis plusieurs années, la startup a exporté son modèle hors de France, dans un pays magnifique en plein boom : le Maroc. J'ai déjà eu l'occasion sur ce blog de raconter quelques missions épiques à Casablanca pour installer la salle serveurs et les postes clients.

Je dois aussi à ce campus distant de belles aventures, parfois stupides, mais souvent riches de belles rencontres.

Mais ce qui n'était qu'un petit campus dans des locaux loués allait devenir un projet sérieux, avec la construction d'un bâtiment en propre : un immeuble de 6 étages allait sortir de terre en quelques mois. Cette fois-ci, pas question d'assister aux réunions de chantier, ni de proposer des solutions techniques : tout le chantier a été conçu et suivi par un architecte particulièrement à l'écoute des besoins d'une école d'enseignement supérieur. J'ai simplement veillé à certains détails comme le nombres de prises électriques pour chaque poste de travail, la double clim dans la salle serveurs, la qualité du câblage réseau, du wifi partout, etc. J'ai même prévu une prise étanche en extérieur pour une éventuelle caméra sur le toit...

Une école est sortie de terre avec une capacité de 500 étudiants.

Mais le déménagement n'allait pas du tout se passer comme prévu !

Billet n.43
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Ce récit est basé sur des faits réels, les noms et certains lieux ont été changés.

La réponse de Deep Thought... N'oubliez pas votre serviette !
(Source image Wikipédia)



31 janvier 2019

25 ans dans une startup - billet n.41

Introduction - billet n.40

Nous sommes en 2013 et un projet assez lourd va venir s'ajouter à ma liste des tâches et à mes responsabilités : la construction d'une résidence étudiante sur le campus de l'école. J'avais amené l'idée au retour d'une visite de mon ancienne école où j'avais constaté la présence d'une résidence étudiante réservée aux étudiants de première année. En discutant avec le directeur général, celui-ci avait tout de suite compris qu'une telle proposition de prestation est un avantage concurrentiel quand un étudiant fait le choix de sa formation. On imagine toujours les étudiants faisant des choix très rationnellement quand il s'agit d'engager tout leur avenir, mais dans les faits tous les détails comptent.
Disposer d'une offre de logements réservés est un avantage très concret quand il s'agit de choisir son école, surtout pour des étudiants internationaux.

Bref, d'une idée lancée dans une conversation, le projet s'est transformé en réalisation concrète, une fois les financements trouvés par le directeur général. Un magnifique projet qu'il a fallu mener à bien...

J'ai ainsi assisté à de nombreuses réunions, du choix du projet d'architecte, jusqu'au suivi du chantier qui a duré deux ans. Pendant les phases d'études et de chiffrages, j'ai été amené à proposer l'utilisation de la chaufferie de l'école (surdimensionnée lors de la construction initiale), l'utilisation du système de contrôle d'accès des badges des étudiants, le raccordement par fibre optique à l'établissement pour bénéficier de son accès à un internet haut débit, la prévision d'un local technique permettant à chaque logement étudiant de s'équiper à la demande d'une box fibre chez l'opérateur de son choix si la prestation gratuite de l'école ne suffisait pas, l'installation de panneaux solaires pour l'eau chaude, le respect des normes HQE++, l'installation de systèmes de comptage énergétique individuels, etc.

Le bâtiment est sorti de terre, et chaque semaine j'assistais aux réunions de chantier. Grâce au travail acharné de l'architecte et des sous-traitants, les 150 logements étudiants seront livrés dans les temps, au mois de juillet, juste avant les choix de logements de la rentrée.

Pendant ce temps-là, le système d'information se développait, mais trop doucement aux goûts des utilisateurs. Surtout ceux du deuxième campus...

Billet 42 \o/

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Ce récit est basé sur des faits réels, les noms et certains lieux ont été changés.




29 janvier 2019

25 ans dans une startup - billet n.40

Introduction - billet n.39

Le service informatique est alors constitué de 4 personnes : deux administrateurs informatiques, un assistant technique et moi-même. Les deux administrateurs assurent le fonctionnement opérationnel de l'infrastructure réseau, la sécurité, l'administration des 70 serveurs et l'adaptation de l'ERP aux besoins sans cesse évolutifs de l'entreprise. L'assistant technique assure le support niveau 1, et j'occupe le poste de DSI et Directeur Technique.

Le nouvel ERP couvre parfaitement les besoins initiaux de l'entreprise, mais ceux-ci évoluent rapidement, et pas toujours de manière simple. La tâche est ardue et l'équipe est fortement sollicitée pour ajouter des fonctionnalités au fur et à mesure de la croissance de la startup, devenue une belle entreprise de 1000 utilisateurs sur deux campus. Nouveaux programmes pédagogiques, nouvelles interactions avec de nouveaux outils du système d'information, arrivée d'un LMS, etc.

Le système d'information grandit, mais pas les ressources humaines le faisant fonctionner.

J'en prends cruellement conscience avec un taux d'insatisfaction en hausse des utilisateurs du système d'information. Mais j'ai toujours le soutien de la direction générale, qui m'explique qu'il faut que je fasse avec les ressources humaines qui sont les miennes. Nous sommes trop petits pour agrandir l'équipe.

Il faut "optimiser".

Oui, mais la pression des utilisateurs sur l'ERP et la nécessité d'augmenter ses possibilités va augmenter... L'équipe prend sur elle, je prend les coups, la tension monte.

Billet n.41

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Ce récit est basé sur des faits réels, les noms et certains lieux ont été changés.




24 janvier 2019

25 ans dans une startup - billet n.39

Introduction - billet n.38

Tous les DSI vous le diront, mener à bien un projet d'évolution de l'ERP de l'entreprise est un sujet délicat qu'il faut prendre très au sérieux. Beaucoup des processus vitaux de l'entreprise sont organisés autour de son ERP.

Après avoir obtenu le feu vert du directeur général, et son appui, j'ai démarré le projet de remplacement de l'ERP : cahier des charges, analyse des produits du marché, comparatifs, groupe de travail, copil, maquetage, décision, préparation, formation, etc. Toutes les étapes d'une gestion de projet classique sont déroulées pendant deux ans.

La chance de ce projet aura été d'être mené juste après plusieurs mois d'une analyse qualité menée par tous les acteurs de l'entreprise. Tous les processus métiers étaient décrits et organisés sur le papier (et bien entendu dans la tête des acteurs).

La deuxième chance de ce projet était le soutien indéfectible de la direction générale dès qu'il y avait des grincements de dents.

La troisième chance a été l'implication de tous les acteurs clefs de l'entreprise, et en particulier "les petites mains", qui avaient compris assez vite le côté "vital" de la réussite du projet.

Après deux années d'efforts, la bascule vers le nouveau système a eu lieu. Les données sont reprises depuis l'ancien système et tout le monde bascule vers le nouveau, après des formations adaptées. 80% des besoins sont rapidement couverts, puis 90% et enfin 100%.

Mais le service informatique est dans le rouge.

Billet n.40

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Ce récit est basé sur des faits réels, les noms et certains lieux ont été changés.




22 janvier 2019

25 ans dans une startup - billet n.38

Introduction - billet n.37.5

Il restait à tirer les leçons de cet événement pour hausser le niveau de sécurité.

Depuis le piratage de ce blog en 2012, lors d'une conférence sur la sécurité informatique où j'étais invité comme conférencier pour parler de mes activités d'expert judiciaire (lire le billet "pwned"), je me suis intéressé de près aux questions de sécurité informatique. Mon premier réflexe a été de lire tout ce que je pouvais sur internet, et il y a une tonne de références.

Puis je me suis intéressé aux documents de l'ANSSI, référence en la matière, et en particulier à la méthode EBIOS. J'ai commencé par auditer mon périmètre personnel, mes pratiques un peu light et trop confiantes. J'ai ensuite modifié mes habitudes, et en particulier j'ai segmenté mes identités numériques : identité comme blogueur, identité comme professionnel, identité comme expert judiciaire, identité comme conseiller municipal, etc. La compromission d'une boite email de l'une de ces identités numériques ne doit pas impacter les autres. Enfin, j'espère.

Tout ce travail d'analyse a eu comme conséquence de mettre un peu d'ordre dans mes pratiques et hausser un peu mon niveau de sécurité : modification en profondeur de la politique de sécurité des systèmes d'information de mon entreprise, et étapes par étapes, amélioration des procédures et meilleure identification du périmètre de sécurisation. J'ai endossé, petit à petit, la fonction de RSSI, en plus de toutes les autres.

Ma politique en matière de sécurité informatique est assez simple : chaque compte informatique sera un jour piraté, chaque ordinateur sera un jour compromis et chaque utilisateur cliquera un jour sur un lien malicieux. Plutôt que de faire culpabiliser tout le monde sur ces sujets, j'essaye de mettre en place des outils pour anticiper l'intrusion, pour réparer la perte d'un poste de travail ou pour faciliter le redémarrage de l'activité en cas de compromission. Un mode "best effort" pragmatique mais organisé.

J'ai établi la liste des services rendus, à la mode ITIL, la liste des logiciels, la liste des risques, etc. Tout ce travail m'amenait vers une conclusion assez évidente : le logiciel informatisant notre cœur de métier, notre ERP, était agonisant. Il fallait d'urgence mener une opération de remplacement, une opération à cœur ouvert du système d'information.

Billet n.39

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Ce récit est basé sur des faits réels, les noms et certains lieux ont été changés.

La sécurité, un travail d'équipe (allégorie)